La consécration de Linda Noskova : malgré une énorme défaillance dans la deuxième manche, la Tchèque de 21 ans a remporté Wimbledon, son premier titre du Grand Chelem
Les rouleaux de pelouse synthétique sur lesquels se déroule la cérémonie étaient en train d'arriver derrière le mur au fond du court. La directrice du club de Wimbledon était immanquable avec son ensemble fuchsia, prête à soulever le filet qui sépare les coulisses du terrain pour officier. Et tout le monde se disait que Linda Noskova (21 ans) allait boucler tranquillement l'une des finales les plus courtes de l'histoire du tournoi. Et puis, la première balle de match a filé, la deuxième aussi sur un retour où elle s'est précipitée sans que ça ne fasse sursauter personne, la troisième a été gâchée à son tour.
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Ces trois premières cartouches étaient sur la mise en jeu de Karolina Muchova (29 ans), en train de passer totalement à côté de sa deuxième finale de Grand Chelem (après Roland-Garros, en 2023, perdue contre Iga Swiatek). Alors, au moment où sa cadette tchèque a servi - sa grande force - pour le match à 5-3 dans le deuxième acte, le suspense semblait vraiment avoir quitté le gazon. Mais les pieds de Noskova se sont dérobés : un jeu de douze minutes, deux nouvelles balles de match pour deux nouveaux échecs et un premier break concédé. Elle s'est bouché les oreilles pour échapper au grondement du public, a fini la tête dans la serviette et au bord du précipice après la perte de ce deuxième set. Une heure plus tard, juste après sa sixième balle de match cette fois victorieuse, elle finissait dans la même position.
Une même posture mais deux émotions opposées. De la détresse de voir une finale lui échapper à la joie absolue d'avoir remporté son premier titre en Grand Chelem. Entre les deux, Noskova a affiché un mental exceptionnel et un coeur immense pour aller chercher ce troisième acte, reboostée par la pause qu'elle a prise aux vestiaires : « Je me suis mis de l'eau sur le visage. Et sur le chemin, les trophées étaient là. Je me suis dit je n'allais pas prendre le petit mais que j'allais remporter le grand, même si je devais perdre mon âme sur le court dans le troisième. »
« Mes parents m'ont mise à l'école de tennis, comme ça, ils n'avaient pas à me gérer en train de sauter partout »
Linda Noskova
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La voix étranglée par l'émotion, elle avait eu du mal, sur le court, à mettre des mots sur sa joie. Parce qu'après s'être jetée dans les bras de son père en premier, elle évoquait sa mère, décédée il y a deux ans. Ce sont eux qui l'ont mise au tennis, sans vraiment d'objectif au milieu des leçons de ballet, de gymnastique et d'équitation qu'ils ont fait suivre à cette gamine légèrement hyperactive.
Le tennis ? « Ça n'a pas vraiment été un coup de foudre, en souriait-elle il y a quelque temps quand on l'avait rencontrée. Pour moi, c'était surtout un passe-temps. Mes parents m'ont mise à l'école de tennis, comme ça, ils n'avaient pas à me gérer en train de sauter partout (rires). Je me suis mise à jouer de mieux en mieux et on a commencé à le prendre un peu plus au sérieux. » Et à partir du moment où elle a pris les choses au sérieux, la petite Tchèque fan de Serena Williams a vite gravi les échelons. Ses deux premiers tournois du Grand Chelem, elle les a disputés à 17 ans seulement en s'extrayant des qualifications à chaque fois, signe de sa solidité.
Deux ans plus tard, à 19 ans, elle vivait sa première épopée en Grand Chelem avec un quart de finale à l'Open d'Australie. Son premier titre chez les pros a suivi quelques mois après, à Monterrey. Top 100, top 50, top 20, elle a gravi les échelons en faisant toujours son nid sans jamais dévier de son ascension. Elle est rentrée dans le top 10 au mois de juin mais en était tout juste ressortie avant ce Wimbledon qu'elle a disputé en tant que 12e joueuse mondiale. Lundi, elle pointera au septième rang et avec un premier titre en Grand Chelem en poche à 21 ans seulement, elle sera bien décidée à s'y installer pour longtemps.