« La venue de Léon XIV m’incite à relire un siècle d’histoire de l’Église en France »
La venue en France du Saint-Père m’incite à relire un siècle d’histoire, vécu sur le bateau de l’Église. Né en 1931 sous le pontificat de Pie XI, j’ai chanté avec les jeunes catholiques de ma classe : « Nous referons chrétiens nos frères. » Dans une société perturbée par des guerres devenues mondiales, au creux d’une population en quête de justice et de paix sociale, notre Église blessée entendait semer l’Évangile. Elle inventait des missions et de nouveaux mouvements organisés, institués officiellement par ce que l’on osait alors appeler la hiérarchie : JOC, JAC, JEC, JIC, ACI, MFR…
Certes, il y avait toujours Lourdes et les multiples formes populaires de prière, mais l’engagement social et la présence au monde s’imposaient comme lieu prioritaire de notre témoignage de chrétiens. Les congrès nationaux donnaient largement la parole aux laïcs. Sans oublier leur rôle dans les Semaines sociales. Ceci en marge de la pastorale populaire, paroissiale et diocésaine. Les religieux, eux, demeuraient les témoins de l’invisible ou des hôtes provisoires pour nos « récollections de militants ».
Un engagement fort dans les réalités ouvrières ou intellectuelles
Mais alors nous avons vécu la guerre de 1939-1945, puis les ruptures coloniales, les « événements de 1968 » ! Si le concile Vatican II fut l’événement religieux le plus connu, il a été un travail d’évêques et de théologiens essentiellement, seules les applications liturgiques ou catéchétiques en ont visibilisé l’enjeu dans nos diocèses.
Parallèlement, mais en l’actualisant, le courant missionnaire d’une Église plantée dans le réel de la société s’est exprimé par un engagement fort de catholiques français, prêtres et laïcs, dans les réalités ouvrières, agricoles ou intellectuelles : ce furent les prêtres ouvriers, la Mission de France, mais aussi à l’invitation des papes Jean XXIII et Paul VI à envoyer des prêtres et des religieux Fidei Donum en Afrique et en Amérique Latine.
Il s’agissait d’une mission caractérisée par la présence et l’engagement dans les dynamismes de ce que le pape François appellera cinquante ans plus tard, les « périphéries ». Beaucoup s’y sont « enfouis » pour faire preuve de don de soi et de solidarité évangélique. En 1974, nous nous interrogions sur le rapport à établir entre ces engagements pour la « libération des hommes et le salut en Jésus-Christ ».
Mais une autre partie de la tradition catholique centrée sur l’adoration, la vie sacramentelle et communautaire visible s’est exprimée soit dans le pur maintien des formes ancestrales de la prière et de la vie sociale, soit dans des formes spontanées en parallèle des institutions officielles de l’Église pour « inventer » librement leur appartenance catholique. On parlait alors des « communautés nouvelles ». Ce qui n’a pas été sans initiatives périlleuses que l’on s’efforce de clarifier aujourd’hui en lien avec les dicastères romains.
Libéralisation des moyens de faire mourir
Mais cette intention pastorale d’engagement et de présence dans un monde en ébullitions multiples s’est trouvée ensuite mise à l’épreuve par une société en procès avec son héritage public dont celui de l’éthique catholique et des valeurs évangéliques. C’est la présence du monde dans l’Église et non l’inverse qui devint source de conflits.
Alors que dans l’esprit des évêques et des divers responsables, les normes fondatrices de la mission représentent un incontournable roc, le repère du développement d’une fidélité commune à la dignité de la personne humaine, elles, sont rangées dans la part privée et individuelle du citoyen, libre et majeur.
La parole du pape ou des organismes de l’Église est mise à l’écart comme une opinion privée et provisoire. Nous le voyons de façon évidente par le trajet effectué par l’IVG, qui de statut « de détresse » lors du vote est devenue un droit de premier plan. Aujourd’hui, faute de raisons de faire vivre, nous libéralisons les moyens de faire mourir.
Et ceci peut être reconduit sur de multiples domaines, des migrations à la sexualité, de l’économie au traitement du troisième âge : ignorer la source, c’est laisser s’assécher nos raisons de vivre. Et c’est là que gît notre liberté de croire en espérant et de revivre en aimant plus que jamais la vie.
À propos des opinions
Ce texte est signé par un auteur invité. Il exprime son opinion et non celle de la rédaction.
Notre rubrique À vif a pour but de permettre l’expression du pluralisme sur des sujets religieux,
de société et d’actualité, et
de favoriser le dialogue, selon les critères fixés par notre charte
éditoriale.
Partagez votre opinion en
commentaire ou en nous écrivant à : [email protected]