Les étudiants semblent se détourner du développement logiciel face à la capacité croissante de l'IA à coder de façon autonome. Ils se tournent de plus en plus vers les domaines de l'ingénierie physique, tels que l'aérospatiale et la mécanique. Ces disciplines offrent des débouchés plus tangibles. Bien que ces statistiques proviennent d'échantillons spécifiques, elles concordent avec une baisse globale des inscriptions universitaires dans les filières liées aux technologies de l'information. La certitude qu'apprendre à coder garantit un avenir stable s'effrite face aux progrès rapides de l'IA en ingénierie logicielle et aux incertitudes du marché de l'emploi.

Pendant des années, les élèves attirés par la technologie recevaient le conseil très direct d'apprendre à coder afin d'accéder à des emplois bien rémunérés et prometteurs. Mais depuis l'essor de l'IA générative, les choix académiques des jeunes semblent connaître un virage important. D'après les données publiées par Nova Learning, l'informatique et l'intelligence artificielle connaissent un net recul auprès des élèves de collège et de lycée sondés.

Alors que ces filières représentaient 42,3 % des intentions d'études en 2025, ce chiffre est tombé à 27,9 % en 2026. À l'inverse, l'intérêt pour l'ingénierie a presque doublé sur la même période, passant de 11,9 % à 23 % des réponses. Le matériel connaît un essor et le développement logiciel fait face à un déclin.

En examinant la répartition interne de l'informatique, le développement logiciel et la science des données accusent la baisse la plus sévère, subissant une chute de 44 % de sa part par rapport à 2025. L'IA en tant que sujet d'étude individuel enregistre aussi la plus forte baisse absolue de l'enquête avec une diminution de 6,2 points de pourcentage. En revanche, des filières comme la cybersécurité et l'interaction homme-machine résistent beaucoup mieux.

Les étudiants deviennent plus sélectifs. Du côté de l'ingénierie, la progression est surtout portée par l'aéronautique et le génie mécanique, qui représentent à eux deux plus de 60 % des choix en ingénierie en 2026 et 81 % de sa croissance globale. L'ingénierie électrique et informatique gagne aussi du terrain, traduisant un basculement vers les systèmes physiques, le matériel et les machines plutôt qu'un rejet catégorique des filières techniques.

Impact de l'IA et du marché du travail sur le choix des élèves

Ce changement s'explique en partie par l'évolution rapide des capacités de l'IA. Les outils actuels sont capables de générer des fonctions, de corriger des erreurs, de concevoir des interfaces et d'exécuter des pans entiers de développement sans intervention humaine majeure. L'IA générative transforme profondément le travail des développeurs de logiciels. Les témoignages indiquent qu'ils sont de plus relégués au rôle de « superviseur de l'IA ».

« J’en ai marre de cette merde. C’est fini. La situation actuelle dans le domaine de l’ingénierie est horrible », a écrit un ingénieur logiciel dont l'entreprise a confié l'ensemble du flux de travail à l'assistant IA Claude Code d'Anthropic. « Les employés se retrouvent réduits à travailler 12 à 13 heures par jour, uniquement pour appuyer sur la touche Entrée, contraints de valider à la chaîne du contenu qu'ils n'ont pas le temps d'analyser », a-t-il déploré.

Par conséquent, la simple maîtrise de l'écriture de code perd de sa valeur intrinsèque. Les élèves qui entrent aujourd'hui au lycée observent la progression des assistants de codage, les vagues de licenciements dans le secteur technologique et les débats sur le remplacement potentiel des postes de débutants.

Les diplômés en informatique sont confrontés à un marché de l'emploi extrêmement précaire en raison de l'IA. Les opportunités professionnelles et les niveaux de rémunération pour ces profils stagnent, affichant un déclin comparable à celui observé durant la « Grande Récession ». Faute de postes spécialisés, une part croissante de ces jeunes travailleurs se tourne vers des secteurs moins rémunérateurs tels que la restauration ou le commerce.

Longtemps présenté comme une voie royale, le développement logiciel n'offre désormais que des perspectives floues. Les développeurs qui n'ont pas été licenciés sont surchargés et déprimés. Par comparaison, les domaines industriels comme la robotique, l'énergie, l'aérospatiale ou la fabrication de puces offrent des projets plus tangibles que le fait de se retrouver à « rivaliser avec une IA capable de produire du logiciel en quelques secondes ».

De nombreux étudiants reconsidèrent leurs choix de filière

Les étudiants et les jeunes diplômes sont confrontés à des défis pour choisir leurs filières ou trouver leurs premiers emplois. Il convient de nuancer l'étude de Nova Learning, car elle repose sur un échantillon restreint de 463 élèves en 2025 et 677 en 2026, situés principalement sur la côte ouest des États-Unis et composés de cohortes différentes. Toutefois, ces constatations s'alignent sur des tendances globales observées à plus grande échelle.

Selon le National Student Clearinghouse Research Center (NSCRC), les inscriptions en premier cycle universitaire dans les programmes d'informatique et de sciences de l'information ont chuté de 8,1 % à l'automne 2025 dans les établissements de quatre ans, pour s'établir à environ 606 000 étudiants.

Bien qu'un lien de causalité direct ne puisse être formellement prouvé, la concomitance temporelle reste frappante. Et les étudiants admettent tenir compte de l'IA dans leurs choix. Alors que le message dominant affirmait autrefois que « le logiciel dévorait le monde », la dynamique s'inverse maintenant que « le logiciel peut s'écrire lui-même », ce qui remet en cause le statut de choix par défaut de l'informatique pour les futures générations.

Une enquête de Gallup et de la Fondation Lumina a révélé que 42 % des étudiants en licence avaient reconsidéré leur choix de filière en raison de l’IA. Toutefois, selon une étude antérieure du Bureau du recensement, le marché a basculé quelques mois seulement après le lancement de ChatGPT. Les données sur les inscriptions indiquent que les étudiants n’ont commencé à délaisser l’informatique en nombre significatif que trois ans plus tard.

Les inscriptions en licence d’informatique ont chuté de 8,4 % au printemps 2026 par rapport à l’année précédente, après une baisse de 3,6 % l’automne précédent. Goldman Sachs a révélé que les inscriptions en informatique et en programmation ont chacune chuté de plus de 10 % au cours de l’année universitaire 2025-2026, première année où la banque a constaté que les étudiants réagissaient de manière visible à l’IA dans leurs choix de filière.

Source : Nova Learning

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