l'essentiel La DJ a été contrainte de quitter la scène après seulement vingt minutes de concert à cause de manifestants pro-palestiniens et "insoumis", dans le cadre d’un boycott de l’artiste après qu’elle a signé une tribune en soutien à la proposition de loi Yadan. Du PS au RN, tous les partis s’accordent à condamner ces actes.

Elle n'aura mixé qu'une vingtaine de minutes. Ce samedi 18 juillet, alors qu'elle performait sur scène dans le cadre du festival Cabaret frappé, organisé depuis vingt-cinq ans par la ville de Grenoble, en Isère, Barbara Butch a été la cible de jets de bouteilles en verre, de graviers, d'insultes, devant près de 150 militants déterminés. 

À lire aussi : VIDEO. "Les coureurs ont peur !" Tadej Pogacar exprime ses très grosses craintes après les manifestations pro-Palestine sur la Vuelta

Son concert s’est achevé vers 22 h 30, au bout de seulement vingt minutes. Barbara Butch a dû lâcher ses platines, contrainte de quitter la scène alors que des centaines de manifestants pro-palestiniens et "insoumis" ont perturbé sa représentation.

Des jets de projectiles, des insultes, la DJ, figure des nuits parisiennes LGBT+, faisait l’objet d’un appel au boycott de la part de militants propalestiniens et d’"insoumis". Un tract la qualifiant de "soutien aux génocidaires" avait même été distribué par des militants "insoumis" isérois, représentant Barbara Butch mixant devant un drapeau LGBT+ avec une étoile de David, représentée avec des éclaboussures de sang. Sur les réseaux sociaux, des vidéos montrent des personnes agitant des drapeaux de la Palestine, brandissant des doigts d’honneur et faisant retentir des sifflets, alors que l’artiste est sur scène.

À lire aussi : Cyclisme : "C’est désolant…" Des débuts au cœur du chaos, Clément Braz Afonso raconte sa première Vuelta marquée par les manifestations pro-Palestine

En cause, une tribune signée au printemps par l'artiste, juive, en faveur de la loi Yadan, un projet de loi censé "lutter contre les formes renouvelées d'antisémitisme". Une tribune qu'elle avait annoncé "regretter d'avoir signée". Beaucoup critiquent ses prises de position sur ses réseaux depuis le 7 octobre 2023, l'accusant dans le même temps de "pink-washing", c'est-à-dire de mobiliser la défense des droits LGBTQ+ dans un but de communication. En 2025, Barbara Butch avait participé à un concert organisé à Tel-Aviv à l'invitation de l'ambassade de France en Israël, un événement qui n'est pas passé pour ces militants. Barbara Butch, qui avait notamment participé à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Paris en 2024, où elle avait été la cible de propos grossophobes, était à l'époque défendue par les "insoumis".

À lire aussi : Manifestation pro Palestine à Sciences Po Toulouse : après l’évacuation, les étudiants veulent "continuer à organiser des actions"

Des réactions politiques de toutes parts

Les réactions des adversaires politiques de La France insoumise ne se sont pas fait attendre. Marine Le Pen a dénoncé "l’antisémitisme de l’extrême gauche, sa violence récurrente, sa nature et son projet totalitaires", là où Gabriel Attal a affirmé que "l’antisémitisme de LFI est tout sauf résiduel".

À gauche, les partis se désolidarisent totalement de LFI. "N’a-t-on pas plutôt des représentants politiques qui défendent la loi Yadan à interpeller fortement avant de s’en prendre à Barbara Butch ?", a taclé Clémentine Autain. "Cette artiste est une femme engagée dans le combat LGBTQI+ et contre la grossophobie, cible régulière d’attaques violentes, sexistes et antisémites", a ajouté la députée, ex-"insoumise". De son côté, Olivier Faure, patron du Parti socialiste, a estimé que "LFI ne sert pas la cause palestinienne. Ces méthodes n’aident en rien les Palestiniens et desservent les militants sincères". 

LFI ne sert pas la cause palestinienne. Ces méthodes n’aident en rien les palestiniens et desservent les militants sincères. Solidarite avec Barbara Butch. https://t.co/l62LSX6jzb

— Olivier Faure (@faureolivier) July 19, 2026

Pour autant, cela n'a pas empêché le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, d’assurer "comprendre que cette position politique puisse générer une protestation", ajoutant que "cette dernière doit être pacifique", sur Franceinfo. "On est extrêmement fiers d’avoir participé à cette manifestation pacifique", a déclaré à l’Agence France-Presse Allan Brunon, élu de LFI à la mairie de Grenoble, tout en niant qu’il y ait eu des projectiles lancés sur l’artiste. Il a ajouté : "Nous n’avons empêché personne de se produire sur scène puisque madame Barbara Butch s’est produite sur scène."

À lire aussi : Manifestation pro Palestine à Sciences Po Toulouse : la police a évacué les étudiants rassemblés à l’intérieur

Des réactions de la sphère publique 

Sur Instagram, Arthur, le célèbre animateur de "Vendredi tout est permis", a partagé une publication dans laquelle il dénonce avec ironie ce boycott. "Bravo, vous avez fait annuler le concert de Barbara Butch. Résultat immédiat : l’aide alimentaire entre en masse à Gaza. Le Hamas a déposé les armes. Ah non, rien de tout ça ne s’est passé, sauf une artiste juive chassée d’une scène française".

Dans les commentaires, les réactions ont été nombreuses. "Je suis profondément choquée par l’antisémitisme qui monte en France. Je ne veux pas y croire, je ne peux pas croire que cette haine revienne encore. Mais il n’est pas question de se taire ni de se laisser faire. Plus jamais. Nous devons tous refuser cette haine", a répondu Caroline Margeridon.

Flora Ghebali, chroniqueuse des "Grandes Gueules" sur RMC, a elle aussi réagi : "Chère Barbara. Tu es l’honneur de la France. Les fascistes qui essayent de te faire peur seront combattus de toutes nos forces, dans les tribunaux et dans les urnes. L’époque est différente mais la résistance demande beaucoup de courage".

"Une agression intolérable"

Audrey Msellati, l'avocate de Barbara Butch, a déclaré que "l'antisionisme invoqué n'a été, à Grenoble, que le vêtement de l'antisémitisme". Depuis des mois, Barbara Butch fait l’objet d’une campagne coordonnée qui ne cherche plus seulement à critiquer ses engagements, réels ou supposés, mais à obtenir son exclusion de la vie artistique et publique. Et pour elle, une limite a été franchie ce soir du 18 juillet sur la scène grenobloise. 

La mairie de Grenoble a fermement condamné les faits, déclarant que l'artiste a été "la cible d'une agression intolérable en plein spectacle". La maire de la ville, Laurence Ruffin, a également annoncé ce lundi 20 juillet qu'elle allait porter plainte. De son côté, Tina Theallet, la directrice générale de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), a estimé : "Nous ne pouvons pas concevoir raisonnablement que la liberté d'expression soit la porte ouverte aux violences", précisant que la peur et l'intimidation ne doivent pas être des méthodes pour lutter contre ces maux. Un événement qui relance le débat du boycott des artistes associés, de près ou de loin, à Israël, s'est imposé dans le monde culturel français depuis le 7 octobre 2023.