Dix. Ils étaient dix, et plus encore, à émerger de la saison théâtrale 2025-2026, à l'issue de soirées animées au cours desquelles les critiques se réunissent pour élire leurs coups de cœur, sans distinction de catégories.

L'occasion de braquer les projecteurs sur les projets artistiques les plus convaincants, ébouriffants, émouvants ou nécessaires.

Traditionnellement, les prix Maeterlinck de la critique étaient décernés lors d'une soirée festive qui donnait aussi le coup d'envoi de la saison. Malheureusement, l'ASBL n'est pas en mesure d'organiser matériellement une cérémonie pour dévoiler ces lauréats cette année mais les cœurs, eux, continuent à battre pour les spectacles primés, dont la plupart tourneront encore cette saison. Et les lauréats sont…

Ligne ouverte, de Vassili Schémann

"Ligne ouverte" de Vassili Schémann. ©Vassili Schémann

Et s'il fallait n'en choisir qu'un ? Celui-ci, sans doute. Un coup de foudre, en ce qui nous concerne, pour ce spectacle inspiré des émissions de nuit et des écrits de Gonzague Saint-Bris, qui nous plonge dans une époque révolue, qui donne son ampleur à la nuit et à ce qui s'y dit. Le monde se raconte à l'antenne et toute l'humanité défile dans une première mise en scène minimaliste et une direction d'acteurs remarquables du jeune réalisateur Vassili Schémann. Une vraie galerie de portraits vibrants, drôles ou tragiques, des confessions touchantes sur les notes bleues d'Erik Satie. "Immanquable ! " écrivions-nous lors de sa création au Poche. Présent cet été à Avignon, Ligne ouverte a fait un tabac. (L.B.)

Ces radios de nuit où se raconte toute l'humanité

Ronces, de Camille Sansterre et Daniela Ginevro

Pauline Haùgness dans
Pauline Haùgness dans "Ronces" du Théâtre de la Guimbarde. ©Laetitia Bica

Un spectacle coup de poing aux Rencontres de Charleroi dont on ressort bouleversé. Sur le plateau, un micro shotgun, un sniper, celui qui vise juste. Casque sur les oreilles, en immersion totale, le public plonge dans la mémoire fragmentée de Nina, 16 ans, dont le corps, entre deux absences, se souvient. La boîte de nuit, les toilettes, le carrelage glacé, l'agression… "C'est le plus beau spectacle que j'ai vu" déclare un garçon de 14 ans, à la sortie de Ronces, comme cette plante qui dérange, s'impose, sort de l'ombre, fleurit les mûres de l'enfance et laisse ses griffures à l'âme. Telle une héroïne grecque, Pauline Haugness, chevelure de feu, incarne Nina avec une vérité chargée d'émotion. Elle est accompagnée par le musicien Julien Lemonnier, qui interprète la musique en live. Elle part en vrille, accélère le récit, se reconstruit, hypnotise le public, brise le miroir. "Cela ne s'arrêtera donc jamais ?"Vraie question posée avec urgence et pertinence par le Théâtre de la Guimbarde, dans un spectacle qui devrait être vu par tous. (L.B.)

Nina, 16 ans, agressée sexuellement en boîte de nuit : "Cela ne s'arrêtera donc jamais ?"

Le Mariage de Figaro, de Marivaux, mise en scène de Dominique Serron

"Le Mariage de Figaro" , mise en scène de Dominique Serron. ©AUDE VAN LATHEM

Le chef-d'œuvre de Beaumarchais dans une version resserrée, sans dénaturer ni la langue, sublime, ni la dramaturgie du récit. Au plateau, le jeu éclatant des neuf interprètes rend ce classique du XVIIIe siècle jouissif et percutant. (St. Bo.)

