59 ans après sa création, que reste-t-il de Tecmo ?
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- Retour sur l'histoire et les grandes années de Tecmo
En début d'année 2025, Keiko et Yoichi Erikawa, les emblématiques dirigeants de Koei Tecmo annonçaient leur départ à la retraite après un exceptionnel mandat de 47 années. Comme on le sait, ces anciens jeunes mariés avaient initialement fondé Koei en 1978. Mais qu'en est-il des origines de Tecmo ? Figurez-vous qu'elles remontent encore plus loin dans le temps, au 31 juillet 1967, pour être exact.
Comme d'autres studios japonais, Tecmo est encore plus ancien que le marché du jeu vidéo lui-même. Fondée sous le nom de Tehkan, la société produisait principalement du matériel de nettoyage avant de se spécialiser dans les infrastructures de divertissement à partir de juillet 1969. On appuie sur avance rapide jusqu'en mars 1981 : Tehkan se sent déjà pousser des ailes et ouvre une filiale à Los Angeles. Un mois plus tard, le tout premier jeu d'arcade développé par Tehkan voit le jour : Pleiades. Ce shoot'em up stationnaire est comparable au Galaxian de Namco, ce qui veut dire qu'on dirige le vaisseau spatial uniquement de droite à gauche, en devant éliminer tous les ennemis qui arrivent par le haut. Pour l'anecdote, l'écran-titre du jeu comprend une faute de frappe, on peut y lire : « Pleiads ». Le tendre amateurisme des débuts.
Tehkan va développer une demi-douzaine de jeux d'arcade sous ce nom, parmi lesquels Tehkan World Cup, un grand succès dont la sortie précède la Coupe du monde de football 1986 au Mexique. Avec sa borne au format cocktail, ses trackballs en guise de contrôleurs et une innovante vue du dessus qui préfigure Sensible Soccer et Kick Off, le jeu est superbe en plus d'être plaisant et réactif à jouer. Il sera porté sur NES en 1990 sous le titre Tecmo World Cup Soccer.

1988, naissance de Ninja Gaiden
Car oui, entre temps, Tehkan avait changé son nom pour devenir Tecmo, le 8 janvier 1986, plus exactement. Et c'est une année faste : le 24 avril sort Mighty Bomb Jack, le tout premier jeu de Tecmo destiné aux consoles de salon. Sur NES, le studio enchaîne avec Solomon's Key en juillet et Super Star Force en novembre. Mais Tecmo n'oublie pas ses racines arcade : en mai, c'est sur cette plateforme que voit le jour Argos no Senshi, classique plus connu dans le reste du monde sous le nom de Rygar.
Malgré une difficulté impitoyable avec ses ennemis qui déferlent sans temps mort de part et d'autre de l'écran, ce jeu d'action et de plateforme va connaître un joli succès et sera porté sur à peu près tout ce qui pouvait lire un jeu vidéo dans les années 80 : Nintendo Entertainment System, Master System, Commodore 64, ZX Spectrum, Amstrad CPC, Sharp X68000 et même la Lynx d'Atari. Ces adaptations sont souvent très différentes du jeu de base, notamment la NES, sur laquelle Tecmo propose un vrai petit prototype d'action-RPG, avec une dimension exploration et plus aucun compte à rebours.
Autre année importante, 1988 voit la naissance de Ninja Gaiden, un petit mois avant le Shinobi de Sega. Le jeu est un succès commercial immédiat qui donnera naissance à deux suites en 1990 et 1991. Ces successeurs seront réalisés par Masato Kato, futur cadre de Squaresoft. Mais avant de devenir scénariste pour des titres comme Chrono Trigger, Chrono Cross, Xenogears et Baten Kaitos, Masato Kato avait fait ses débuts sur le tout premier jeu video Captain Tsubasa. Sorti sur NES en 1988, ce jeu de football revisité à la façon d'un RPG sera transformé chez nous en Tecmo Cup Football Game, sans garder la moindre trace de Tsubasa, Misaki et autre Wakabayashi. C'est bien dommage, mais le procédé était à la mode (citons Nintendo World Cup qui était en fait un jeu de football Kunio-kun). Notons que l'histoire d'amour entre Tecmo et le manga de Yoichi Takahashi s'étendra jusqu'à Captain Tsubasa V : Hasha no Shogo Campione, sorti le 9 décembre 1994 sur Super Famicom.

