« Les élèves sont arrivés avec des pétards et des mortiers » : comment le blocus a viré au chaos près de ce lycée d’Antibes
Un étrange silence règne devant le lycée Jacques-Dolle, à Antibes. Des bris de verre et des poubelles éventrées jonchent l’asphalte du chemin Saint-Claude. La route est bouclée par les forces de l’ordre, qui orientent les automobilistes vers le pôle d’échanges.
Impossible de savoir si l’épaisse fumée blanche qui flotte provient des multiples petits incendies ou des gaz lacrymogènes tirés plus tôt par les forces de l’ordre.
Dès 7 h 15, mercredi 30 septembre, des groupes d’élèves se sont formés sur le parvis de l’établissement pour organiser un blocus. Ils rejoignent ainsi le mouvement de contestation qui s’est étendu à plusieurs centaines de lycées en France.
Loin de vouloir manifester dans le calme, « un groupuscule très mobile » – pour reprendre les termes du commissaire antibois Jean-Robert Robin – envenime très vite la situation. La consigne aurait été donnée de « venir habillé en noir et masqué », selon plusieurs adolescents.
« Les gens sont arrivés avec des mortiers »
Arnaud Ciaravino / Nice-Matin
Engagés dans une boucle infernale, ils sont des dizaines à quitter le lycée Dolle, à emprunter au pas de course l’avenue Jules-Grec puis à remonter les boulevards voisins pour revenir devant l’établissement. Un manège qui dure toute la matinée, jusqu’à midi.
« Au début, les gens sont arrivés avec des pétards et des mortiers, puis du déodorant et des briquets, raconte un lycéen, visage dissimulé par un masque chirurgical noir. Des policiers ont commencé par des petites gazeuses, puis ils ont tiré des lacrymogènes et des flashball. »
En rangs serrés, les forces de l’ordre – tous les effectifs du commissariat d’Antibes et de la police municipale ont été mobilisés – cherchent à disperser la foule. « Les gens se défendent comme ils peuvent. On ne lâchera pas l’affaire », enrage un élève de seconde.
Des projectiles de toutes sortes volent dans les airs. Des véhicules de CRS sont caillassés, de nombreux abribus et panneaux de signalisation sont dégradés, sans parler des incendies allumés puis aussitôt éteints par les sapeurs-pompiers.
« C’est pas du tout la bonne façon de faire »
Arnaud Ciaravino / Nice-Matin
Alors que la pression retombe peu à peu, certains élèves observent les têtes cagoulées d’un œil désapprobateur. « Tout ça, soi-disant pour protester contre l’absence de clim en été, le manque de chauffage en hiver, les emplois du temps surchargés ou le manque de temps pour manger », sermonnent trois adolescentes.
Mauvaise stratégie, à les entendre : « Ce sont de vraies causes, mais ce n’est pas du tout la bonne façon de faire. Au lieu d’insulter, de brûler et de tout casser, il aurait fallu faire une vraie manifestation déclarée, avec des pancartes et des revendications claires. »
Yeux dans les yeux, Delphine Forilliere tente d’apaiser et d’écouter les élèves petit groupe par petit groupe. « Je vois une jeunesse en grande souffrance, on est là pour recueillir leur parole. Mais on ne cautionne absolument pas ces violences, ça perd tout son sens », regrette la cheffe de service du dispositif de médiation éducative, issu de l’association Montjoye.
Mobilisée sur le terrain depuis lundi, elle ajoute : « Certains adolescents ne savent même pas pourquoi ils sont là. Tous ne viennent d’ailleurs pas du lycée Jacques-Dolle, certains ne sont même pas scolarisés. »
7 interpellations au total
Arnaud Ciaravino / Nice-Matin
Seule bonne nouvelle : aucun blessé n’est à déplorer, ni du côté des élèves ni du côté des forces de l’ordre, selon le commissariat d’Antibes. Une information confirmée sur le terrain par les soldats du feu. Seule l’une des entrée de l’établissement a été endommagée.
« La situation n’est pas catastrophique », rassure même un membre des forces de l’ordre. Quant aux témoignages d’élèves assurant que les policiers ont « chargé d’abord », il répond : « Dans tous les cas, ils n’avaient pas le droit d’être sur la voie publique. Ce n’est pas une manifestation autorisée. »
Au total, sept personnes ont été interpellées puis déférées devant le parquet de Grasse à l’issue de leur garde à vue. Elles ont été présentées au tribunal pour enfants en vue de leur jugement, avec des réquisitions de placement sous contrôle judiciaire.
De quoi calmer les ardeurs ? Peu probable. « Demain [ce jeudi], on revient faire la même chose. Encore et encore tant qu’on ne sera pas entendus », préviennent plusieurs lycéens. Les lycées Jacques-Audiberti et Vert d’Azur devraient, eux aussi, rejoindre le mouvement.
La CGT au chevet des élèves ?
Dans un communiqué publié en vue de la grève nationale organisée par la CGT Santé et Action sociale, ce jeudi 1er octobre, le syndicat du centre hospitalier d’Antibes a pris les manifestations lycéennes très au sérieux.
Il invite ainsi les agents en grève à se joindre aux élèves et à « être témoins ou acteurs du mouvement pour pouvoir, si besoin, servir de médiateurs et/ou prévenir d’éventuels débordements ».
« Après toutes les images que nous avons pu voir sur les réseaux sociaux ces derniers jours, nous sommes inquiets pour la sécurité de nos enfants qui se mobilisent », indique également le texte.
Ils seront présents dès le début de la mobilisation devant le lycée Jacques-Audiberti, prévue à 7 heures, en plein centre-ville d’Antibes.