Le Parti conservateur du Québec (PCQ) chiffre sa vision économique dans un cadre financier qui se donne l’ambition de défier « le statu quo », aux dires d’Éric Duhaime. Aux coupes d’impôts majeures s'ajoutent des recettes d’envergure. Épreuve des faits.

Le retour à l’équilibre budgétaire des conservateurs québécois repose sur une économie fortement stimulée par les baisses d’impôts et la déréglementation.

Effets dynamiques, le miracle économique des conservateurs?

Comment est-ce que je peux donner 40 milliards $ aux contribuables et que ça coûte seulement 32,5 [milliards $] à l'État? demande le porte-parole en économie au PCQ, Adrien Pouliot. Ça, c'est ce qu'on appelle l'effet dynamique des baisses d'impôts.

Vérification faite : l’allègement fiscal stimule l’économie, mais il s’avère difficile de le quantifier avec précision.

Les effets dynamiques d’un allègement fiscal sont documentés. Ils peuvent être directs, indirects ou comportementaux. Les deux derniers existent dans la théorie, mais leur calcul est un peu hasardeux, souligne Luc Godbout, titulaire de la Chaire en fiscalité et en finances publiques à l’Université de Sherbrooke.

L’angle mort de la démarche conservatrice, c’est d’ignorer les effets dynamiques quand l’État coupe dans ses programmes.

Il faudrait le prendre non seulement du côté des effets positifs, mais également du côté des effets négatifs.

Par exemple, la baisse de l’impôt sur les revenus des entreprises priverait le gouvernement de 23,2 milliards $ en cinq ans. À en croire le PCQ, elle ne coûterait en fait que 17,5 milliards $, puisque l’État parviendrait à récupérer 5,8 milliards $ grâce aux liquidités réinjectées dans l’économie. 

À l’inverse, la réduction des crédits d’impôts aux entreprises et des aides directes du ministère de l’Économie ainsi que l’abolition du Fonds du développement économique sont comptabilisées comme des recettes nettes de plus de 18 milliards $ dans les coffres de l’État.

Par contre, les effets néfastes sur les profits des entreprises, et par conséquent, la diminution des taxes et des impôts versés à la province, n’ont pas été chiffrés.

Selon Adrien Pouliot, il s’agit de programmes inefficaces, bureaucratiques et sans valeur ajoutée dans l’économie.

Ça se peut qu’il y ait des coupes de dépenses qui aient des effets moins grands sur l’économie, mais on ne peut pas penser que toutes les coupes de dépenses seront sans effet sur l’économie, tranche Luc Godbout.

Des coupes de 47 milliards $ sans toucher aux services

Pour financer ses baisses d’impôts historiques, le Parti conservateur d’Éric Duhaime mise sur une réduction majeure des dépenses de l’État en sabrant 47 milliards $ sur cinq ans.

C’est un objectif qui est ambitieux, mais réaliste, et qui ne touche pas aux services publics.

Vérification faite : c’est improbable que les services publics soient épargnés, à tout le moins selon la vérificatrice générale du Québec (VGQ).

Dans son rapport préélectoral, elle précise qu'un ralentissement des dépenses implique la réduction ou la fin du financement d’activités et de programmes.

Cela risque d’entraîner des conséquences sur les services à la population, particulièrement en 2028-2029.

Adrien Pouliot parle dans un micro et présente le document intitulé « 2026 Cadre financier » de son parti.

Le porte-parole du Parti conservateur du Québec en matière de finances et candidat, Adrien Pouliot, présente le cadre financier de sa formation politique lors d'une conférence de presse à Québec, le mercredi 9 septembre 2026.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Les recettes du gaz naturel déjà chiffrées

Le PCQ évalue les revenus liés à l’exploitation du gaz naturel à 758 millions $ en cinq ans. Il prévoit même des recettes dès l’an prochain.

On veut développer le gaz naturel québécois pour être autonome et toucher des centaines de millions de dollars en redevances.

Vérification faite : c’est peu réaliste de dégager des revenus dans un premier mandat, encore moins dès l’an prochain.

L’objectif du PCQ est très difficilement réaliste et extrêmement ambitieux, selon Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal.

Pour respecter un tel calendrier, il faudrait développer un cadre réglementaire, compte tenu de l’interdiction (nouvelle fenêtre) de la production d’hydrocarbures au Québec. Il faudrait aussi mettre en place des infrastructures puisque la province n’a aucune production de gaz de schiste à l’heure actuelle.

Par ailleurs, l’échéancier impliquerait de contourner les mécanismes habituels de consultation publique, selon Pierre-Olivier Pineau.

Advenant que ce soit légal de le faire, qu’on ne demande l’opinion à personne, qu’on le fasse et qu'on déploie à grande échelle des infrastructures de production, oui, ça serait possible, mais à mon avis, pas réaliste d’un point de vue social, dit-il.

Le PCQ croit pour sa part, sur la base de récents sondages, que l’acceptabilité sociale serait au rendez-vous.

On a très peu d’acceptabilité sociale pour la production de gaz naturel, souligne M. Pineau. On en a pour la consommation, mais au Québec, on est particulièrement allergique à la consommation de gaz naturel par rapport à d’autres provinces.

Sans acceptabilité sociale, c’est sûr qu’on n'aura pas ces revenus-là, admet Adrien Pouliot. N’en reste pas moins que, même sans ces revenus, le cadre financier du PCQ atteindrait l’équilibre budgétaire.

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