L’Insee tablait jusqu’ici sur une hausse de 0,2 % du PIB français au second trimestre. Finalement, ce sera zéro. L’institut national de la statistique a en effet revu à la baisse, ce vendredi 28 août, sa première estimation de croissance entre avril et juin, estimant désormais qu’elle a été nulle sur cette période. « Le premier impact concret de l’été horrible qu’on a vécu », a commenté dans la matinée le ministre de l’Economie Roland Lescure, présent aux Universités d'été de l’économie de demain. Entre sécheresse et canicules, ces derniers mois ont en effet été catastrophiques pour les récoltes.

L’Insee, qui a également revu ses estimations du PIB au premier trimestre (-0,2 % contre -0,1 % auparavant), a notamment expliqué ces révisions « par la prise en compte de la situation encore plus dégradée de la production agricole par rapport aux informations disponibles fin juillet ». « Les récoltes vont sans doute être extrêmement difficiles dans un certain nombre de secteurs, dans un certain nombre de régions », et « intégrant cette information, l’Insee a révisé à la baisse la croissance sur le premier trimestre, le deuxième trimestre, et ça aura aussi un impact sur le troisième », a expliqué Roland Lescure lors de cet événement organisé par Impact France.

Vidéo

« C’est un impact absolument terrifiant, énorme », a ajouté le ministre. L’impact macroéconomique de ces canicules à répétition et de la sécheresse, « qu’on est en train de découvrir », sera « intégr (é) » dans les prévisions économiques de Bercy pour le prochain budget, a également indiqué Roland Lescure. C’est un « wake up call », un signal d’alarme, « pour ceux qui n’étaient pas encore réveillés », a estimé le ministre, jugeant qu’il fallait « continuer à lutter contre le dérèglement climatique » et « s’adapter à ce qu’il se passe parce que, finalement, le dérèglement est déjà là ».

Lire aussi

Ramener le déficit à 5 % va être « difficile »

Roland Lescure a par ailleurs confirmé, lors d’une déclaration à la presse, que l’engagement du gouvernement de ramener le déficit public à 5 % en 2026 allait être « difficile » à tenir, soulignant notamment que les « recettes ne sont pas au rendez-vous ». Des propos qui interviennent alors que l’agence de notation Fitch doit réévaluer ce vendredi soir sa note attribuée à la dette française.

Fitch attribue pour l’heure la note A + à la France, soit une dette de « qualité moyenne supérieure ». Cette note est assortie d’une perspective stable, ce qui signifie qu’il est peu probable – mais pas impossible – que l’agence de notation la modifie à moyen terme. Mais le pessimisme du gouvernement quant au respect de ses objectifs de réduction du déficit pourrait changer la donne.

A 2,4 % sur un an, l’inflation s’accélère en août

Autre mauvaise nouvelle pour l’économie française : l’inflation s’est accélérée au mois d’août, selon une estimation provisoire de l’Insee publiée ce vendredi. Les prix à la consommation ont ainsi augmenté de 2,4 % sur un an en août, après 2,1 % en juillet.

Cette hausse, remarque l’Insee, semble s’expliquer « essentiellement par l’accélération des prix de l’énergie » (+ 16,7 % sur un an) et principalement ceux des produits pétroliers. En août 2025, avant le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, l’inflation était de 0,9 % sur un an et les prix de l’énergie baissaient alors de 6,2 % sur la même période. Mais le blocage du détroit d’Ormuz les a depuis fait bondir. L’Insee publiera ses résultats détaillés sur l’inflation au mois d’août le 15 septembre prochain.

Lire aussi

L’emploi salarié robuste

Malgré cette conjoncture économique difficile, l’emploi salarié est parvenu à résister au second trimestre, n’enregistrant qu’un très faible recul dans le secteur privé et une stagnation dans le public, selon les résultats détaillés de l’Insee publiés ce vendredi. 23 500 emplois salariés ont été perdus sur le trimestre, soit un très léger recul de 0,1 %, après être restés stables au trimestre précédent. Dans le détail, l’emploi salarié dans le secteur privé a reculé de 0,1 % (-24 300 emplois), quand, dans le public, il est resté stable, avec 800 emplois supplémentaires.

« Finalement, les chiffres sur l’emploi ne sont pas catastrophiques au regard de la dynamique du PIB du premier semestre », a commenté auprès de l’AFP Mathieu Plane, directeur adjoint du département analyse et prévision de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). « Dans ce contexte, il aurait été surprenant que l’économie française crée des emplois », a-t-il estimé.

(avec AFP)