Lula face au fils Bolsonaro, l’ombre de Trump… Ce qu’il faut savoir sur la présidentielle au Brésil
Des serviettes et des casquettes à l’effigie des candidats à la présidence brésilienne Luiz Inácio Lula da Silva et Flavio Bolsonaro sont visibles dans un quartier résidentiel de Brasilia, le 11 septembre 2026. SERGIO LIMA/AFP
Lula contre Bolsonaro, encore. Quatre ans après avoir battu de justesse Jair Bolsonaro, le président brésilien affronte cette fois… son fils aîné, Flávio. Pour le premier tour de la présidentielle, ce dimanche 4 octobre, Lula, 80 ans, ancien ouvrier métallurgiste, brigue un quatrième mandat de quatre ans. Son principal rival, sénateur de 45 ans, espère bien ramener au pouvoir l’extrême droite de son père, condamné à vingt-sept ans de prison pour tentative de coup d’Etat. Retour possible du bolsonarisme, pressions de Donald Trump… « Le Nouvel Obs » fait le point sur les enjeux du scrutin.
• Plusieurs élections en une
Ce scrutin présidentiel à deux tours pourrait se régler en un seul. Un candidat peut en effet être élu dès ce dimanche s’il réunit plus de la moitié des suffrages exprimés. Si ce n’est pas le cas, les deux premiers s’affronteront lors d’un second tour le 25 octobre.
Par ailleurs, les Brésiliens ne se déplacent pas seulement pour leur président. Ils choisissent aussi leurs gouverneurs, leurs députés fédéraux et ceux des assemblées locales, et renouvellent également les deux tiers du Sénat. Ces élections détermineront les marges de manœuvre du prochain vainqueur dans un pays où le Parlement, aujourd’hui à forte majorité conservatrice, peut sérieusement contrarier les projets du chef de l’Etat.
• Lula face à l’héritier Bolsonaro
Lula, l’ancien ouvrier devenu président en 2003, reste associé aux politiques sociales qui ont fait sa popularité. Mais vingt-trois ans après sa première arrivée au pouvoir, le dirigeant du Parti des travailleurs peine à se renouveler et ne veut pas « être seulement le président de la Bolsa Familia », a-t-il dit récemment en faisant référence à l’allocation destinée aux foyers les plus pauvres.
Les scandales de corruption qui ont éclaboussé son camp nourrissent toujours un rejet malgré l’annulation de ses condamnations pour des motifs de procédure. Lui justifie cette énième candidature par la nécessité d’empêcher l’extrême droite de revenir « détruire » le pays.
« Quand on regarde Lula, on ne voit pas d’avenir », lui rétorque de son côté son principal adversaire. Flávio Bolsonaro tente de convaincre qu’il peut succéder à son père, le prisonnier. Il doit conserver les fidèles du patriarche tout en rassurant les électeurs rebutés par ses outrances. Avocat de profession, élu dans l’Etat de Rio depuis plus de vingt ans, il se présente comme un « Bolsonaro plus modéré », tout en assurant que Jair restera sa « boussole ». Un jeu d’équilibriste avec un ton moins brutal certes, mais des positions qui n’en restent pas pour le moins radicales.
Il prône notamment une répression sans aucune limite contre le crime et vante les méthodes du président du Salvador, Nayib Bukele, vivement critiqué par les défenseurs des droits humains. « Comparé à son père, il est plus affable et sociable […] mais cela ne veut pas dire qu’il n’est pas idéologiquement d’extrême droite », expliquait l’analyste politique Thomas Traumann à l’AFP.
Le fils Bolsonaro est aussi rattrapé par des affaires. Il fait l’objet d’une enquête pour des soupçons de corruption et de blanchiment liés… au financement d’un film à la gloire de son père. De quoi enrayer sa progression ? Pour l’heure, les deux favoris restent proches. Un sondage publié jeudi donne Lula à 48 % contre 45 % pour Flávio Bolsonaro dans l’hypothèse d’un second tour.
