Le jour où les Red Lions sont devenus champions du monde
Pierre Gougnard, Manu Stockbroekx et John-John Dohmen ont donné une dimension profondément humaine au premier grand titre des Red Lions. Cette coupe du monde 2018 à Bhubaneswar, ville indienne de 1,17 million d'habitants, a été remplie d'imprévus. Aucun n'a déstabilisé les Reds de Shane McLeod.
En phase de poule d'abord. Le niveau de jeu n'était pas extraordinaire. Les critiques noircissaient les colonnes des journaux. Ceux qui sortaient d'une finale olympique à Rio galéraient à trouver leurs automatismes. Les attentes étaient plus pesantes aussi. Une courte victoire contre le Canada (2-1), un partage contre l'Inde (2-2) et un succès contre l'Afrique du Sud (5-1) ont envoyé la Belgique en crossover (un faux huitième de finale contre le Pakistan.
"Jusqu'au crossover, nous n'avions pas été incroyables, raconte le retraité des Jeux de Paris, Florent van Aubel qui portera encore la saison prochaine le maillot de Pinoké tout comme Hugo Labouchère. Nous voulions être champions mais il nous restait du boulot. Je n'ai aucune explication mais ce succès (5-0) face au Pakistan a servi de déclic."
Coupe du monde 2010: du temps où se qualifier était déjà une victoireguillementJohn-John a failli mourir dans un hôpital à Bangkok!
Grosses inquiétudes autour de la maladie de Dohmen
La phase de poules avait fait des dégâts dans les rangs. L'équipe avait dû laisser partir Manu Stockbroekx (déchirure aux ischios) et John-John Dohmen (malade). Deux piliers, deux coups du sort. "L'histoire de John-John a été folle. Il a failli mourir dans un hôpital à Bangkok."
Le joueur le plus capé de l'histoire du hockey international (481 !) souffrait d'une maladie auto-immune, la maladie de Carrington. Le milieu a été hospitalisé en urgence avant d'être rapatrié sur Bangkok. Il n'a pu revenir en Belgique que la veille de la finale, soit treize jours après son dernier match. Une grande inquiétude entourait son état de santé.
Deux gamins, Antoine Kina et Augustin Meurmans, ont été rappelés en urgence. Le second a voyagé seul durant 24 heures avant d'arriver pour les matchs couperets. "Ils étaient inconnus du grand public et de nos adversaires. Tous deux ont directement atteint un niveau de jeu très élevé", insiste le magicien Florent van Aubel.
Coupe du monde 2014: "Nous travaillons comme des sauvages sans être bien payés et sans résultats", dit CosynsLe décès de Pierre Gougnard la veille de la demi-finale
En quarts de finale, les Belges ont fait le job face à l'Allemagne (2-1). Ensuite, Simon Gougnard a vécu la nuit la plus horrible de sa vie. La veille de la demi-finale face à l'Angleterre, il a reçu un coup de fil lui annonçant le décès de son papa, Pierre. Il souffrait d'une longue maladie.
"Quand j'ai appris la nouvelle du décès de mon papa, j'en ai peu parlé. Je voulais attendre la fin du tournoi. J'ai aussi demandé à l'équipe de ne pas trop m'en parler. Je voulais que chacun reste concentré sur son match", nous avait-il confié à l'époque.
Il y a 22 ans, le COIB et l'ARBH lançaient leur projet révolutionnaireFlorent van Aubel se souvient de ces moments d'une rare intensité. "Avant de mourir, il avait demandé à son fils de continuer l'aventure en Inde. Nous connaissions tous Pierre qui assistait à tous nos matchs."
En demi-finale, Simon Gougnard, qui réalisait le tournoi de sa vie, inscrit le but du 2-0. Un moment magnifique célébré par toute l'équipe. Ce jour-là, l'équipe belge aurait battu tous ses adversaires. L'Angleterre a payé une lourde addition (6-0). "Les Reds sont plus que des frères, raconte Simon Gougnard. Nos relations dépassent le cadre du sport. Quand un événement se produit, tout le monde est touché. Cette rencontre a été incroyable. Tout le monde se transcendait. Je le ressentais si fort. Quand j'ai marqué, la fête a été collective au point que je ne savais plus qui avait mis ce but."
guillementMon papa a marqué notre tournoi de manière involontaire.
Shane McLeod avait partagé le concept du "share the love" mais ce partage d'amour était déjà naturel. Les Reds avaient juste besoin de mettre des mots. "Le staff a joué un rôle positif dans cette cohésion d'équipe. Parfois, nous nous disputions comme des membres d'une famille mais nous mettions vite de côté les petits soucis. Après la demi-finale, je voulais que tous restent mobilisés à 100 % pour réussir ce dernier match. Je sais que mon papa a marqué notre tournoi de manière involontaire. Il a été l'élément déclencheur de quelque chose de plus dans le groupe. Je ne dis pas que nous n'aurions pas gagné s'il n'était pas décédé. Son décès nous a encore plus rapprochés. Il a été cette extra-motivation."

