“Monstre” sur Netflix : que vaut la saison 4 sur Lizzie Borden ? | Les Inrocks
La série d’anthologie de Ryan Murphy et Ian Brennan revient avec un quatrième volet. Cette fois, c’est le destin sanglant de Lizzie Borden qui est raconté en huit épisodes. Une saison 4 qui n’est clairement pas à la hauteur des précédentes.
Après le cannibale Jeffrey Dahmer, les frères Lyle et Erik Menendez, assassins de leurs parents, puis l’une des inspirations de Psychose, Ed Gein, l’anthologie de Ryan Murphy et Ian Brennan sur les grand·es criminel·les se fixe cette année sur Lizzie Borden, a priori responsable du meurtre de son père et de sa belle-mère à coups de hache, en 1892, à Fall River près de Boston, en pleine époque victorienne.
Les premiers instants de Monstre : L’histoire de Lizzie Borden ne laissent planer aucun doute sur sa culpabilité, que ni la justice, ni les historien·nes n’ont pu établir formellement, après un procès bâclé. Ce n’est pas l’angle de la série que de rassembler des preuves. Il s’agit plutôt de tirer des fils, pour construire une certaine image de la violence américaine.
Ian Brennan aux commandes
Même si l’ombre de Ryan Murphy, l’un des producteurs les plus successful de la télé US depuis Nip/Tuck ou encore Glee, plane sur les huit épisodes de la minisérie, on parie qu’il n’a pas beaucoup participé concrètement à la fabrication de Monstre : L’Histoire de Lizzie Borden. Son acolyte Ian Brennan est crédité à la fois comme créateur et unique scénariste. On ignore si la déception vient de là, mais quelque chose tourne à vide dans cet objet à la fois très sophistiqué et plein de fausses trappes, voies sans issue, complaisances, malgré des moments forts. Alors qu’en surface, tout est là.
Monstre : L’Histoire de Lizzie Borden se présente avant tout comme une odyssée féministe, dressant le portrait d’une Lizzie (Ella Beatty) à la fois étrange et assommée par sa condition. Tout commence par un bain de sang, celui de ses règles beaucoup plus abondantes que la moyenne, sujet de moqueries de la part de ses proches, et se poursuit avec la figure de son père, un fabricant de cercueils (Charlie Hunnam) brutal et absent. Sa belle-mère (Rebecca Hall) est présentée comme une femme odieuse, éteinte par la somme de frustrations causées par le patriarcat qu’elle a subies. Sans compter que la mère de Lizzie est morte très tôt dans sa vie, la laissant orpheline.
Une romance queer impossible
À cette litanie s’ajoute l’aspect le plus important de la série, l’histoire d’amour entretenue par Lizzie avec la domestique de la maison, Bridget (Vicky Krieps), avec laquelle elle prévoit les meurtres de son père et de sa belle-mère. Une romance queer impossible sur fond de violence généralisée, comme si la société n’offrait pas d’autre perspective que celle du malheur, mais qu’il fallait tout de même essayer d’en sortir : nous sommes bien dans le monde de Murphy et Brennan, retors et ambigu.
Prises une par une, les scènes ont du sens. On voit bien ce que tente la série, mettant en scène l’inévitable réponse féminine à la violence subie de la part des hommes. Le sujet est contemporain, presque brûlant, mais Monstre : L’Histoire de Lizzie Borden le traite avec un maniérisme parfois grotesque qui en minimise bizarrement les enjeux. Tout, ici, est enrobé dans une tonne de couleurs, de musiques et de mimiques, sans que cet élan qui parfois séduit fortement ne parvienne à créer du sens sur la durée. Nous voilà face à une série qui tire à la ligne et se prend les pieds dans le tapis de son ambition. La présence anachronique du personnage d’Aileen Wuornos – qui tua plusieurs hommes l’ayant violée et fut exécutée en 2002, fut ensuite incarnée au cinéma par Charlize Theron dans Monster – tombe comme un cheveu sur la soupe. Même s’il est clairement établi que cette femme admire Lizzie Borden, lesbienne comme elle, et tue des hommes qui l’ont violée, la généalogie de la violence féminine que semble viser Ian Brennan – y compris à travers une autre figure d’assassine du XVIe siècle – ne prend pas. “Je suis emmurée”, murmure Lizzie Borden dans le dernier épisode. On ne saura mieux dire, dans tous les sens du terme : femme emmurée, mais aussi, un personnage emmuré.
Monstre : L’Histoire de Lizzie Borden est disponible sur Netflix
- cafeyn