Discipline trop confidentielle en Belgique pendant la majeure partie de sa saison internationale, le VTT cross-country bénéficie d'un joli coup de projecteur ce week-end pour des championnats du monde de Val di Sole sur lesquels Mathieu van der Poel et Tom Pidcock attirent les regards des non-initiés.

Une lumière qui ne suffit pourtant pas à raviver l'éclat d'une discipline qui vit une crise profonde, résultante de plusieurs facteurs conjugués. Engagé ce week-end sur le Mondial italien et routinier d'un circuit qu'il fréquente depuis près de dix ans, Pierre de Froidmont pose un regard inquiet sur le phénomène.

Une industrie en crise, des équipes qui disparaissent

Le récent dépôt de bilan du groupe Accell, n° 1 européen du vélo, traduit bien la crise économique que traverse actuellement le secteur du cycle. "Et quand une société est en situation financière périlleuse, les premières coupes budgétaires ont lieu dans les dépenses marketing et publicitaires, analyse le coureur du Team Orbea Fox. On sait que certaines équipes vont disparaître la saison prochaine (NdlR : la fin de Lapierre PRX Racing est déjà actée) faute de partenaires. Aujourd'hui, quand on discute avec certains représentants de grandes marques, on note qu'ils préfèrent parfois équiper un influenceur qui fera la pub de leur produit sur les réseaux sociaux qu'investir dans une structure sportive dont le retour sur investissement est bien plus difficilement mesurable…"

À une semaine du Mondial VTT, Mathieu van der Poel s'est rassuré pour sa reprise en mountain-bike : il a terminé 2e de la Coupe du monde de Les Gets

La concurrence du gravel

Discipline très en vogue auprès des pratiquants au point de constituer le premier secteur de vente de plusieurs géants du cycle, le gravel a cannibalisé une partie de l'intérêt populaire et médiatique sur lequel pouvait encore compter le VTT il y a peu.

Poussés dans le dos par certains de leurs partenaires, des grands noms de la route s'invitent ainsi de plus en plus régulièrement sur ces épreuves en plein boum. À titre d'exemple, le dernier championnat de Belgique de gravel a ainsi été retransmis par la télévision flamande. "Je constate une vraie diminution du public au bord des parcours de nos manches de Coupe du monde, lance Pierre de Froidmont. Il est évidemment difficile de connaître la cause exacte de cette tendance, mais l'émergence du gravel est une piste d'explication."

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Un nouveau promoteur qui veut bouleverser le modèle

Désigné promoteur et diffuseur de la Coupe du monde pour la période 2023-2030, Warner Bros Discovery souhaite faire bouger certaines lignes. "On sent qu'ils veulent réduire le peloton à 35-40 cyclistes maximum et construire le circuit autour de certaines grandes marques seulement, juge l'ancien champion de Belgique. Cela va inévitablement modifier l'ADN de notre sport. En termes de chiffres, les audiences ne sont également pas dingues par rapport à autrefois (NdlR : manches de Coupe du monde diffusées jusqu'en 2022 gratuitement sur Red Bull tv, désormais visibles via des accès payants type Discovery sport, moins 68 % de visibilité mondiale selon une étude Amepre Analysis) alors que les scénarios de course n'ont jamais été aussi passionnants. Quand deux ou trois gars dominaient largement autrefois, il y a désormais une bonne dizaine de coureurs capables de s'imposer. Cela fait mal de dire ça mais malgré la présence de Pidcock et de van der Poel, le VTT vit une vraie crise. Notre discipline est un sport olympique qui doit pouvoir le rester. Car sans cela, la chute sera encore plus rude…"

Championnats du monde de VTT cross-country à Val di Sole : le dernier Mondial du Belge Pierre de Froidmont ?

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