Les tiques se sont installées pour de bon dans les parcs montréalais
Les Montréalais doivent désormais partager pique-niques et promenades avec de nouvelles voisines parasitaires : les tiques. Une présence à laquelle même les plus citadins devront s’habituer, puisque ces acariens ne sont pas près de quitter les lieux, selon des écologistes.
« On ne peut pas s’en débarrasser, c’est une fatalité », affirme sans détour Jacques Brodeur, écologiste et chercheur à l’Université de Montréal. Les tiques sont arrivées à Montréal, et il ne sera pas possible de les déloger, croit-il.
Révolue l’époque où ces acariens étaient surtout présents dans les hautes herbes de la Montérégie. Les petites bêtes sont désormais partout, de l’Outaouais à Chaudière-Appalaches, en passant par les grands centres. Surtout dans les parcs moins bien entretenus, précise M. Brodeur.
Pourquoi s’en préoccuper ? En s’attachant à leur hôte humain pour se nourrir de son sang, les tiques peuvent transmettre, entre autres, la maladie de Lyme, mais aussi d’autres bactéries.
Montréal au complet est considérée comme une zone où il y a un « risque [important] » de contracter la maladie de Lyme, depuis 2024. Avant, le risque était « présent », mais limité.
C’est la présence accrue de tiques urbaines qui a augmenté le risque d’attraper la maladie, explique le chercheur. « La tique est plus abondante sur l’île qu’elle ne l’était. On la trouve dans les parcs du mont Royal, dans les boisés urbains, le long de la rivière des Prairies, le long du fleuve, même dans les jardins publics. »
Justement, la Direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal a répertorié l’an dernier le plus grand nombre de cas enregistrés dans la métropole depuis qu’elle en fait le décompte.
« Mais il faut faire attention. Oui, il y en a qui ont contracté la maladie sur l’île de Montréal, mais il y a aussi beaucoup de gens qui ont contracté la maladie quand ils étaient en vacances en Montérégie ou dans d’autres zones infectées en Amérique et qui sont comptabilisés à Montréal », précise M. Brodeur.
En effet, ce sont seulement 38 % des 116 cas répertoriés par la DRSP de Montréal qui proviennent de piqûres survenues sur l’île de Montréal, confirme par courriel l’organisation. « La majorité des infections sont associées à des activités de plein air pratiquées dans des milieux boisés ou végétalisés », ajoute la conseillère en relations médias du DRSP Geneviève Paradis.
Apprendre à vivre ensemble
« Les risques ne sont pas partout pareils », affirme Catherine Bouchard, vétérinaire épidémiologiste à l’Agence de santé publique du Canada, qui travaille sur des projets de recherche sur les tiques et leur lien avec les changements climatiques. À Montréal, dans des parcs bien entretenus, les chances d’être piqué par une tique sont relativement moindres.
Reste qu’un certain degré de risque est toujours présent. Pour Jacques Brodeur, cohabiter avec ces bestioles demande une grande vigilance. « C’est la prévention qui est la clé. Quand on revient de passer du temps dehors, même à Montréal, il faut s’observer et observer nos animaux de compagnie. »
Même constat du côté de Mme Bouchard. « Il va falloir que, même lorsqu’on s’étend sur le gazon d’un parc en zone urbaine, on pense à s’examiner le soir en rentrant », détaille-t-elle. « Les gens à Montréal ne porteront pas des vêtements longs l’été, ça, je peux comprendre. Mais il y a d’autres mesures préventives qui peuvent être efficaces, comme bien se regarder en revenant de notre sortie extérieure. »
Pourquoi sont-elles à Montréal ?
Si les tiques ont « infesté » Montréal, c’est d’abord parce que les conditions leur sont de plus en plus favorables, notamment en raison des changements climatiques, qui facilitent leur progression vers le nord.
Mais « ce n’est pas seulement le réchauffement climatique » qui est à blâmer pour la prolifération des tiques en zone urbaine, ajoute Catherine Bouchard. L’aménagement du territoire y a aussi joué un rôle important.
En coupant les forêts et en multipliant les petits boisés, les villes ont créé davantage de zones particulièrement appréciées des souris à pattes blanches, qui vivent en périphérie des forêts. Ces rongeurs, tout comme les cerfs de Virginie, participent activement au cycle de vie des tiques. Plus leur population se porte bien, et plus les tiques se propagent. Même chose pour les populations de cerfs, qui peuvent transporter les parasites sur de longues distances.
On peut penser, par exemple, à la surpopulation de cerfs de Virginie dans le parc Michel-Chartrand, à Longueuil, et à son rôle dans la propagation de la tique.
« Il n’est pas envisageable d’éradiquer complètement la tique des milieux urbains », précise la chercheuse. Mais des équipes travaillent à tenter de limiter la transmission de la maladie de Lyme. Dans le cadre d’une étude, par exemple, des souris ont reçu un traitement semblable à celui administré aux chiens et aux chats contre les tiques.
Les résultats obtenus à petite échelle étaient « prometteurs », juge la chercheuse, mais cette méthode ne peut pas être déployée partout, puisque les tiques se déplacent aussi grâce aux oiseaux, aux cerfs et à plusieurs autres animaux.