Nouveau service militaire : qui était Henri Fertet, mis à l’honneur par Emmanuel Macron ?
Un résistant français, tué à l’âge de 16 ans, mis à l’honneur. Emmanuel Macron a annoncé mardi 15 septembre que la première promotion du nouveau service militaire national porterait le nom d’Henri Fertet, jeune Bisontin arrêté et fusillé en 1943. « Le choix qu’il fit, celui de servir la France et de défendre sa liberté, fait écho à votre engagement » a lancé le président de la République devant des volontaires de l’armée de l’air sur la base aérienne 115 à Orange (Vaucluse).
Né le 27 octobre 1926, Henri Fertet suit l’école primaire à Seloncourt, dans le Doubs. « Élève intelligent et appliqué, passionné d’histoire et d’archéologie », selon le Musée de l’ordre de la Libération, ce fils d’instituteurs entre en 1937 au lycée Victor-Hugo de Besançon.
Quatre ans plus tard, à l’été 1942, l’adolescent s’engage dans la Résistance. Il rejoint un groupe formé en grande majorité par des membres de la Jeunesse agricole catholique (JAC). Ce réseau local intègre ensuite les Francs-tireurs et partisans (FTP) sous le nom de groupe « Guy Môquet », qui aurait été choisi par Henri Fertet en hommage au résistant de 17 ans fusillé en 1941.
Une petite Vierge en mie de pain
Sous le nom de code Émile 702, Henri Fertet participe à trois opérations en tant que chef d’équipe : l’attaque d’un poste de garde allemand pour s’emparer d’explosifs, la destruction d’un pylône électrique et l’attaque d’un commissaire des douanes allemand pour lui dérober arme, uniforme et papiers. Ce 12 juin 1943, le jeune homme de 16 ans tire sur l’officier, le blessant mortellement.
L’étau se resserre alors sur le groupe Guy Môquet, et plusieurs de ses membres sont incarcérés. Le 2 juillet 1943 à 3 heures du matin, Henri Fertet est arrêté chez ses parents par les forces d’occupation. Il est conduit à la prison de la Butte à Besançon, où il sera torturé pendant 87 jours. Fervent catholique, il fabrique dans sa cellule une petite Vierge en mie de pain, qui sera plus tard léguée – avec 250 photographies, une mèche de cheveux et un mouchoir taché de son sang – par sa famille au Musée de la Résistance à la citadelle de Besançon.
Le 18 septembre 1943, Henri Fertet est condamné à mort par un tribunal de guerre allemand. Avant l’exécution de sa sentence, il rédige une dernière lettre à ses parents. « Je meurs pour ma patrie. Je veux une France libre et des Français heureux. Non pas une France orgueilleuse et première nation du Monde, mais une France travailleuse, laborieuse et honnête », écrit-il. « Que les Français soient heureux, voilà l’essentiel. (…) Adieu, la mort m’appelle, je ne veux ni bandeau ni être attaché. Je vous embrasse tous. C’est quand même dur de mourir. Mille baisers. Vive la France. » Avant de signer : « Un condamné à mort de 16 ans. » Il est fusillé le 26 septembre 1943.
Seize copies dactylographiées
L’original de cette lettre s’est depuis perdu, mais il en existe 16 copies dactylographiées. Pendant les dernières années de guerre, son contenu s’est largement diffusé au sein des réseaux de résistance et dans la presse clandestine nationale. Le 9 décembre 1943, le porte-parole de la France libre Maurice Schumann la déclame à la BBC, plus de soixante-quinze ans avant qu’Emmanuel Macron n’en lise des extraits lors de la cérémonie internationale du 75e anniversaire du débarquement de Normandie.
En juillet 1945, Henri Fertet devient, à titre posthume, l’un des plus jeunes compagnons de la Libération, et obtient plusieurs distinctions, dont la Croix de guerre et la médaille de la Résistance. Une école, un collège, un lycée professionnel et une rue portent son nom. Sa mère et son frère cadet ne se remettront jamais du drame, et se suicideront en 1980.