Ils sont essorés par le sujet. Plus d’un an après l’Unoc-3 (1) de Nice, les commerçants et restaurateurs, qui n’ont pas pu travailler correctement du 8 au 13 juin 2025, ne veulent plus en parler. Enfin, presque.

« La mairie (2) nous avait promis qu’on pourrait servir les congressistes. Elle nous a menti puisque nous n’avons pas pu les accueillir - ni eux, ni d’autres clients -, car le périmètre de sécurité fermait tout accès. En plein début de saison, évidemment. On nous promet maintenant une indemnisation, sans nous donner de date. Comprenez que nous soyons énervés », résume un restaurateur du quai Lunel.

Idem en face, quai des Deux-Emmanuels. « Quand je compare 2024 à 2025, je compte une perte de 70 % du chiffre d’affaires sur les dix jours qui englobent l’Unoc », analyse Laurent Attard, le directeur de GiGi Tavola. « Et nous ne sommes pas les plus à plaindre car nous faisons partie d’un grand groupe. Nous avons surtout fait l’impasse sur des investissements », ajoute-t-il.

« Nous avons tiré la langue pendant plus d’un an. Les banques nous ont soutenus mais non sans frais. Il a aussi fallu rassurer nos fournisseurs et le propriétaire des murs », complète Fabien Gerot. Le patron du restaurant Chez les Garçons, situé rue Catherine-Ségurane, croit savoir que les indemnités devraient être versées la semaine prochaine. « Mais ce ne sera pas à la hauteur des pertes car, pour ce sommet, nous avions embauché du personnel, acheté de la marchandise… à perte. Et les calculs ne prennent pas tout cela en compte », détaille-t-il.

« Le quartier manque d’événements »

Hervé Martinez approuve. Le président de l’association Port Avenir, qui regroupe des professionnels du quartier, confirme que les trésoreries de certains ont vraiment été mises à mal. « Les indemnités devaient tomber en début d’année. Comme ça n’a pas été le cas, beaucoup ont tiré la sonnette d’alarme », assure-t-il.

Selon lui, le port, quartier pourtant emblématique de Nice, souffre. « Nous avons du mal à faire venir les touristes parce que ça manque d’événements. Nous attendons avec impatience le retour des vide-greniers, que l’ancienne municipalité a interdit. Nous regroupions pourtant jusqu’à 300 exposants. Je ne compte pas un mois, sans qu’on vienne me demander d’en refaire. J’aimerais également que le nouveau maire fasse renaître la Fête du Port », glisse Hervé Martinez, en faisant un subtil appel du pied.

Trois mois d’arrêt pour le shipchandler

La préfecture des Alpes-Maritimes compte aussi, parmi les commerces impactés, neuf établissements situés dans le périmètre du palais Sarde. Rue de la Préfecture, aucune des personnes interrogées n’est au courant des possibilités d’indemnisation. Par contre, toutes confirment avoir très peu travaillé pendant cette période.

« Ce n’était pas interdit de venir, mais il était difficile de passer les barrages de police », se souvient une serveuse. « Les véhicules de toutes les forces de l’ordre imaginables étaient garés sur la place du palais de Justice. Ce n’était pas très accueillant », complète le patron du San Nicolao.

Bien que ce ne soit pas une compétition, le plus à plaindre semble être le concessionnaire de bateaux et shipchandler (3) Nice Yacht Marine. Situé au bout du quai des Deux-Emmanuels, il a fermé pendant trois mois. « Tout était à l’arrêt. L’aire de carénage était immobilisée et les bateaux ne pouvaient ni sortir, ni entrer. La perte a été colossale pour nous », indique le gérant, Jean-Louis Ghiringhelli.

Son entreprise figure donc parmi les 21 établissements d’activités portuaires ou nautiques à être indemnisées. En tout, 2,5 millions d’euros seront versés aux 63 professionnels impactés « dès les prochains jours », comme l’a indiqué la préfecture des Alpes-Maritimes ce vendredi 31 juillet 2026.

1. La 3e conférence des Nations unies sur l’Océan.

2. L’ancienne municipalité, dirigée par Christian Estrosi (Horizons).

3. Un commerçant vendant des fournitures pour bateaux.