Narcotrafic à Toulouse : "Je suis prêt à prendre mes responsabilités", les premiers aveux de Mohamed Zerrouki, le "boss" du trafic aux Izards
l'essentiel Un nouveau procès qui concerne notamment Mohamed Zerrouki, le "boss" désigné du trafic de stupéfiants dans le quartier des Izards, à Toulouse, a commencé dans la sérénité ce mercredi devant la cour d'assises de la Haute-Garonne. L'évocation des personnalités des accusés a quand même réservé la surprise d'un début de reconnaissance.
Aucun meurtre sanglant reproché, juste du trafic de drogues à grande échelle et les actes de blanchiment qui l'accompagnent. Les peines encourues sont identiques (la réclusion criminelle à perpétuité), mais l'ambiance est bien différente pour ceux qui ont vécu le procès du printemps, un règlement de comptes entre dealers en août 2020, écartelé entre non-dits et mensonges.
Trois hommes dans le box, une femme assise au premier rang qui évite soigneusement les regards. Surtout ceux des accusés. Cette mère de famille l'assure : "Jamais je n'ai su". En décodé, elle ne savait ni d'où venait l'argent, ni ce que faisait son mari. Elle annonce aussi sa séparation, avec l'homme qui a partagé sa vie pendant dix-sept ans.
La surprise d'une séparation du couple
Mohamed Zerrouki ne tremble pas devant cette annonce qui trouble la présidente Dominique Coquizart. "Séparation mais quand ?", tente la magistrate. La réponse de cette femme de 44 ans, contractuelle "sans histoire", reste vague.
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Celui qui l'a aimée le reconnaît : "Je comprends. Ce n'est pas facile pour elle. Les enfants, la prison... " Il n'évoque pas les accusations, mais elles pèsent forcément aussi. Et Mohamed Zerrouki se fait le premier défenseur de la mère de ses trois enfants. "Je suis prêt à prendre mes responsabilités. Elle, en revanche, ne savait rien."
L'instruction, et notamment les fameuses écoutes des téléphones cryptés, offre une version différente de l'histoire. Mais la cour, qui réunit uniquement des magistrats professionnels, dispose d'une semaine devant elle pour découvrir ces éléments. Les questions qui fâchent viendront sans doute, plus tard.
Premier pas vers une reconnaissance
Avec ce premier pas discret vers une implication dans le trafic, Mohamed Zerrouki, 45 ans, ouvre une porte restée verrouillée depuis son arrestation début mars 2021. Elle est importante.
D'ailleurs, son ami, Hakim Boudjellah, sorte de bras droit prêt à rendre tous les services même ceux qui sont interdits, admet aussi, du bout des lèvres, son implication. Ses défenseurs resserrent les dates de la prévention. "Vous êtes arrivé en France quand ?", demande Me Le Bonjour. "En 2016. Et j'ai connu Mohamed Zerrouki en 2017." Quant à l'éventuelle relation de travail, elle serait de seulement quelques mois. Curieux, tant de responsabilité en si peu de temps...
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Reste Badeddrine Abbou, 39 ans, né à Rotterdam mais qui, contraint et forcé, a débarqué en famille à Toulouse à l'âge de neuf ans. Un déracinement violent et, très vite, les mains dans les stups pour nourrir la famille, mère et frères. Il le reconnaît. Comme l'implication de son petit frère, "le Botsh", longtemps maître du deal à Varèse, cet immeuble de La Reynerie où a grandi la famille.
De la Hollande à la Reynerie, du bonheur au trafic
Quel rôle jouait cet homme grand et fin, le verbe précis, dans le business des Izards ? Trop tôt pour répondre. Lui admet juste "son implication". Ses relations en Hollande ont-elles servi de porte d'entrée pour acquérir cannabis et cocaïne ? La justice en est convaincue.
Défendu par Me Parra-Brugière, lui s'étonne d'être incarcéré à Vendin-le-Vieil, la prison de haute sécurité spéciale "narco" fréquentée également par Zerrouki. "Je ne comprends pas", confie cet accusé dont le casier, comme d'ailleurs ceux de ses coaccusés, est vierge ou presque. "Et vous n'êtes pas impliqués dans les meurtres en bande organisée du quartier", prévient la présidente. L'homme confirme, observant sa mère et sa femme, assises au premier rang.
Ce jeudi, les enquêteurs de la division de la criminalité organisée et spécialisée, les financiers qui ont mené cette enquête, vont venir déposer. Les débats devraient logiquement se tendre. On ne parlera plus d'amour oublié ou de famille difficile, mais de millions d'euros et de centaines de kilos de drogue, cannabis ou cocaïne.