«Mettre fin à l’école à trois vitesses», un enjeu électoral?
À la veille de la campagne électorale provinciale, la présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Caroline Senneville, presse les partis de s’engager à s’attaquer à « l’école à trois vitesses », un phénomène qui mine le parcours scolaire de nombreux jeunes Québécois dans les écoles publiques. Des établissements dont elle dénonce par ailleurs le manque de financement et de personnel, qui demeure criant.
« Si vous êtes dans une école secondaire publique, vous avez 10 fois moins de chances d’entrer à l’université que si vous êtes dans une école secondaire privée », a lancé Mme Senneville, lors d’une conférence de presse tenue à Montréal mercredi. Selon elle, « l’égalité des chances » des élèves ne devrait pas dépendre de « la capacité de payer » des parents ou de « leur code postal ».
La présidente de la CSN, qui était accompagnée de trois autres représentants syndicaux, a ainsi pressé les partis politiques de la province à s’engager à intégrer les écoles privées subventionnées et leur personnel au réseau public. Ainsi, on pourrait mettre fin au système actuel qui fait en sorte que les élèves qui fréquentent un établissement privé, ou encore un programme pédagogique particulier, ont plus de chances de réussir que ceux inscrits dans une classe dite régulière, a-t-elle souligné. « On a besoin d’un système public qui est inclusif, qui est accessible, qui est non sélectif et qui est là pour l’ensemble de la population », a-t-elle plaidé.
La CSN demande par ailleurs au prochain gouvernement québécois — quelle que soit son allégeance — d’augmenter le financement accordé aux écoles de la province, de même qu’aux cégeps et aux universités. Le tout afin que ces établissements puissent embaucher plus de personnel pour répondre à l’ensemble des besoins des élèves et étudiants — de plus en plus nombreux — qu’ils accueillent.
« Il est incontournable que le prochain gouvernement devra augmenter substantiellement, de façon prévisible, le financement public dédié aux réseaux de l’éducation et de l’enseignement supérieur, afin de favoriser la réussite étudiante », a fait valoir le président de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec, Benoît Lacoursière.
Manque d’entretien et de soutien
Les représentants syndicaux ont par ailleurs déploré le manque d’entretien des écoles et des établissements d’enseignement supérieur, de même que la violence que subissent régulièrement de nombreux enseignants et autres membres du personnel scolaire. Autant d’enjeux qui minent la qualité de l’expérience éducative des élèves et des étudiants de la province, ont-ils déploré.
« On parle de techniciens en éducation spécialisée et de techniciennes en travail social » pour lesquels des « postes sont vacants ou non comblés » dans plusieurs cégeps, a notamment relevé le président de la Fédération des employées et employés de services publics, Frédéric Brun. Une situation qui crée de « gros enjeux », surtout dans les cégeps ayant noté une hausse particulièrement forte du nombre de leurs étudiants, a-t-il dit.
Or, pour mettre fin à l’exode vers le secteur privé du personnel professionnel et de soutien œuvrant dans le réseau de l’éducation, Québec doit leur offrir de meilleures conditions de travail, a martelé Caroline Senneville. Ce qui passe notamment par la mise en place de mesures visant à prévenir la violence subie par le personnel dans les écoles, cégeps et universités de la province. « Le gouvernement, par ses actions, crée lui-même la pénurie, puisque plusieurs personnes tombent en maladie », a-t-elle dénoncé.