Le sourire de van Aubel au moment le plus pesant de la finale
En finale, les Red Lions ont pris avec eux sur le terrain Pierre Gougnard, John-John Dohmen et Manu Stockbroekx. Ce dernier duel face aux Pays-Bas n'a pas offert un grand spectacle. Le 0-0 après 60 minutes reflétait un match fermé où personne ne voulait prendre de risque. Vient alors la séance de shoot-out. Vincent Vanasch était déjà reconnu comme un expert. "Les Pays-Bas étaient moins heureux que nous de devoir passer par les shoot-out", poursuit le dernier buteur belge du tournoi. "Nous avons d'abord pensé avoir gagné au terme de la première série de shoot-out mais la video a annulé le but d'Arthur De Sloover. Nous avions célébré notre titre pendant quelques secondes."

Une chape de plomb s'est alors abattue sur le stade indien. Florent van Aubel repartait pour un deuxième round. Avant de s'élancer, il a décoché un sourire qui a fait plusieurs fois le tour du monde. "Le gardien Pirmin Blaak faisait tout pour me déconcentrer. Moi, j'ai souri pour lui dire que son stratagème ne prenait pas avec moi. Heureusement, je marque."
La Grand-Place de Bruxelles comme honneur ultime
Les Belges n'étaient qu'à un arrêt de Vanasch du titre suprême. The Wall avait déjà sorti trois shoot-out sur cinq. Il a réussi à pousser Jeroen Hertzberger sur sa droite de manière excessive. Le Néerlandais a tenté une frappe qui est partie hors cadre. "Vinch est de loin le meilleur. Nous avions aussi de bons tireurs. Cette première médaille d'or récompensait un long chemin démarré plus d'une décennie plus tôt. Le hockey belge avait essuyé tant d'échecs (Madrid…) et vivait de plus en plus de beaux moments (Manchester…). Tant de gens comme (Coudron, Wentink…) ont pensé à ce projet ambitieux. Nous venions d'enlever l'étiquette de 'net niet'. Nous ne pensions pas au triplé inédit : coupe du monde, championnat d'Europe et Jeux olympiques."
La génération dorée est née un soir de décembre à Bhubaneswar. Ce 16 décembre a été célébré par l'équipe dans l'hôtel des joueurs. Deux jours plus tard, ils ne s'attendaient pas à vivre un moment appartenant à l'éternité sur la Grand-Place de Bruxelles. "Nous avons appris dans l'avion que nous aurions l'honneur du balcon de la Grand-Place de Bruxelles. Seuls Eddy Merckx (1969), les Diables rouges (1986 et 2018) et Justine Henin (2003) avaient eu ce privilège. Nous étions très angoissés à l'idée de nous retrouver devant une poignée de touristes présents par hasard un mardi 18 décembre sur la Grand-Place. La place était remplie de gens qui ont donné au moment un caractère historique."

Et Florent van Aubel de conclure : "À Bhubaneswar, nous n'avons pas produit notre meilleur jeu même si le match face à l'Angleterre a été magnifique. Je dirais que notre meilleur tournoi en termes de qualité de jeu, nous l'avons vécu lors des Jeux olympiques de Tokyo en 2021. Je pense même que nous étions encore plus forts lors de l'Euro 2019 à Anvers."

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