• Vie chère, justice à deux visages et bataille des croyants
Lula peut défendre ses politiques sociales et les progrès de l’emploi. 8,6 millions de Brésiliens sont aussi sortis de la pauvreté entre 2023 et 2024, selon l’Institut brésilien de géographie et de statistique (IBGE). Mais l’inflation que subit son pays depuis des années continue de peser sur les ménages brésiliens. Flávio Bolsonaro exploite ce mécontentement en comparant les prix actuels à ceux pratiqués sous la présidence de son père. Le sortant, lui, a annoncé en septembre une revalorisation de cette Bolsa Familia, dont le calendrier, à quelques semaines du scrutin, est dénoncé par ses adversaires.
Les deux camps se disputent aussi les voix très courtisées des croyants. Les catholiques, majoritaires, penchent davantage pour Lula, tandis que les évangéliques constituent une base importante du bolsonarisme. Dernier épisode en date : des publications ont prêté à Flávio Bolsonaro l’intention de retirer à Notre-Dame d’Aparecida – vierge vénérée par les catholiques comme la protectrice du pays – son titre de sainte patronne du Brésil. Une fausse information tellement virale que le tribunal électoral a dû demander, jeudi, le retrait de ses contenus.
• L’ombre de Trump
L’an dernier, Donald Trump avait imposé de lourdes surtaxes sur des produits brésiliens en dénonçant une « chasse aux sorcières » contre son allié Jair Bolsonaro. Depuis, il a reçu Flávio à la Maison-Blanche. Lula, lui, s’est emparé de ces pressions pour se poser en défenseur de la souveraineté nationale face à ces ingérences, le Brésil « n’est dans l’arrière-cour de personne », a-t-il lancé à la tribune de l’ONU.
Des partisans du candidat de l’opposition à la présidence Flávio Bolsonaro défilent avec une effigie du président américain Donald Trump tenant une poupée représentant le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva en prisonnier, lors d’un rassemblement pour le Jour de l’Indépendance à São Paulo, le lundi 7 septembre 2026. ANDRE PENNER/AP/SIPA
Le résultat sera aussi scruté dans une Amérique latine qui a largement viré à droite et à l’extrême droite, de l’Argentine au Chili, jusqu’à la Colombie et au Pérou. Une défaite de Lula priverait la gauche régionale de l’un de ses principaux bastions. Et offrirait à Washington un nouvel allié de poids à la tête de la première puissance économique latino-américaine. Même si un rapprochement aurait toutefois ses limites. La Chine reste le premier partenaire commercial du Brésil, devant les Etats-Unis. Et le puissant secteur agricole brésilien, soutien essentiel du camp d’extrême droite, s’opposerait à un éloignement commercial de Pékin.
• L’Amazonie, grande absente de la campagne
Moins d’un an après l’accueil de la COP30 à Belém, le climat est déjà devenu un hors sujet dans la campagne présidentielle brésilienne. Lula peut se prévaloir d’une forte baisse de la déforestation depuis son retour au pouvoir et promet d’y mettre fin d’ici à 2030. Son soutien à l’exploration pétrolière près de l’embouchure de l’Amazone vient toutefois ternir ce bilan.
Si Flávio Bolsonaro promet, lui, de faire mieux et d’arrêter la déforestation dès 2029, sa crédibilité est mise à l’épreuve tant son père s’est comporté comme un pyromane de l’Amazonie avec près de 60 % de déforestation par an supplémentaire pendant son mandat. Et surtout parce qu’il entretient des liens étroits avec l’agronégoce, acteur majeur de l’expansion agricole au détriment des forêts. Climatosceptique comme Donald Trump, Flávio Bolsonaro attribue d’ailleurs les événements climatiques extrêmes à des cycles : « Je crois que ce sont des effets cycliques », déclarait-il le 28 août sur TV Globo, la principale chaîne privée du pays.
Par Timothée Maubon