Michèle Cotta : l'été de tous les dangers pour les candidats à la présidentielle
Gabriel Attal en balade en tuk-tuk au camping Maiana de La Grande Motte (Hérault), à la rencontre des Français qui travaillent cet été.
© Nicolas Guyonnet / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Michèle Cotta 15/08/2026 à 08:28, Mis à jour le 15/08/2026 à 08:38
BILLET - D'Édouard Philippe à Gabriel Attal, en passant par Retailleau et Lisnard, l'attitude des candidats déclarés face au RN et LFI interroge. Tous semblent compter sur un éventuel front républicain. Et les partis de gouvernement affichent une impuissance déconcertante...
Cécité ou calcul politique ? Aveuglement collectif ou lutte d'ego ? On reste confondu, en ce milieu d'été infernal, par un double et incompréhensible paradoxe. Face à la menace des extrêmes, à droite et à gauche, les partis de gouvernement continuent leur décomposition. Le PS est incapable d'opposer un candidat d'envergure à Jean-Luc Mélenchon , continuant d'ouvrir devant lui un boulevard, que dis-je, une autoroute, pour le 18 avril prochain.
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Le « groupe central », puisque c'est ainsi qu'on le nomme, au contraire, multiplie les candidatures, continuant à se diviser face à Marine Le Pen , au moment où, du fond de la piscine politique, il lui faudrait au contraire frapper d'un grand coup de talon pour remonter à la surface. Il est trop tôt, disent les uns, la décantation ne peut se faire qu'après l'automne. Sous-entendu : attendons que les sondages fassent à notre place le travail, qu'ils choisissent entre les dizaines de candidats qui lancent leur nom, celui qui aura accès au deuxième tour. « Pas de panique, expliquent les autres, c'est dans les trois derniers mois que se font les choix définitifs. »
Compter sur l'éternel plafond de verre
Certains s'appuient, pour étayer leur raisonnement, sur la victoire, au finish, sans que personne, ou du moins pas grand monde, ne l'ait vu venir, d'Emmanuel Macron en 2017 : c'est oublier que, sans l'affaire opportunément révélée des assistants parlementaires et des costumes de François Fillon, celui-ci aurait remporté la bataille à sa place. Le paradoxe est frappant : plus le RN apparaît déterminé et au plus haut, plus, dans la gauche radicale qu'il incarne, Jean-Luc Mélenchon multiplie les rodomontades, plus leurs adversaires se divisent et se multiplient.
Leur calcul politique, car ils en ont bien un, est simple : chacun d'entre eux – ils ne sont ni sourds ni aveugles – a intégré dans son raisonnement le fait que Marine Le Pen devancera largement le peloton le 18 avril prochain. L'essentiel est donc, pour n'importe lequel de ses challengers, d'arriver en seconde position au premier tour. De dégoter en quelque sorte son ticket d'entrée pour le 2 mai. Édouard Philippe , Bruno Retailleau , Gabriel Attal et même les candidats plus ou moins déclarés de la gauche social-démocrate sont en effet pour la plupart persuadés de la persistance de ce fameux « plafond de verre » qui empêcherait définitivement la candidate du Rassemblement national de mobiliser autour d'elle et de ses alliés une majorité de Français. Rien n'est moins sûr aujourd'hui : il est peut-être au contraire à craindre que, face à l'indécision et à la division de ceux qui la combattent, la candidate du Rassemblement national, astre montant dans l'univers politique depuis de nombreuses années, ne finisse par apparaître, au gré des frustrations de ses adversaires, comme un pôle de stabilité. Sans compter qu'à gauche, Mélenchon, indestructible lui aussi, estime à 15 % seulement des électeurs le fameux « ticket d'entrée » pour le deuxième tour du scrutin présidentiel, et qu'il s'en rapproche chaque jour davantage, ce à quoi les hésitations du PS contribuent fortement.
La stratégie adoptée par les leaders du groupe central a également de quoi surprendre. Gabriel Attal, actuellement en retard par rapport à Édouard Philippe, mène une campagne estivale très active, parlant plus fort que tout le monde d'autorité, de sécurité et d'immigration, d'Éducation nationale et de dette, celle-là même que le chef de LFI affirme pouvoir jeter à la poubelle sans que personne ne s'en émeuve. Édouard Philippe a, de façon surprenante, choisi, lui, de disparaître pendant l'été. Après un meeting réussi début juillet, il est étonnamment muet depuis. Peut-être était-ce le moment pour lui, au contraire, de prendre de l'altitude, de donner aux électeurs qui en auraient bien besoin sa vision des choses, ses prévisions d'avenir. Rien de tout cela. On nous assure, par voie de presse, qu'il entend au contraire consacrer le mois d'août à sa famille, se « ressourcer » selon le mot à la mode. N'aurait-il pas eu le temps de se ressourcer depuis qu'il a quitté Matignon ? Qu'attend-il ? De ne plus apparaître comme le « candidat naturel » dans la course ? Et Bruno Retailleau ? L'été a fait de lui une violette sous la mousse, présent dans sa région, pratiquement invisible ailleurs. Craindrait-il d'afficher son originalité face au RN ?
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À la recherche du candidat providentiel
Le ridicule est atteint, dans tout ce petit monde, lorsque David Lisnard , le maire de Cannes, qui a quitté les Républicains pour cause de candidature séparée, menace sur un ton de plaisanterie acide de faire un procès à Gabriel Attal qui aurait « plagié » une partie de son programme. Après tout, il n'est ni surprenant ni délictueux, pour les leaders du groupe central, de faire à leurs électeurs des propositions de même nature. Cela paraît plutôt rassurant, au contraire, pour qui entend rassembler les électeurs au second tour.
François Bayrou, qui en a pris la semaine dernière l'initiative, entend proposer une primaire allant de la droite républicaine à la gauche social-démocrate. Il serait temps, en effet, de dégager un candidat unique capable de devancer le chef de LFI et d'empêcher un sinistre tête-à-tête, pour le second tour, entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.
Mais peut-être est-ce trop ambitieux ? Une primaire de la droite et du centre aurait suffi, et ce serait d'ailleurs bien assez difficile. On attend du PS et de sa nébuleuse qu'il choisisse un candidat capable de disputer sa place à la gauche radicale et de retenir, voire d'attirer, les électeurs qui, si on ne leur donne rien d'autre, choisiront Mélenchon. On attend du groupe central qu'il dégage en son sein un candidat crédible et rassembleur, expérimenté et novateur à la fois, convaincant et convaincu que l'avenir de la France n'est pas dans les extrêmes.
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