C’est l’une des « mamans de l’indépendance » au Sénégal : Adja Arame Thioumbé Samb, née en 1928 à Dakar, a été tour à tour l’une des militantes anticolonialistes venues réclamer l’indépendance immédiate au général de Gaulle en 1958, mais aussi la première femme détenue politique en 1960, arrêtée après avoir contesté une tentative de fraude électorale dans un bureau de vote de Saint-Louis et membre pendant 25 ans du Parti africain pour l’indépendance.

De notre correspondante à Dakar, 

« Le nom de Thioumbé Samb résonne. Très jeune, j’ai entendu mon père parler d’elle, se rappelle Penda Mbow, historienne. Il disait qu’elle était une bagarreuse et une femme qui ne se laissait pas faire, forte, battante. C’est le modèle de la femme militante. »

L’historienne est trop jeune pour avoir connu Thioumbé Samb. Mais très tôt, la militante féministe s’est intéressée à cette cheville ouvrière de la lutte pour l’indépendance. « Certaines réunions se passaient chez elle, poursuit l'historienne, elle gardait des tracts chez elle, elle organisait des réunions clandestines. Cette femme avait tout donné à son parti»

Engagée en politique dès 1957, membre active du Parti africain de l’indépendance avec son mari, elle a continué même quand le parti a été interdit et contraint à la clandestinité en 1960. « Elle a pris tous les risques. Elle a créé le PAI clandestin qu’elle a abrité, raconte Diabou Bessane, une journaliste qui a réalisé un documentaire sur les mères de l’indépendance. Elle a même fait installer une imprimerie dans son salon pour continuer à imprimer les tracts : “Oui à l’indépendance, oui à l’indépendance immédiate.” »

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« Elle a eu le courage de continuer à militer »

Deux ans plus tôt, en 1958, lors de la visite du général de Gaulle à Dakar, Thioumbé Samb faisait partie des militantes anticolonialistes, qui portaient des pancartes qu’elle avait en partie rédigées. « Et tout ça pour une femme qui n’avait pas été scolarisée, souligne Diabou Bessane. Elle a eu le courage de le faire. Elle a eu le courage de continuer à militer. »

Avec les militantes Sellé Gueye et Adja Rose Basse, elle fonde également l’Union des femmes du Sénégal et laboure le terrain. Leur slogan : « L’indépendance avant tout. » « Elles allaient dans les hôpitaux, dans les maternités. Elles aidaient les femmes indigentes en leur expliquant pourquoi il était essentiel que le pays accède à l’indépendance, ajoute Diabou Bessane. Elles organisaient des manifestations dans les cinémas pour éveiller leurs sœurs, pour éveiller leurs frères sur cette question de l'indépendance. Donc je pense qu’elle a joué un rôle essentiel. »

Arrêtée à Saint-Louis en 1960, Thioumbé Samb est emprisonnée pendant six mois pour s’être opposée à des tentatives de fraude dans un bureau de vote aux élections municipales. Elle devient la première femme détenue politique au Sénégal après l’indépendance. La militante est régulièrement traitée de communiste, déconsidérée par les hommes politiques. Invisibilisée, Thioumbé Samb meurt en 2001. Aujourd’hui, son nom figure sur une liste de cent femmes proposées à la ville de Dakar pour rebaptiser ses rues.

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