Le premier ministre du Canada, Mark Carney, a annoncé une aide financière de 100 millions de dollars pour les Palestiniens de la bande de Gaza et de la Cisjordanie, mardi, lors d’un point de presse à New York à l’occasion de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies.

De cette enveloppe, 80 millions $ seront destinés à l’aide humanitaire pour alléger immédiatement la souffrance humaine, tandis que 20 millions $ serviront à soutenir la paix, la sécurité et la capacité de construire, selon le premier ministre.

M. Carney a déploré l'énormité des souffrances à Gaza, mais aussi les menaces existentielles avec lesquelles la population israélienne doit vivre.

Le chef du gouvernement canadien devait aussi rencontrer le premier ministre du Royaume-Uni, Andy Burnham, le président français, Emmanuel Macron, ainsi que le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, afin de discuter des possibilités pour mettre fin au conflit israélo-palestinien.

Il a tenu à rappeler que la solution à deux États est le consensus partagé par chacun de ses prédécesseurs, et ce, depuis la création de cette organisation [l’ONU].

L'aide prévoit notamment un financement complémentaire pour un projet pluriannuel visant à former la police palestinienne.

Actuellement, la GRC forme des agents de police palestiniens en Cisjordanie, et M. Carney a annoncé que le Canada était disposé à faire de même dans la bande de Gaza si les conditions de sécurité le permettaient. Nous continuerons à jouer un rôle de premier plan, aux côtés d’autres acteurs, dans la formation des forces de sécurité de l’Autorité palestinienne dans le cadre de l’opération Proteus, et nous sommes prêts à étendre ce soutien à Gaza lorsque les conditions le permettront, a-t-il soutenu, lors de la réunion des dirigeants.

Ottawa s’est engagé à verser plus de 600 millions $ d’aide aux civils palestiniens depuis le début de la guerre entre Israël et Gaza en octobre 2023.

Importations interdites en provenance des colonies en Cisjordanie

Le premier ministre a également officialisé son intention d’interdire l’importation de marchandises provenant de colonies israéliennes en Cisjordanie, jugées illégales au regard du droit international, et son intention de sanctionner ceux qui les financent.

Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, tient une carte dans ses mains.

Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, tient une carte montrant le projet de colonie E1 lors d'une conférence de presse près de la colonie de Maale Adumim, en Cisjordanie occupée. (Photo d'archives)

Photo : AP / Ohad Zwigenberg

Le Canada reconnaît la menace du système de colonisation E1 et c'est pourquoi nous appliquerons des sanctions sur les produits qui émanent de la Cisjordanie.

Cette décision intervient après que le gouvernement israélien a lancé un appel d’offres, en août dernier, pour la construction de plus de 1200 logements en Cisjordanie occupée.

Cet appel d’offres fait partie du plan appelé E1, qui a été approuvé par le gouvernement israélien en 2025. Il prévoit à terme la construction de 3400 logements.

Si le projet est réalisé, il coupera Jérusalem-Est et toute la Cisjordanie en deux parties.

Selon le premier ministre Carney, les mesures annoncées mardi visent à préserver la possibilité d'une solution à deux États et d'une paix durable pour les Palestiniens et les Israéliens.

C’est la première fois que le Canada applique une mesure de ce genre en lien avec les colonies israéliennes considérées comme illégales, même si Ottawa a, à plusieurs reprises, condamné l’expansion de la colonisation.

En entrevue à Y a pas deux matins pareils, le 9 septembre dernier, le professeur en relations internationales Miloud Chennoufi, aussi directeur des études supérieures au Collège des Forces canadiennes, évaluait la portée politique de cette décision. La symbolique est très forte et c’est clair que c’est une décision qui n’a pas été la bienvenue à Tel-Aviv.

Miloud Chennoufi.

Bien qu'ayant une certaine portée diplomatique, l'interdiction de l’importation de marchandises provenant de colonies israéliennes en Cisjordanie demeure symbolique tant que les États-Unis n'emboîtent pas le pas, selon Miloud Chennoufi. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

L’annonce demeure un geste symbolique au même titre que la reconnaissance de l’État de Palestine, selon le professeur, tant et aussi longtemps que les États-Unis ne se joignent pas à de telles initiatives. Israël va continuer de s’appuyer sur ce soutien-là [américain] pour ne pas changer de politique.

Bien que symbolique, le geste vient appuyer une position diplomatique qui existe depuis longtemps, ajoute M. Chennoufi en faisant référence à une solution à deux États.

Des chantiers d'aide endommagés par l'armée israélienne

Le Canada a contribué à des dizaines de chantiers d'aide dans les territoires palestiniens qui ont depuis été endommagés ou détruits par l'armée israélienne et des colons israéliens, selon un document déposé lundi au Parlement canadien.

Le document indique que 170 infrastructures ayant reçu au moins 3,68 millions de dollars de financement d'autres pays, dont le Canada, ont été détruites, endommagées ou abandonnées rien qu'en Cisjordanie. Cela provient de données fournies par Ottawa par l'intermédiaire du West Bank Protection Consortium, une coalition de grandes organisations d'aide. Ces données n’ont toutefois pas pu être vérifiées de manière indépendante.

De multiples infrastructures d'assainissement, d'éducation et d'hébergement ont été détruites, endommagées, confisquées ou abandonnées en raison de déplacements forcés, selon le document déposé.

Celui-ci précise que certains aménagements n'ont pas été construits parce que les autorités d'occupation israéliennes n'accordaient pas de permis en Cisjordanie, et mentionne également des dommages causés par un incendie criminel et du vandalisme à un refuge pour femmes rénové à Gaza.

