Les lunettes connectées de Meta — désormais communément appelées « lunettes de pervers » — font l’objet d’appels de plus en plus nombreux de la part de pays et d’institutions demandant leur interdiction, en raison de préoccupations liées à la vie privée et à la surveillance. Maintenant, ce sont les forces de police à travers les États-Unis qui s'avertissent mutuellement que les lunettes équipées d'une caméra de Meta sont utilisées pour filmer à l'intérieur des prisons et des locaux de police. L'ironie de la situation : les forces de police aux USA aiment surveiller les gens mais ne veulent pas être surveillées

Sept millions de paires vendues en 2025, une LED quasi invisible, des employés sous-traitants qui visionnent vos images en temps réel et un projet de reconnaissance faciale baptisé « Name Tag » : les lunettes connectées de Meta cristallisent toutes les tensions entre innovation technologique et respect de la vie privée. Ces lunettes ne ressemblent presque à rien d'autre qu'à de banales Ray-Ban Wayfarer — et c'est précisément le problème. Dotées de caméras, de microphones et d'écouteurs intégrés dans les branches, elles permettent de filmer, photographier et diffuser en direct sur Instagram ou Facebook, et d'interagir avec l'assistant vocal « Hey Meta » pour obtenir des informations sur ce que la caméra capte.

Les cas d'usages abusifs sont documentés et se multiplient. Des porteurs filment dans des salles de bain, des cabinets médicaux et des tribunaux. La tendance des propriétaires à porter ces lunettes dans les salons de massage, en diffusant parfois en direct sur Instagram à destination de milliers de spectateurs, est devenue un motif récurrent de plaintes. En octobre 2025, l'Université de San Francisco a émis une mise en garde officielle après des signalements de captation non consentie de femmes dans l'enceinte du campus. La RTBF a recensé, entre décembre 2025 et février 2026, 44 femmes victimes de ce type de filmage caché pour 25 hommes — et dans un cas espagnol similaire, 100 % des victimes étaient des femmes.

Maintenant, ce sont les forces de police à travers les États-Unis qui s'avertissent mutuellement que les lunettes équipées d'une caméra de Meta sont utilisées pour filmer à l'intérieur des prisons et des locaux de police. Le bureau antiterroriste du département de police de New York, qui collabore avec le FBI, a diffusé la première de ces notes en janvier, qualifiant les lunettes Ray-Ban Meta de menace pour « la sécurité et le contre-espionnage » et demandant aux agents d’inspecter tous les accessoires visuels autorisés dans les cellules des détenus.

Le département a donné pour consigne aux agents de « procéder à des inspections minutieuses de tous les équipements optiques autorisés dans les cellules des détenus », invoquant la crainte que des personnes arrêtées puissent utiliser des lunettes équipées de caméras miniatures et de microphones pour filmer l’intérieur des locaux de la police. « La possibilité d’enregistrer discrètement à l’intérieur d’un établissement des forces de l’ordre ou d’un centre de détention pourrait constituer un risque pour la sécurité si des informations confidentielles concernant la disposition des cellules, l’emplacement des caméras ou les routines de patrouille des agents et de protection des sites venaient à être divulguées », indique la note.

Il citait deux vidéos. L’une, publiée sur TikTok en juillet 2025, montrait l’intérieur d’un centre de détention de Caroline du Sud alors faisant l’objet d’une enquête fédérale pour conditions de détention dangereuses, avec des plans des cellules, des sanitaires et des réfectoires, ainsi que des détenus qui ne semblaient pas se rendre compte qu’ils étaient filmés. « Tout le monde ici essaie de comprendre ce qui se passe avec mes lunettes, pourquoi ma lumière clignote », disait la personne qui les portait. « Les gens ne connaissent pas les lunettes Meta. » Les lunettes connectées de Meta sont depuis communément appelées « lunettes de pervers ».

La police américaine met en garde contre les lunettes connectées de Meta

Les centres de détention américains confisquent généralement les appareils électroniques capables d’enregistrer des vidéos, mais certaines lunettes connectées Meta auraient échappé à ces contrôles. Le design discret de ces lunettes leur permet de ressembler à s’y méprendre à des lunettes de soleil Ray-Ban ou Oakley ordinaires, ce qui les rend difficiles à identifier au premier coup d’œil. Le signe le plus évident indiquant qu’elles enregistrent est un petit voyant situé près du bord de la monture qui clignote lorsque la caméra est active. Mais même ce voyant peut être modifié pour être désactivé. Un rapport d'octobre 2025 a montré que les lunettes Meta ont été modifiées afin de supprimer ce voyant d'avertissement et de rendre le monde un peu plus sûr pour les pervers.