De manière générale, le sport aura été une des grandes marques de fabrique de Tecmo dans les années 80 et 90. Il y a eu du football, on l'a dit, mais aussi du baseball, du basketball, du catch, du hockey sur glace, du football américain, de l'équitation, voire même un jeu de sumo inédit hors du Japon, Tsuppari Ozumo. Tecmo est probablement le plus sportif des studios japonais. Mais à part le sport ? Où sont les nouvelles franchises, les nouvelles sensations, les nouveaux genres ? Il faudra attendre le début de ses difficultés financières pour voir Tecmo sortir de sa zone de confort.
Itagaki, recherché mort ou vif
On avance jusqu'au milieu des années 90. Sous la direction du jeune Tomonobu Itagaki, recruté en 1992 comme programmeur sur Tecmo Super Bowl, Tecmo forme une équipe qui prend d'abord le nom de Tecmo Creative #3 mais qui sera surtout connue sous l'identité de Team Ninja à compter de 1999. Pour la direction de Tecmo, envieuse du succès de Virtua Fighter, l'urgence est d'avoir son propre jeu de combat 3D. Plus aguicheur que le très sérieux jeu de Sega, quitte à devenir sujet de moult railleries en raisons des poitrines hyperactives de ses héroïnes, Dead or Alive voit le jour le 26 novembre 1996 dans les salles d'arcade et joue à merveille son rôle de sauveur en sortant par la suite sur Saturn et PlayStation.
Au milieu des années 90, se focalisant de moins en moins sur l'arcade, Tecmo tente de nouvelles choses et donne naissance à une franchise originale, Kagero, que l'on connaît mieux ici sous le titre Deception. Surprenant jeu de stratégie dont le gameplay repose sur l'installation de pièges, la série a l'habitude de disparaître pendant de longues années. Elle est revenue pour la dernière fois en 2015 avec Deception IV : The Nightmare Princess. Misant de plus en plus sur l'incontournable PlayStation, Tecmo sort Monster Rancher le 24 juillet 1997, une simulation de vie dont le succès critique et commercial donnera lieu à une série d'animation.
Les franchises Dead or Alive, Monster Rancher, Deception et Gallop Racer continuent ensuite de se développer, jusqu'à ce que Tecmo s'aventure encore dans un autre domaine : le survival horror. Le 13 décembre 2001, c'est la sortie sur PlayStation 2 du premier Project Zero. Une jolie jeune fille sans défense et un appareil photo capable de repousser les spectres : les bases de la série sont posées pour les années à venir. Keisuke Kikuchi et Makoto Shibata, ses principaux créateurs, ont attribué le succès du jeu en Occident à la popularité des films d'horreur japonais, comme Ring et Ju-on, qui faisaient sensation à cette époque.

En 2004, Tomonobu Itagaki et Team Ninja ressuscitent un classique mis de côté depuis le début des années 90. D'abord prévu sur borne d'arcade Naomi, puis Dreamcast, puis PlayStation 2, c'est finalement la puissante Xbox qui gagne le cœur de l'homme aux lunettes noires. Ninja Gaiden, qui partage désormais l'univers de Dead or Alive, est de retour et il marque au fer rouge l'histoire du jeu d'action par sa réalisation et surtout sa difficulté, crispante mais stimulante. Commercialement, le choix de la Xbox paie aux États-Unis mais nettement moins au Japon. N'en déplaise à Itagaki, qui n'a pas travaillé sur cette version, son jeu finira donc par sortir sur PlayStation 3 en tant que Ninja Gaiden Sigma en 2007.
Tecmo ne passera pas la génération PS360
En 2006, Yoshimi Yasuda est nommé PDG de Tecmo. Son mandat, essentiellement marqué par une cascade de litiges juridiques pour des affaires de salaires, bonus et heures supplémentaires non payées, qui causeront notamment le départ médiatisé de la rockstar Itagaki, ne durera que deux ans. Si Yasuda rebondit chez Kadokawa Games, pour Tecmo, la fin du voyage se rapproche. À l'image de son fondateur, Yoshihito Kakihara, qui décède le 18 juillet 2006 d'une pneumopathie interstitielle à l'âge de 67 ans, Tecmo semble à court d'idées et d'énergie. Team Tachyon, équipe formée en 2007 pour suivre les traces de Team Ninja en développant des jeux ambitieux, enchaîne les échecs avec comme bouquet final Quantum Theory, un sous-Gears of War de triste mémoire.
Il faut sauver le soldat Tecmo. En août 2008, Square Enix sort du bois et annonce son projet d'acquisition de Tecmo en précisant avoir l'intention de préserver l'intégrité de la marque. L'offre initiale du PDG, Yoichi Wada, visait à acheter plus de la moitié des parts de Tecmo pour au moins 102 millions de dollars. Mais l'histoire est faite de fusion avortées. De même qu'on ne saura jamais ce qu'aurait donné Sega Bandai, Tecmo rejette la proposition de Square Enix mais accepte celle de Koei. Koei Tecmo Holdings voit alors le jour le 1er avril 2009. Dans les faits, Tecmo est dissoute et son héritage passe sous le contrôle des époux Erikawa, les fondateurs de Koei. Détail passé peut-être inaperçu, le logo de Tecmo est resté visible pas mal d'années après la fusion. Il était encore présent sur la jaquette de Dead or Alive 5 : Last Round en 2015, avant d'être finalement remplacé par celui de Koei Tecmo à partir des jeux suivants.
De nos jours, l'héritage de Tecmo est pourtant bien présent. Post-acquisition, le studio Team Ninja s'est imposé comme un atout majeur en développant des titres comme Metroid : Other M, Marvel Ultimate Alliance 3 : The Black Order, Stranger of Paradise : Final Fantasy Origin, Wo Long : Fallen Dynasty, Rise of the Ronin et bien sûr la franchise Nioh, qui est devenue un des plus gros succès de l'histoire de Koei Tecmo en seulement deux épisodes. Et si Dead or Alive est en pause jusqu'à nouvel ordre et que les apparitions de Project Zero et Deception sont aléatoires, cette année marque le retour en force de Ninja Gaiden avec la sortie de Ninja Gaiden 2 Black, celle de l'excellent Ninja Gaiden : Ragebound et bientôt celle de Ninja Gaiden 4.
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