Ces révélations font suite à une demande officielle d'information déposée plus tôt cette année par la députée Heather McPherson, du Nouveau Parti démocratique (NPD), auprès d'Affaires mondiales Canada pour connaître l'ampleur des dommages causés aux initiatives humanitaires et de développement.

Concernant les travaux à Gaza, Ottawa ne dispose pas d'estimations des coûts des infrastructures ou des activités qui ont été endommagées, détruites ou autrement affectées, le ministère invoquant la situation sécuritaire et les restrictions israéliennes quant aux personnes autorisées à entrer sur le territoire.

Les responsables israéliens affirment éviter d'endommager les infrastructures civiles critiques et se concentrer sur l'élimination des éléments terroristes dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, mais de nombreux groupes de défense des droits de la personne contestent cette version en montrant du doigt les dégâts étendus causés aux écoles, aux puits et aux services médicaux.

Des Palestiniens récupèrent de l'eau d'un camion de l'ONU à Deir Al-Balah, au centre de la bande de Gaza.

La destruction d'installations comme celles destinées au traitement de l'eau constitue un crime de guerre, selon le droit international. (Photo d'archives)

Photo : AFP / EYAD BABA

Le document indique que le gouvernement Carney n'a pas encore décidé s'il exigera une compensation financière de la part d'Israël. La possibilité de réclamer une compensation financière à Israël pour les travaux de développement financés par le Canada qui ont été endommagés ou démolis est toujours à l'étude, indique le document. La possibilité de financer le remplacement des infrastructures d'aide démolies en Palestine est également à l'étude.

Nous sommes complices et je ne peux simplement pas le supporter, a déclaré la députée Heather McPherson, réitérant plus tard l’appel du NPD à suspendre tout commerce avec Israël. Nous avons vu d'autres pays réclamer des compensations pour ce qui a été détruit, et le Canada ne fait même pas cela.

Dans une entrevue accordée en juillet, le responsable des Nations unies supervisant l'eau, l'assainissement et le bien-être des enfants dans la bande de Gaza, Jonathan Veitch, a expliqué que la destruction des installations d'eau par l'armée israélienne et les règles interdisant la construction d'infrastructures forçaient le Canada à dépenser de l'aide humanitaire dans des camions-citernes au lieu de construire des infrastructures de base.

Le document publié lundi indique également qu'Israël a rédigé un rapport sur un incident survenu en juillet 2024, au cours duquel des soldats israéliens se sont filmés en train de faire sauter une installation d'eau dans le sud de la bande de Gaza.

L'armée israélienne avait précédemment déclaré que cela s'était produit lors d'opérations visant à détruire des infrastructures terroristes et éliminer des terroristes, tout en visant à atténuer les dommages aux infrastructures civiles.

Cette installation, connue sous le nom de « Puits Canada », se trouve dans une zone où l'aide étrangère canadienne à Gaza s'est concentrée pendant des décennies. Affaires mondiales Canada a indiqué ne pas avoir trouvé de preuve que le puits a été financé par le Canada, bien que le gouvernement ait demandé à Israël d'enquêter sur la question.

Israël a produit un rapport interne sur son enquête, indique le document. Affaires mondiales Canada n'est pas autorisé à divulguer les conclusions d'un rapport interne publié par un autre gouvernement.

De son côté, Mme McPherson soutient qu'il n'y a aucune bonne raison de cacher ces conclusions aux Canadiens. La destruction d'installations comme celles destinées au traitement de l'eau constitue un crime de guerre, a-t-elle déclaré, dénonçant du même coup un manque de transparence de la part du gouvernement canadien.

L’organisation Canadiens pour la justice et la paix au Moyen-Orient, qui défend la cause des Palestiniens, a également déploré ce nouveau financement, qui passe à côté du cœur du problème, à savoir la destruction par Israël de projets d’aide dans les territoires occupés. Il semble très peu sérieux de la part du Canada de défendre ses projets humanitaires en faveur des Palestiniens alors qu’il ne tient même pas Israël pour responsable du bombardement ou de la démolition de ces mêmes initiatives, a écrit Michael Bueckert, vice-président du groupe.

Il parle le langage de la guerre

Questionné sur les propos du président américain Donald Trump, qui s'est demandé publiquement s'il devait anéantir l’Iran dans son allocution de mardi, M. Carney n’a pas bronché.

Il y a une guerre, maintenant. Il parle le langage de la guerre, a-t-il résumé.

Alors que les valeurs fondamentales des Nations unies consistent à empêcher la guerre et à favoriser la diplomatie, le premier ministre du Canada n’a pas voulu dénoncer les propos de M. Trump.

La menace iranienne est l’une des plus grandes menaces dans le monde. Par exemple, il y a encore une menace existentielle pour Israël causée par l’Iran et ses alliés, a répondu M. Carney aux questions des journalistes à ce sujet.

Donald Trump s'exprime à la tribune de l'Assemblée générale de l'ONU, le 22 septembre 2026.

Donald Trump a menacé « d'anéantir » l'Iran lors de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies au siège de l’ONU. (Photo d'archives)

Photo : Getty Images / Chip Somodevilla

Ce n'est pas acceptable que l’Iran ait une force de frappe, des bombes nucléaires, selon le premier ministre canadien.

Il faut régler cette situation en respectant le droit international, a-t-il insisté, ajoutant du même coup que le Canada travaille avec des partenaires régionaux, des élus et des dirigeants européens afin de créer des conditions pour un cessez-le-feu. Ce n'est pas le cas en ce moment.

On va continuer d'essayer d'aider pour une solution plus pacifique, a nuancé Mark Carney.

Avec les informations de La Presse canadienne

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