C'est pourquoi, les policiers, du Maine à la Californie, craignent que ces appareils ne permettent à des individus de filmer discrètement le personnel et les locaux de la police, tout en pouvant potentiellement être utilisés pour faciliter des activités criminelles ou des actes de terrorisme. Des avertissements ont également été émis par l’équipe conjointe d’évaluation antiterroriste du Département de la Sécurité intérieure, ainsi que par des centres de fusion à New York, dans le Maine, en Virginie, au Tennessee et à San Diego. Un bulletin du Maine diffusé en juin a mis en évidence un autre risque potentiel, soulignant que certaines lunettes « peuvent exploiter des logiciels d’IA, notamment la reconnaissance faciale », ce qui soulève des inquiétudes quant à l’utilisation de cette technologie pour identifier et divulguer l’identité des agents des forces de l’ordre.

Les agences fédérales ont commencé à contrôler leurs propres agents. En août, l’agence de contrôle de l’immigration et des douanes (ICE) a informé son personnel que les lunettes connectées étaient assimilées à des caméras corporelles et ne pouvaient donc pas être portées dans les locaux fédéraux, car elles pourraient « capturer, enregistrer ou transmettre involontairement des informations sensibles ».

Pourtant, en avril, des documents budgétaires confidentiels ont révélé que le Department of Homeland Security développe des lunettes intelligentes destinées à permettre aux agents fédéraux d'identifier en temps réel, dans la rue, toute personne figurant dans ses bases de données biométriques. Un projet qui s'inscrivait dans une escalade de surveillance sans précédent aux États-Unis, où des agents portent déjà des Ray-Ban Meta lors d'opérations d'immigration sans cadre légal explicite, sans consentement des personnes filmées, et presque sans réaction du Congrès.

Les forces de police aux USA aiment surveiller les gens mais ne veulent pas être surveillées

Ces révélations ont été obtenus par l’association à but non lucratif en faveur de la transparence « Property of the People », dont le directeur exécutif, Ryan Shapiro, affirme que l’opposition des forces de police américaines aux lunettes Meta Smart sert leurs propres intérêts. Selon Shapiro, ces documents indiquent que les forces de l’ordre souhaitent que les outils de surveillance et les caméras restent un moyen unidirectionnel de surveiller le public, sans permettre que cette même technologie serve à scruter les autorités.

« Ces agences surveillent le public sans relâche, mais dès que nous pouvons les surveiller à notre tour, cela est considéré comme une menace pour la sécurité », explique Shapiro. « Lorsque seul le gouvernement est autorisé à détenir la caméra, ce n’est pas de la sécurité. C’est de l’impunité. » Une vision partagée par différentes organisation de protection des libertés et de la vie privé.

En mars 2026, l'Electronic Frontier Foundation (EFF) a mis en garde contre le fait que les enregistrements réalisés avec les lunettes intelligentes de Meta pourraient non seulement être visibles par l'utilisateur, mais également accessibles à Meta, à des sous-traitants tiers, voire aux forces de l'ordre. Si ces lunettes permettent d'enregistrer sans les mains, elles soulèvent d'importantes questions concernant la surveillance constante, le partage des données et le risque d'abus. L'EFF invitait ainsi les consommateurs à y réfléchir à deux fois avant d'acheter ou d'utiliser les lunettes Ray-Ban de Meta.

En avril, l'Union américaine pour les libertés civiles (American Civil Liberties Union, ACLU) a partagé son avis sur la reconnaissance faciale dans les lunettes connectées Ray-Ban et Oakley de Meta. L'ACLU a affirmé que Mark Zuckerberg, PDG de Meta, a une vision dystopique d'une société surveillée. L'ACLU a déclaré notamment : « Mark Zuckerberg et sa famille n'auront pas à subir les conséquences de la technologie que son entreprise s'apprête à déverser sur le monde, car c'est un milliardaire qui n'interagit pas avec notre société de la même manière que nous. » L'ACLU a encouragé à agir pour riposter contre les risques importants en matière de vie privée et de sécurité du projet de Meta.

Même Meta semble comprendre la portée de son produits. Fin août, Meta a déploié une mise à jour logicielle pour ses lunettes connectées afin d'empêcher les utilisateurs de dissimuler le voyant lumineux pendant un enregistrement vidéo. Cette mesure technique vise à garantir que les passants soient avertis d'une capture en cours, répondant aux critiques sur les enregistrements non consentis. Meta fait face à d'importantes pressions réglementaires en Europe, où certains pays envisagent une interdiction totale du produit. Parallèlement, une action collective aux États-Unis accuse Meta de tromperie concernant la confidentialité des données. Ces « lunettes de pervers » ont ouvert la voie à de nombreuses formes d'abus.

Source : Association « Property of the People »

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