Alex Kidd in High-Tech World : le jour où SEGA a saboté sa propre mascotte
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- Alex Kidd in High-Tech World : le clou dans le cercueil de la première mascotte de SEGA
En 1987 au Japon (puis en 1989 en Occident), SEGA cherche désespérément son Mario-killer pour porter la Master System. Avant qu'un hérisson bleu sous amphétamines ne rafle la mise, c’est Alex Kidd, le gamin aux grandes oreilles et aux poings d'acier, qui portait la couronne. Près de quarante ans plus tard, on se demande encore comment le dauphin légitime de SEGA a-t-il pu se faire détrôner aussi brutalement ? La réponse tient en six mots : Alex Kidd in High-Tech World. Un calvaire vidéoludique qui prouve que SEGA a vraiment fait n'importe quoi avec la carrière de sa première icône.
L'imposture marketing d'Alex Kidd
Dès sa génèse, Alex Kidd in High Tech World était condamné à être un ratage. Car, dans les faits, le jeu n’a jamais été conçu pour être un épisode d'Alex Kidd. Au Japon, le titre s’appelle Anmitsu Hime, et il s'agit d'une adaptation du manga éponyme de Shōsuke Kurakane, narrant les frasques d'une princesse féodale. Trop paresseux pour développer un vrai titre original pour le marché occidental, SEGA a tout simplement kidnappé le code source, effacé la princesse et collé la tête d'Alex Kidd par-dessus. Le résultat est un contresens artistique total. On passe d’un premier opus (Alex Kidd in Miracle World) qui posait les bases d’une grande saga de jeux de plateforme colorés à… une sorte d'aventure textuelle sclérosée par des énigmes punitives, le tout dans une ambiance de huis clos dans un château japonais. Le pitch est d’ailleurs d’une bêtise abyssale : Alex est enfermé dans un château et doit retrouver les huit morceaux d'une carte déchirée pour pouvoir s'enfuir avant 17 heures… afin de se rendre dans une salle d’arcade SEGA pour jouer au jeu Space Harrier. Le niveau zéro de l'héroïsme.
Manette en main, le jeu est une entreprise de démolition mentale. La première moitié se déroule entièrement dans le château, où le moindre faux pas équivaut à un Game Over instantané. Le jeu ne vous prévient pas, il vous exécute. Vous décidez de descendre un escalier un peu trop vite ? Alex rate une marche, se brise le cou, écran-titre. Vous touchez un vase suspect ou vous répondez de travers au quiz stupide d'un serviteur ? Le jeu estime que vous avez fait un infarctus de honte, fin de la partie. Lourd, frustrant, d'une lenteur pachydermique, Alex Kidd in High Tech World vous imposait de fouiller des armoires et de parler à des PNJ clonés dans des décors ternes, le tout sous la pression d’une horloge en temps réel qui vous coupait les jambes. On était à des années-lumière du plaisir d'arcade immédiat qui faisait l'ADN de la firme.

Double peine
Et comme si le calvaire ne suffisait pas, une fois la carte récupérée, le jeu changeait subitement de genre pour la seconde moitié, se rappelant qu’il était censé être un jeu d'action. Alex se retrouvait projeté dans un niveau de plateforme d'une pauvreté crasse, à devoir shooter des ninjas et des serpents en forêt à coups de fléchettes, le tout plombé par des hitboxes lunaires et une inertie de savonnette. Le grand écart structurel était si violent qu'il donnait l'impression de jouer à deux prototypes de jeux ratés collés ensemble avec de la mauvaise colle premier prix.
Miracle World avait prouvé qu'Alex Kidd avait le potentiel pour regarder Mario les yeux dans les yeux. Mais en déclinant sa mascotte à toutes les sauces et dans des purges pareilles, SEGA a totalement saboté son capital sympathie. Les joueurs ne comprenaient plus qui était ce personnage : un coup motard, un coup ninja, un coup secrétaire administratif dans un château médiéval.

En 1991, la sentence est tombée : la Sonic Team a accouché de Sonic the Hedgehog, un modèle de cohérence, de vitesse et de coolitude qui a relégué le pauvre Alex au rang de relique ringarde d'un protectorat Master System dépassé. Alex Kidd avait tout pour être grand, mais SEGA l'a noyé dans le cynisme des reskins de l'époque. Une trajectoire tragique pour un prince déchu, sacrifié sur l'autel de la rentabilité court-termiste.
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