Tout se joue dans les première secondes de cette composition moins connue de Beethoven. Sur une demi-douzaine de notes, on pourrait même se surprendre à chanter fièrement "Vos lès mètroz au cwârsadje dès bauchèles do banquèt". Bref, ce morceau de musique classique composé en 1811 par l'illustre génie prend des arômes du "Bia Bouquet" de Bosret.

"Cela m'a intrigué depuis mon adolescence", intervient Guy Boodts. "Je suis issu d'une famille de musiciens et de mélomanes. Il y a toujours de la musique classique à la radio. J'ai passé la première partie de ma vie à Bruxelles mais nous revenions régulièrement en vacances à Evrehailles. Et c'est là que j'ai souvent entendu des fanfares reprendre Li Bia Bouquet. C'est à ce moment-là que j'ai fait le lien entre les deux morceaux."

Il y a 175 ans, Nicolas Bosret aurait-il consciemment pompé quelques notes du "Trio à l'Archiduc opus 97" de Beethoven composé en 1811 ?"C'est plus probablement une forme d'hommage ou de clin d'œil à l'illustre musicien", estime le septuagénaire. "Mais je suis quand même surpris qu'on n'ait jamais trop évoqué ce lien qui me semble pourtant si évident."

Ecoutez le début des deux morceaux ci-dessous pour vous faire votre propre avis...

Li Bia Bouquet · Nicolas Bosret · Chant folklorique belge de Namur - YouTube thumbnailBeethoven - Trio Op. 97 "Archiduc" - Barenboim, Zukerman, Du Pré 1970 - YouTube thumbnail

Plagiat partiel ou dédicace d'un musicien à un autre ? C'est le moment de solliciter un avis pertinent, celui de Vincent Antoine. Incontournable figure locale, le Jambois est aussi professeur au conservatoire de Namur depuis le début des années nonante et l'IMEP depuis 1999.

"On ne peut pas nier qu'en introduction, il y a six notes qui sont semblables", entame cet as de l'impro et de la rythmique. "Mais est-ce conscient ou inconscient ? Quand un artiste crée, il le fait toujours avec la somme d'influences qui marquent sa vie. Mais même d'un point de vue légal, ces six notes ne seraient même pas suffisantes pour établir le plagiat. On se trouve en effet plus probablement dans un hommage, un clin d'œil."

"Envie de marcher, un verre à la main"

Plus globalement, on peut aussi se poser la question de la longévité et de la bonne santé du "Bia Bouquet", toujours repris avec cœur par des nombreux Namurois et leurs amis, même 175 ans après sa création.

"Quand vous l'entendez, la mélodie et le tempo sont tels, que vous avez envie de vous lever et de marcher, un verre à la main", sourit Vincent Antoine.

"Il a été composé en 1841, l'époque du romantisme où de nombreux hymnes nationaux ont été créés", situe ce fin connaisseur. "Mais on n'est pas du tout dans la même ambiance et les mêmes messages que la Marseillaise, les hymnes allemands ou italiens. Là, on sent les poussées nationalistes, les envolées… Avec Li Bia Bouquet, on est sur quelque chose qui colle bien mieux au caractère namurois, gentiment moqueur mais pas agressif ni vindicatif."

Le professeur de musique va même plus loin et joint une explication historique et sociologique. "La Belgique et la région namuroise plus encore ont souvent constitué le champ de bataille de nombreux conflits entre grandes nations européennes. Sièges, combats, destructions… Les Namurois ont souffert de tout cela. Et probablement que, quand Nicolas Bosret a composé Li Bia Bouquet, il percevait bien que ses contemporains avaient envie de joie, de gaieté, de légèreté bien plus qu'un appel aux armes sur un air martial."

Mais pour réunir les troupes… festives, le chant préféré des Namurois fait le boulot. Et il le fait bien. "Cela tient aussi à la longueur du refrain, bien plus long que la moyenne. Et c'est justement lui qui rassemble et fait lever tout le monde pour le chanter tous ensemble", souligne encore Vincent Antoine. "Techniquement, il n'est pas non plus trop difficile à chanter: l'écart entre la note la plus et haute et la plus basse n'est pas trop grand. Et le wallon est aussi un atout. Avec ses sonorités, c'est une langue bien plus chantante que le français." Voilà tous les ingrédients d'un tube qui cartonne toujours, même 175 ans après sa naissance.


Toujours un tube, même après 175 ans

Né en 1799, Nicolas Bosret a déjà 52 ans quand il compose "Li Bia Bouquet". Un air entraînant, des paroles gentiment moqueuses qui respirent aussi le quotidien des petites gens de Namur… Tous les ingrédients sont réunis pour en faire un air populaire qui connaîtra rapidement le succès. Bosret se serait même empressé de le faire entendre à ses amis, réunis dans un café de la rue des Fossés, l'actuelle rue Emile Cuvelier. La mélodie fera aussi son effet, lors d'une visite royale à Namur. Et, logiquement, la Ville de Namur, en 1856, décidera en conseil communal de désigner "Li Bia Bouquet" comme son hymne officiel.

Le chant traditionnel est aussi intimement lié à la vie des Molons, ses plus efficaces ambassadeurs. Nicolas Bosret a été l'un des fondateurs de la Royale Moncrabeau. Et 175 ans plus tard, quand les Quarante entonnent le hit namurois, la température des Fêtes monte de quelques degrés.

Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.