Être une artiste, n’est-ce pas aussi oser prendre des chemins que l’on n’a jamais empruntés ? Avec Instinct, son troisième album sorti ce vendredi 16 octobre, Angèle explore de nouveaux territoires sonores et se dévoile davantage. Derrière les productions électros et les collaborations prestigieuses, la chanteuse livre un disque intime, jusque dans les bruits de son quotidien qu’elle y a glissés…

Du côté de la critique, ce pas de côté semble diviser. Trop ou pas assez, les tentatives musicales de la chanteuse ne font pas l’unanimité. Encore faut-il laisser à l’audace le droit de tâtonner. Lors d’une release party à la Géode, à Paris, clin d’œil à la sphère qui accompagne l’univers visuel du disque, la chanteuse belge en a dévoilé les coulisses.

Prendre le temps pour l’envie… et le studio

Si cet album nous est teasé depuis février dernier avec la sortie du titre What You Want en featuring avec les rois de la french touch Justice, la naissance de ce disque se passe aussi dans le temps pour soi. Après la tournée, la chanteuse voulait voir ce que la vie pouvait lui offrir sans penser immédiatement à la suite. « J’avais aussi envie de voir ce que ça donnait si justement je me mettais aucune pression ». Cette distance l’a aussi aidée à apaiser son rapport à la célébrité, un aspect du métier « qui n’était franchement pas ce que je préfère du tout », explique la chanteuse. En laissant de l’espace, l’envie revient. « On a vraiment attendu que je bouillonne d’impatience de faire du studio », raconte Angèle. Elle vient à Paris avec son ordinateur pour faire écouter ses démos à Tristan Salvati, son complice des deux premiers albums, puis repart. Jusqu’au déclic d’Une seule vie…

« Quand on a fait la prod de ce titre, là, on s’est dit : « OK, il y a un truc ». Après, on n’a juste jamais arrêté.  »

De la complicité avec Tristan naît aussi une autre idée : « On s’est dit : « on va pas refaire ce qu’on a déjà fait deux fois » ». Angèle explore d’autres possibilités sans perdre de vue ses envies. « Cet album, il me ressemble totalement. »

De l’amour, du désir et des mots qu’on ne dit pas

« C’est sûr que c’est l’album le plus libéré », affirme Angèle. Sur « Instinct », elle revendique l’envie de « montrer l’amour sous toutes ses formes ». Sensuels, charnels et sexy, avouons-le, l’artiste s’amuse sur les titres What You Want, Tout décider, F4ck 4ever ou Love Triangle et entend ne plus s’excuser. Cette liberté passe aussi par des paroles plus vulnérables adressées directement à son père dans Je sais : « Moi, je l’ai vraiment écrite dans un moment où j’avais vraiment envie d’exprimer ça, mais d’abord pour moi »

« La musique, pour moi, c’était aussi vraiment un moyen de m’adresser aux gens, de dire des choses. C’est pour moi un exutoire total parce qu’il y a le côté émotionnel aussi qui vient avec. »

Et puis Trop… Produit avec Soulwax, Angèle énumère dans une liste non exhaustive les gouttes de trop dans sa vie, mais surtout dans notre société. « Trop d’illusions, trop de "j’ai changé, c’est promis", trop d’acouphènes, trop de racistes, trop d’homophobes, trop de cibles, trop de snobs ». Et c’est au milieu de ces trop que la chanteuse ressent le besoin de dire qu’elle aime son entourage : « Je voulais y aller vraiment avec le côté hyper bateau », explique-t-elle. Une fois le passage mis en production, l’émotion la rattrape… « À chaque fois, ça me fait pleurer parce que je suis contente de m’être autorisée à être aussi directe. »

À la chasse aux bruits cachés

Car oui, l’intimité se cache aussi dans les détails. Des ronflements de son chien aux notes vocales de ses meilleurs amis… Angèle a glissé dans le disque des traces de son quotidien.

« Des moments de fin de soirée, des messages WhatsApp, des conversations au restaurant ou encore des instants dans sa voiture sous la pluie. »

Des sons et des lieux ont accompagné la confection de ce 3e album : Bruxelles, Paris, New York, Tokyo… « Ils ont vraiment imprégné » l’album, raconte-t-elle. Ils sont associés à des rencontres, des découvertes, des moments vécus. Lors de cette pré-écoute à la Géode de Paris, la chanteuse explique : « le fait que ce soit très produit me fait oublier que c’était un album extrêmement intime. »

Le prix de la liberté ?

« Branchée, mais peu inspirée », tranche Le Parisien, qui estime que les productions prennent parfois le dessus sur l’émotion. Libération décrit un disque « laborieux et terriblement artificiel », dont il juge la transformation trop soucieuse des tendances. D’autre juge une évolution plus heureuse est moins cassante. Télérama souligne les respirations du disque, notamment Je sais. Le Monde salue l’urgence nouvelle apportée par des sons plus radicaux, entre noirceur et défoulement. Le Guardian, qui lui accorde trois étoiles, relève de quoi séduire les amateurs de pop alternative.

« C’est l’album qui est le plus honnête, le plus sincère et le plus proche de ce que je voulais », assure la chanteuse. Si tous les titres ne rentreront pas dans notre playlist, certains pas de côté méritent qu’on s’y intéresse. Le Parisien apprécie la ballade au piano On verra, il juge qu’elle est « gâchée sur la fin par des infrabasses qui flinguent l’émotion pure de cette voix mélancolique »… De notre côté, ces infrabasses ont retenu notre attention, tandis que sur les réseaux, plusieurs personnes saluent le titre. C’est peut-être aussi là que l’album trouve son intérêt : dans ces détours qui divisent, mais donnent envie de tendre l’oreille.