Maxime Grousset, papillon d'argent
Maxime Grousset à Saint-Denis.
© Gonzalo Fuentes / REUTERS
Maxime Grousset a remporté une nouvelle médaille, l'argent du 100 mètres papillon.
Dans un sport phagocyté chez nous par le roi Léon, Marchand, l’intouchable, il est l’autre star de la natation française. Maxime Grousset, 27 ans, ci-devant triple champion du monde, bronzé avec le relais 4x100 mètres lors des Jeux de Paris 2024. À Saint-Denis, dans le cadre des championnats d’Europe de natation, le colosse calédonien, 1,92 m, 92 kilos de muscles et de détermination, a encore enrichi son palmarès en décrochant l'’argent du 100 mètres papillon (49’’70) derrière le Hongrois, Kristof Milak (49’48).
En tête à la mi-course, Grousset n’a pas pu empêcher le retour de Milak, légende la natation, double champion olympique et qui remporte, à 26 ans, son neuvième titre européen. Pour le Français, c’est la troisième breloque d’un Euro décidément fructueux, après l’argent sur le 50 m papillon et l’or dans le relais mixte 4x100 m quatre nages.
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Une fracture au pied
La performance prend une saveur particulière quand on sait que Grousset a longtemps été incertain pour la compétition. En juin, il s’est fracturé le pied (base du deuxième métatarse) et ne s’est décidé à participer au rendez-vous dionysien qu’en dernière minute. Revenu dans le grand bain plus tôt que prévu, il savoure. « J’ai pu célébrer avec tout le public pour moi tout seul. Comme c’est à Paris, c’est une petite revanche sur les Jeux », confie-t-il.
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Car il y a deux ans, à Paris-La Défense Arena, dans l’ombre de Léon Marchand, Maxime incarnait une belle chance de médaille voire de titre. Mais patatras ! Deux finales olympiques, deux cinquièmes places. Deux courses manquées, dures à digérer pour un compétiteur de son calibre. Grousset avait encaissé sans se plaindre. La revanche, il l’a prise en août 2025, dans les bassins de Singapour, en glanant coup sur coup deux médailles d’or mondiales : 50 m et 100 m papillon.
Pour comprendre l’homme, il faut se projeter à 16 000 kilomètres et 27 heures d’avion de la France : les bougainvilliers, les flots céladon, la Nouvelle-Calédonie. Né à Nouméa le 24 avril 1999, Maxime Grousset a grandi loin des grands centres d’entraînement métropolitains, dans ce Pacifique Sud où l’on apprend à nager avant de marcher. Très tôt, il comprend que pour franchir un cap, il lui faudra partir. En 2016, à 16 ans, il embarque pour la métropole avec ses rêves dans son sac de sport. Direction Amiens, puis le CS Clichy 92 où il suit son entraîneur Michel Chrétien : volume d’entraînement décuplé, musculation intensive, préparation physique au cordeau.
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L’adolescent devient un athlète. Ce qui frappe d’emblée chez Grousset, c’est ce profil atypique dans le monde du sprint aquatique. Là où la plupart choisissent leur camp, lui excelle des deux côtés : nage libre et papillon, 50 m comme 100 m. Une double compétence qui témoigne d’une intelligence rare de l’eau et d’une polyvalence que peu de nageurs au monde peuvent revendiquer à son niveau.
Un exil à 16 ans
Son secret ? Les spécialistes parlent d’abord de ses appuis sous-marins, tout simplement exceptionnels. Grousset possède une sensibilité de l’eau hors norme : il ancre ses mains et ses avant-bras avec une précision chirurgicale dès l’attaque, minimisant les pertes d’énergie, maximisant chaque poussée. Sa glisse ensuite : malgré la puissance explosive du sprinteur, il ne tambourine pas l’eau. Il s’étire, s’allonge, cherche l’amplitude à chaque mouvement. Ajoutez à cela un gainage abdominal et lombaire d’une rigueur absolue, qui maintient son corps parfaitement horizontal, sans tangage parasite. Et une capacité rare à marier force brute et relâchement gestuel. C’est ce dernier point qui fait souvent la différence sur les derniers mètres, là où d’autres se crispent et se noient dans leurs propres efforts.
À la différence de champions météoriques ou de phénomènes comme Léon Marchand, Maxime Grousset s’est construit patiemment, pas à pas. L’exil à 16 ans, les années de formation, la montée en puissance progressive, la confirmation au sommet mondial. Il incarne, dans la natation française, une forme de réussite qui ne doit rien au hasard. Il lui reste pourtant un chapitre à écrire : briller sur la scène olympique, seul, en individuel. Ce rendez-vous manqué de Paris 2024 reste en travers de la gorge. Los Angeles 2028 est déjà dans le viseur. Il aura 29 ans. L’âge de la maturité.
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