Le patrimoine mondial en péril face aux conflits et aux urgences écologiques
Réunis à Busan (Corée du Sud), les 196 États membres de l’Unesco examineront à partir du lundi 20 juillet et jusqu’au 29 juillet, lors de la réunion annuelle du Comité du patrimoine mondial, une trentaine de nouvelles candidatures souhaitant venir s’ajouter plus de 1 200 sites déjà inscrits à la célèbre liste du patrimoine mondial.
Trois feront l’objet d’un classement en procédure d’urgence pour une inscription à la fois sur la liste du patrimoine mondial et sur celle du patrimoine en péril. Deux sont situés au Moyen-Orient : le site archéologique de Sébastia, la Samarie de la Bible, dans le nord de la Cisjordanie occupée, auquel Israël s’intéresse depuis des années pour son potentiel touristique, et un ensemble de cinq châteaux du Mont Amel, dans le sud du Liban bombardé par Israël depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. L’un des plus connus, datant de l’époque des Croisades et conquise fin mai par l’armée israélienne est la forteresse de Beaufort, lui avait déjà servi de base durant les deux décennies d’occupation du sud du Liban, qui ont pris fin en 2000.
Israël a quitté l’Unesco en 2017 (comme les États-Unis, dont le départ sera effectif fin 2026) mais reste membre du Comité du patrimoine mondial et est signataire de la Convention de 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflits armés et de la Convention du patrimoine mondial.
Le troisième site, le Soudan du Sud devrait intégrer pour la première fois le patrimoine mondial avec un site nécessitant une attention particulière tant en raison du conflit persistant entre forces gouvernementales et milices d’opposition que du réchauffement climatique. Les savanes de Boma-Badingilo, zone de 37 500 km2 située entre le Nil Blanc et la frontière éthiopienne, abritent la plus grande migration terrestre de mammifères au monde, notamment d’antilopes.
« Le patrimoine permet aux communautés qui ont été traumatisées, victimes des conflits, de commencer à revenir, à se reconstruire », souligne le directeur Centre du patrimoine mondial de l’Unesco, Lazare Eloundou Assomo, insistant sur le fait que l’inscription sur la liste en péril n’est pas une sanction contre les États où se situent ces sites, mais permet « de mobiliser des financements, des partenaires et l’attention » pour bénéficier d’une protection accrue.
Fouilles non autorisées en Crimée
Outre ces procédures d’urgence, d’autres sites devraient s’ajouter à la liste des biens en péril, comme Tyr, ancienne cité phénicienne du sud du Liban touchée ces derniers mois par des bombardements israéliens, ou la cité antique de Chersonèse Taurique et sa chôra, située en Crimée, territoire ukrainien annexé par la Russie depuis 2014. Cette dernière est affectée par des fouilles non autorisées, des constructions de grande ampleur et des déplacements d’artefacts. En Ukraine, le patrimoine local est ravagé par la guerre lancée par Moscou en 2022. Le dernier site emblématique endommagé a été la cathédrale de la Dormition à Kiev, touché par une frappe aérienne russe en juin.
Selon l’Unesco, le lac Baïkal, plus grande réserve d’eau douce liquide au monde, en Russie, pâtit, lui, de la pollution, de la pression touristique, d’un projet hydroélectrique en amont (Mongolie) ou encore de l’exploitation forestière à grande échelle. Après avoir à maintes reprises appelé Moscou à agir pour stopper « la dégradation écologique du lac (…) de toute urgence », l’Unesco juge les mesures prises insuffisantes.
L’an dernier, l’organisation alertait déjà sur la multiplication des menaces climatiques avec près de trois quarts des sites du patrimoine mondial « confrontés à des risques hydriques graves, pénuries d’eau ou inondations ». Et sur la cinquantaine de biens inscrits sur la liste du patrimoine mondial en péril, la moitié l’était en raison des conséquences directes des conflits.
Parmi les nouvelles candidatures au patrimoine mondial, les plages du Débarquement allié du 6 juin 1944, dans le nord-ouest de la France, les châteaux dits cathares dans le sud-ouest du pays, deux théâtres construits dans l’Amazonie brésilienne et le village tunisien de Sidi Bou Saïd devraient faire leur entrée dans la prestigieuse liste.