Les mots forts de Latifa Ibn Ziaten contre la proposition du RN sur le voile
La mère du premier militaire assassiné par Mohammed Merah en 2012 s’insurge contre la volonté de l’extrême droite d’interdire le port du voile dans l’espace public.

NICOLAS LIPONNE / NurPhoto via AFP
Latifa Ibn Ziaten critique fortement la volonté du RN d’interdire le port du voile dans l’espace public.
Une prise de parole forte et claire. Dans un long message posté ce lundi 7 septembre sur les réseaux sociaux, Latifa Ibn Ziaten critique la proposition du Rassemblement national d’infliger une amende aux femmes qui porteraient le voile dans l’espace public. Face à « une polémique qui dure depuis plusieurs jours », elle se dit « profondément triste ».
« Je suis triste parce que cette polémique crée encore plus de haine et de division entre notre peuple », explique la mère d’Imad Ibn Ziaten, premier militaire assassiné par Mohammed Merah à Toulouse en 2012. « Je porte un foulard. Et je suis fière d’être une citoyenne française, ajoute-t-elle. Depuis des années, je me bats pour les valeurs de la République, pour la liberté, la fraternité, le respect et la paix ».
Latifa Ibn Ziaten a fondé l’association Imad, du nom de son fils, et se déplace à cette occasion partout en France. « Je vais dans les quartiers, dans les écoles et partout en France pour rencontrer notre jeunesse, l’écouter et lui transmettre un message : croyez en la République, respectez ses valeurs et croyez en votre avenir ». « Et je fais tout cela avec mon foulard, explique-t-elle. Mon foulard ne m’empêche pas d’être française. Il ne m’empêche pas d’aimer mon pays. Il ne m’empêche pas de défendre la République ».
Elle demande donc à être « jugée sur [ses] actes, sur [son] engagement, sur [son] travail et sur les valeurs [qu’elle transmet] à notre jeunesse. Non sur un vêtement ». Cette prise de parole est forcément un caillou dans la chaussure du RN, tant Latifa Ibn Ziaten représente une figure rassembleuse et consensuelle. Sur franceinfo le 1er septembre, le député Jean-Philippe Tanguy avait d’ailleurs semblé bien en peine de justifier pourquoi la mesure devait s’appliquer indistinctement à toutes les femmes.
Contre « la stigmatisation et la division »
S’agissant du cas précis de Latifa Ibn Ziaten, ce proche de Marine Le Pen avait balbutié : « Nous n’avons critiqué aucune Française de confession musulmane respectueuse de nos lois, nous n’avons discriminé personne ». Puis : « Il peut arriver qu’on doive malheureusement abandonner un certain nombre de symboles parce qu’ils ont été accaparés par une idéologie ». Or, en l’espèce, la mère d’Imad Ibn Ziaten assure « mener un combat contre la radicalisation et toutes les formes de haine, pour protéger notre jeunesse et empêcher que de nouvelles violences et de nouveaux drames se produisent ».
Raphaël Glucksmann, candidat à la primaire du PS et de Place publique, s’était lui aussi saisi de ce cas particulier pour interroger Marine Le Pen, le 4 septembre sur BFMTV : « Latifa Ibn Ziaten, dont le fils a été assassiné par Mohammed Merah et qui porte le foulard, qui lutte contre la radicalisation et défend les valeurs de la France, elle va envoyer la police la verbaliser ? »
Qu’importe la proposition du RN, Latifa Ibn Ziaten ne recule pas. « Je continuerai à porter mon foulard. Je continuerai à porter mes valeurs. Et surtout, je continuerai à défendre la République, la paix et notre jeunesse », affirme celle qui ne veut pas « d’une France de l’exclusion, de la stigmatisation et de la division ».