Bâtir, de Salim Djaferi, mise en scène de Salim Djaferi et Clément Papachristou

"Bâtir" de Salim Djaferi. ©Inge Vermeiren RHoK

Nous avions découvert Koulounisation de Salim Djaferi. Voici à nouveau du théâtre documentaire, explorant les traces toujours actuelles de la colonisation, cette fois non plus dans les mots utilisés, mais dans les pierres du bâti. Il s'intéresse aux liens troublants qu'il a observés et longuement étudiés entre les cités de l'Algérie française et celles d'aujourd'hui, autour de Paris. Un spectacle qui creuse à bon escient, la même question brûlante des séquelles actuelles dans nos pays de l'héritage colonial. (G.Dt.)

Justices, de Clément Papachristou

"Justice" de Clément Papachristou. ©Marin Driguez / Agence VU'

Formidable, drôle mais cinglant, Justices vient bousculer nos certitudes et évoquer avec audace les réponses que la société devrait donner aux personnes porteuses d'un handicap.(G.Dt.)

La Mouette, d'Anton Tchekhov, adaptation et mise en scène de Frédéric Dussenne

Mehdy Khachachi (Treplev) et Ariane Rousseau (Arkadina) dans
Mehdy Khachachi (Treplev) et Ariane Rousseau (Arkadina) dans "La Mouette" de Tchekhov aux Martyrs. ©Photographie Véronique Vercheval

Rien de tel qu'une belle version de La Mouette de Tchekhov, l'un des plus beaux textes de l'histoire du théâtre. Frédéric Dussenne s'en empare avec élégance et talent. Toute la poésie, et l'humour, du dramaturge russe se lovent dans cette adaptation au tempo moderato où règne une certaine torpeur. En survêtement, jean ou chemisier chamarré, ces artistes d'aujourd'hui, bien dans leurs baskets, tantôt chanteurs, tantôt danseurs, livrent le texte littéraire d'hier et contribuent à notre bonheur de retrouver ces personnages tellement émouvants. (L.B.)

Pépée, une histoire sans chute

Pépée une histoire sans chute
Josépha Sini dans une pièce intitulée "Pépée une histoire sans chute" ©EDA

Josépha Sini raconte avec beaucoup de verve et de tendresse son enfance auprès d'une maman autoritaire et alcoolique, mais avocate redoutable. On ne peut être que sidéré, et attristé, devant autant de situations inimaginables, voire périlleuses. Mais Josépha Sini parvient sans cesse, sans jamais se moquer de sa mère ni la juger, à rendre son récit amusant et léger tel un pied de nez à l'enfance pas toujours facile et joyeuse qu'elle a vécue. (St. Bo.)

Frames, d'Alexander Vantournhout

"Frames" de Not Standing/Alexander Vantournhout. ©Bart Grietens

Du cirque ultra-silencieux, de la danse inspirante, l'ensemble d'une poésie puissante et d'une radicalité constante. Qu'ajoute le cadre à l'œuvre d'art ? Qu'apporte-t-il à l'acrobate ? En quoi influence-t-il l'avis du passant ? (L.B.)

Laaroussa Quartet, de Selma et Sofiane Ouissi

Laaroussa Quartet, de Selma et Sofiane Ouissi.
Laaroussa Quartet, de Selma et Sofiane Ouissi. ©Veerle Vercauteren

Un hommage à la technique ancestrale des potières de Sejnane en Tunisie qui explore la relation entre danse contemporaine et geste artisanal. Inoubliable, paraît-il.

T'façon on est en 2012, de Loraine Dambermont

"T'façon on est en 2012", de Loraine Dambermont. ©Margot Briand

Le titre fait allusion au clash des Lopez qui, en 2012, devenait viral sur YouTube. Entre gravité et dérision, le spectacle traverse les mécanismes mis en oeuvre lors des règlements de compte sur les réseaux sociaux, et touche à ce qui fonde la masculinité toxique.

Pour connaître les dates de tournée ou avoir plus d'infos : prixmaeterlinck.be

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