Le séparatisme en Alberta, une affaire de vieux?
Alors qu’au Québec le mouvement indépendantiste présente davantage de jeunes visages, si l’on se fie notamment aux rassemblements organisés par OUI Québec, c’est le contraire que l’on observe en Alberta, où ce sont les quinquagénaires, voire les sexagénaires qui mènent le bal.
Dans la Belle Province, certains parmi les figures qui s’affichent en première ligne lors de manifestations n’étaient même pas nées lors du dernier référendum sur l’indépendance, en 1995.
C’était le cas le 23 juin dernier, à l’occasion du grand rassemblement indépendantiste qui a eu lieu au parc La Fontaine, à Montréal. Parmi les quelque 12 000 participants, beaucoup appartenaient à la génération Z (Gen Z).
En Alberta, la tranche d’âge qui milite en faveur de la sécession tend à être légèrement plus âgée, comme l’avaient montré les résultats d’un sondage effectué au début de l’année par l’institut de sondage Janet Brown pour le compte de CBC.
Ils indiquaient que le soutien à l'indépendance de la province était plus marqué chez les répondants de la tranche d’âge de 45 à 54 ans, avec 35 %, tandis que les 18-24 ans avaient exprimé un fort rejet de cette option, soit un taux de désapprobation de 81 %.

Des centaines de personnes ont assisté samedi à un rassemblement pro-indépendance de l'Alberta devant l'Assemblée législative, à Edmonton.
Photo : Radio-Canada / Logan Boucher
Le sondeur avait précisé que ce groupe de jeunes comptait un nombre plus restreint de répondants, ce qui entraîne une marge d’erreur plus élevée.
Cependant, des sondages récents d’Angus Reid et de Léger confirment une tendance similaire, soit que seuls 15 % d'entre eux sont favorables à la séparation de l’Alberta, alors que ce chiffre était de 14 % dans le coup de sonde antérieur de Janet Brown.
John Santos, spécialiste de données travaillant pour Janet Brown, pense que cette situation serait due au fait que beaucoup de ces jeunes Albertains commencent tout juste à s’intéresser à la question de la sécession.
Bon nombre d’entre eux n’ont pas encore pris position dans un sens ou dans l’autre , analyse-t-il. D’une certaine manière, ils pourraient être à conquérir.
La Gen Z reprend le flambeau au Québec
Camille Goyette-Gingras, la présidente de OUI Québec, a 32 ans et elle compte parmi les membres les plus âgés de cette organisation militant en faveur de l’indépendance de la province.
En Alberta, on ignore l’âge de l’un des porte-étendards du mouvement pro-séparation, Mitch Sylvestre, mais il est clair qu'il n'est pas jeune.
Cela renforce l’idée que ce sont deux cohortes d’âge différentes qui sont les moteurs de l’indépendantisme dans les deux provinces.
Alors, qu’est-ce qui expliquerait que les jeunes Québécois s’engagent davantage sur le front indépendantiste?
Camille Goyette-Gingras explique que les jeunes du monde entier, et surtout ceux du Québec, ont en quelque sorte le sentiment de perdre le contrôle sur ce que pourrait leur réserver l’avenir.
Elle précise que cela comprend des préoccupations liées à l’environnement et, plus particulièrement au Québec, des inquiétudes concernant la perte de la culture et de la langue française.
Selon elle, ces craintes font que de plus en plus de jeunes Québécois se réapproprient l’idée d’indépendance comme si elle n’avait jamais existé auparavant.

Sur cette photo d'un rassemblement de OUI Québec, on peut constater que beaucoup de participants sont plutôt jeunes.
Photo : OUI Québec/Facebook
En juin dernier, lors d’une entrevue à l’émission The Current, sur les ondes de CBC, Alex Valiquette, 25 ans et figure de OUI Québec, avait mis en avant plusieurs facteurs susceptibles d’attirer les jeunes vers le mouvement indépendantiste québécois.
Parmi ceux-ci facteurs figuraient la frustration face à l’avenir, l’isolement post-pandémique et, dans certains cas, le simple fait que sa génération aborde la question avec un regard neuf.
Ce qui change, c’est que nous ne ressentons pas cette humiliation que nos parents ont éprouvée lorsqu’ils ont perdu [lors du référendum de 1995].
Lors de ce référendum sur la souveraineté du Québec, le deuxième en 15 ans, seul 1,16 point de pourcentage séparaient les votes en faveur du oui et ceux en faveur du non.

Alex Valiquette et Camille Goyette-Gingras représentent le visage frimousse du mouvement indépendantiste au Québec.
Photo : La Presse canadienne
Si des jeunes au Québec sont devenus le visage visible de la campagne souverainiste, d’un point de vue chiffré, le taux de soutien à l’indépendance y est cependant similaire dans toutes les tranches d’âge, selon des sondages récents.
Celui de Léger, réalisé ce mois-ci, a évalué ce soutien à 31 % chez les 18-34 ans, comparativement 32 % et 29 % respectivement chez les 35-54 ans et les 55 ans et plus.
Mais il est peu probable qu'un référendum ait lieu dans cette province dans un avenir proche, le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, ayant récemment écarté cette option, du moins tant que Donald Trump est en fonction à Washington, a-t-il expliqué.

Madison Holmes, 23 ans (à gauche), se dit en faveur de l'indépendance de l'Alberta.
Photo : La Presse canadienne
L’Alberta imitera-t-elle la vague jeune du Québec?
Il semble qu’on en est encore loin de cette éventualité bien que des jeunes Albertains affichent leur souverainisme.
C’est le cas de Madison Holmes, 23 ans. Elle affirme que malgré le public plutôt âgé que l'on retrouve en tête des manifestations pro-séparation, des personnes plus proches de son âge y participent également, dont certaines n'ont que 13 ou 14 ans.
Selon elle, les jeunes ont tout de même certaines craintes, comme celle d’être mis au ban s’ils affichaient publiquement leur soutien à la sécession.
Le taux de participation des jeunes Albertains au référendum du 19 octobre prochain, lors duquel la population doit se prononcer notamment sur la place de la province au sein du Canada, pourrait donner une indication sur l'intérêt qu'ils accordent à cette question.
D’après les informations de Jennifer Keiller, d’Elise Stolte et de l’émission radio The Current