« Le pire n’est jamais sûr… et c’est le problème » : face au danger de l’incendie, le colonel Schaller parle de feux qui évoluent partout en France
Les feux du Var restent dans la « norme varoise ». Ils sont puissants, rapides, menaçant vite les zones habitées. Les surfaces touchées sont importantes mais pas record. En revanche, l’extension du risque à tout le territoire complique la répartition des moyens de lutte.
La Gironde a confirmé, comme en 2022, la capacité du feu à progresser vite et fort la nuit, hors de tout couloir de vent. Les feux sont espacés sur plusieurs centaines de kilomètres et deviennent un facteur de complexité supplémentaire.
Le changement climatique a-t-il modifié le comportement des incendies ?
Dès 2003, on constatait des feux plus rapides et plus puissants, rendant nos moyens d’extinction moins efficaces. La tendance est confirmée depuis. Les épisodes caniculaires successifs fragilisent la végétation, la rendant plus inflammable et plus propice à la propagation et, en corollaire nos moyens d’extinction moins efficaces.
Plusieurs épisodes caniculaires se sont succédé mettant la végétation dans un état de grande vulnérabilité au feu que ce soit pour sa capacité à s’enflammer et à se propager. À chaque épisode difficile, qui peut intervenir partout et en toute saison, nous avons su faire évoluer nos méthodes, nos matériels et notre formation. Continuons !
Quelle est la part des feux volontaires face aux feux accidentels ?
La grande majorité des incendies est d’origine humaine. On peut dire que c’est une bonne nouvelle, car on peut agir sur les comportements, pas sur la foudre. En revanche, il y a toujours une confusion entre le pyromane, relevant d’une pathologie psychique (compulsion irrésistible), de l’incendiaire, dont l’acte est délibéré, réfléchi, préparé.
Les feux volontaires sont peu nombreux mais souvent les plus destructeurs. Le feu détruit les preuves. Ils ne présentent, à ma connaissance, qu’une part réduite, tout en causant souvent de nombreuses pertes : ils sont allumés pour créer de lourds dommages.
Les groupes d’enquête pluridisciplinaires doivent être encouragés, et merci aux politiques de nous éviter les coups de menton et les discours vengeurs. En 2003, la cellule Vulcain qui ne devait pas être démantelée avant d’avoir trouvé les auteurs l’a été et les auteurs courent toujours…
Les sanctions actuelles sont-elles dissuasives ?
On connaît le refrain stérile : un fait divers, une loi… L’arsenal pénal, déjà lourd (la perpétuité), ne suffit ni face à la pathologie ni face à l’intérêt qui motive l’incendiaire. Ce qui manque, c’est le temps et les moyens donnés aux enquêteurs pour élucider les feux actuels et les « cold cases ». Un travail discret et obstiné, peu spectaculaire, mais indispensable. L’utilité n’est pas spectaculaire. Le travail obstiné n’est pas sexy !.
Comment s’organise le commandement d’un feu majeur ?
Le commandant des opérations de secours (le COS) s’appuie sur une équipe légère et réactive, chargée du renseignement et de l’anticipation : une spécificité française. La fonction « aéro » fait l’interface entre moyens aériens et terrestres, pour que chaque largage soit exploité au sol. L’analyse météo permanente vise à anticiper les scénarios d’évolution du feu, selon l’adage : « Le terrain commande ».
Le profil du Var et de la Gironde change-t-il la tactique ?
Pas fondamentalement. Il s’agit toujours de ralentir ou stopper le feu et de protéger les zones sensibles. La monoculture de pins landaise est une spécificité qui pourrait appeler des mesures d’adaptation face au climat. On parle du chêne-liège dans le Var : oui il peut être résistant, mais je ne connais pas un arbre antifeu.
Le débroussaillement est-il suffisamment appliqué ?
Pas de façon satisfaisante, mais il est inutile de doubler la distance réglementaire si les 50 mètres actuels ne sont déjà pas respectés. Il faut encourager l’autodéfense des habitants qui le souhaitent, plutôt que la seule évacuation. J’ai l’impression de radoter en disant, depuis des décennies à des possesseurs de piscine : c’est l’équivalent de 5 Canadair dans leur jardin avec une motopompe et trois tuyaux. L’élan de solidarité observé sur le terrain, avec les maires, agriculteurs, population, doit être encouragé, pas réprimé. Il n’y aura jamais un camion devant chaque maison. Les gens sont capables de faire des miracles si on les laisse s’entraider.
Tous les moyens sont-ils mis en place sur le terrain ?
La France était l’un des pays les mieux armés face à ce risque, mais les évolutions climatiques, les alternances politiques et l’absence de plan de long terme ont creusé l’écart entre besoins et moyens réels. L’État compte beaucoup sur ses collectivités qui financent en grande partie les SDIS, par exemple.
L’État se doit de maintenir une flotte aérienne lourde propre à la sécurité civile, désormais dimensionnée pour tout le pays et non plus pour la seule zone Sud. Les sapeurs-pompiers volontaires, force colossale, doivent voir faciliter leur recrutement et leur formation. Imagine-t-on les lois de programmation militaires traitées avec cette désinvolture ? La Grande Muette ne le resterait peut-être pas longtemps…