Moncton confie la traduction de ses conseils municipaux à une IA…
Depuis un mois, les rencontres du Conseil municipal de Moncton, au Nouveau-Brunswick, sont traduites grâce à un outil d’intelligence artificielle américain. La ville, officiellement bilingue, avait besoin d’une solution rapide après la fin du contrat de son interprète actuel.
Avant, c’était un interprète formé qui s’occupait de traduire les rencontres du Conseil municipal dans les deux langues officielles. Mais en vue de la fin de son contrat, et de son départ à la retraite, l’interprète a été remplacé par l’outil d’intelligence artificielle américain Wordly.
« On avait besoin de trouver une solution », explique Melissa Hachey, responsable des communications à la Ville de Moncton. Puisque la ville est officiellement bilingue, toutes les réunions publiques du Conseil municipal doivent être disponibles à la fois en anglais et en français.
« On a exploré plusieurs options, mais il y a un gros manque en termes d’interprètes », affirme Mme Hachey. « On a décidé de faire un projet pilote d’un an pour voir si l’outil répond à nos besoins. » Wordly permet l’interprétation automatique et en direct des différentes réunions, ce qui était le besoin immédiat de la municipalité.
Au terme de cette période d’essai, la Ville assure qu’elle ouvrira un appel d’offres et tentera à nouveau de trouver un interprète humain.
Quelques erreurs
Tous les enregistrements des réunions publiques du conseil municipal sont disponibles sur la page YouTube de la municipalité, en langue originale, en français et en anglais. Dans les deux plus récents enregistrements (du 15 juin et du 20 juillet), c’est l’outil d’IA qui a été utilisé pour traduire les discussions.
À l’écoute, on remarque que la voix, légèrement robotique, est en retard de presque une minute sur la retranscription vidéo. Un problème connu de la municipalité, qui est confiante que le problème se réglera éventuellement.
« On sait que ce n’est pas parfait », justifie la responsable des communications. Pour les erreurs qui se glissent ici et là, la Ville explique qu’elle doit encore « entraîner le modèle avec les noms des conseillers et certains termes. Ça s’améliore, mais ça prend du temps à perfectionner ».
Un outil américain et des mises en garde
Wordly, dont le siège social est à Los Altos, en Californie (Silicon Valley), offre spécifiquement un outil pour la « traduction et le sous-titrage gouvernementaux », notamment pour les réunions de conseils municipaux, est-il écrit sur son site Web.
L’entreprise offre aussi des services de « traduction de l’Église », de « traduction d’entreprise » ou encore de « traduction en matière d’enseignement ». HEC Montréal a justement récemment conclu une entente de plusieurs milliers de dollars avec Wordly, rapportait Le Devoir plus tôt cette année.
Au Québec, l’Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés (OTTIAQ) est d’avis que l’utilisation des nouveaux outils technologiques pour l’interprétation ou la traduction, comme celui offert par Wordly, devrait inclure « au moins une étape de contrôle-qualité par un professionnel », peut-on lire dans l’« avis de l’OTTIAQ sur l’intelligence artificielle en traduction », disponible sur son site Web.
Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.