Reportage Afrique - Les actrices des luttes anticoloniales: en Tunisie, Halima al-Zaïma, une proche de Bourguiba [10/10]
En Tunisie, la figure d'Halima al-Zaïma a été oubliée de l'histoire de l'indépendance du pays. Pourtant cette militante noire originaire de Gabès, au sud de la Tunisie, a joué un rôle important sur le plan politique dans les années 50. Patriote et soutien de l'ancien leader Bourguiba, cette vendeuse de vêtements et d'or, analphabète, transportait des tracts du parti du Néo-Destour, opposant à l'occupation française. Très connue dans sa ville natale, elle manque encore d'une reconnaissance nationale.
De notre envoyée spéciale à Gabès,
Au café Polygone, en face de la mer à Gabès, Fakhredine et Houda, les deux petits-enfants de Halima al-Zaïma, se remémorent leurs souvenirs d'enfance et l'image de leur grand-mère, morte il y a 25 ans. Fakhreddine se rappelle d'une mamie costaud aux multiples facettes : « Pour moi, ce n'était pas une femme mais plusieurs femmes en une. Elle était très imposante dans sa façon de s'habiller, sa posture, son élocution, se rappelle-t-il, c'était une grande dame ».
Houda se souvient d'une femme qui parlait peu de son passé. Mais le souvenir de l'engagement anticolonial d'Halima al-Zaïma s'est transmis dans la famille. « Vu que Halima était une vendeuse de vêtements qui faisait aussi le commerce des bijoux en or entre les familles, elle était très connue et respectée à Gabès. Quand est venu le moment de la lutte pour l'indépendance, elle s'est mise à transporter des tracts du parti de Bourguiba pour les militants, explique Houda. Elle leur ramenait aussi des vêtements pour ceux qui se cachaient des Français. On a toujours entendu parler de son courage et de son amour pour Bourguiba. »
Les rares photos d'Halima la montrent en compagnie de l'ancien leader qui l'avait fait monter dans sa décapotable, lors d'un défilé dans la ville.
« C'est comme si on l'avait oubliée »
Devant l'ancienne maison d'Halima, ses voisins, qui se reposent à l'ombre, se souviennent très bien d'elle. « Ici, on arrive dans son ancien quartier, à El Manara, à Gabès, montre l'un d'eux, ça, c'est ce qui reste de sa maison. »
Fakri Chagra, retraité, déplore qu'elle n'ait même pas le nom d'une rue à son nom. « Je ne comprends pas pourquoi elle n'a jamais eu quelque chose pour elle dans la ville, interroge-t-il. Que fait la municipalité ? C'est comme si on l'avait oubliée alors que moi, je me souviens encore d'elle à cheval avec Habib Bourguiba. »
Et son souvenir s'étend au-delà de son quartier. Dans la foire d'artisanat, les commerçants parlent spontanément d'elle dès que l'on évoque son surnom, al-Zaïma, la leader. « Moi, je me souviens qu'enfant, on prenait le car avec elle pour aller dans la ville natale du leader à l'occasion de son anniversaire, se souvient Amor, artisan et musicien, elle était toujours avec nous. »
Un héritage qui risque de s'étioler sans trace officielle de l'engagement de cette femme, notamment pour les plus jeunes générations.
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