"On ne peut pas laisser les épaves cachées dans l’eau" : l’Occitanie en pointe dans la recherche de trésors archéologiques marins
Marine Jaouen est responsable de la façade d’Occitanie au Drassm (Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines). Elle évoque les campagnes de fouille actuelles en région et leur importance.
Quelle est la portée archéologique du Robuste et du Lion, ces deux épaves napoléoniennes du XIXe siècle dont une partie de la structure en bois vient d’être découverte dans l’Hérault ? Sa rareté déjà, car ce sont les seules en Méditerranée française à avoir été retrouvées et fouillées. Longtemps, le Drassm (Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines), dépendant du ministère de la culture, créé par André Malraux voilà 60 ans, a privilégié les épaves antiques pour les documenter alors que les amphores trouvées étaient beaucoup mieux conservées en mer. Ce n’est plus le cas.
"On pourrait dire qu’on les connaît déjà très bien, on ne va rien apprendre, mais ce n’est pas le cas" répond Marine Jaouen, archéologique subaquatique et responsable de la façade Occitanie au Drassm. " Du XVIe, XVIIe, XVIIIe ou XIXe, elles permettent notamment d’étudier les techniques de construction des bateaux et puis il y a la vie à bord et là, on touche l’humain du doigt : ils vont personnaliser de la vaisselle, ils vont sculpter des manches en bois, avoir des objets personnels, livre, monnaie. Et puis entre les ordonnances royales qui imposent les règles à bord et ce que l’on découvre, c’est différent : comme des dés retrouvés dans un bateau alors que les jeux de hasard étaient interdits. Les archives ne le consignent pas. C’est important de connaître ces bateaux et de les protéger, aussi, au même type qu’un bateau de l’époque romaine ou grecque."
Et puis elles racontent auprès de la population l’histoire régionale à travers ces conflits internationaux.
"Certaines se trouvent là où l’on se baigne"
"La seule façon pour le grand public de connaître ces navires, c’est que ces épaves soient fouillées et les objets exposés, on ne peut pas les laisser cachées dans l’eau. Il faut aussi qu’elles ne soient pas l’apanage d’une poignée de plongeurs" poursuit Marine Jaouen, référence aux pilleurs d’épave qui se gardent bien de déclarer leurs découvertes.
Aujourd’hui, les fouilles sous-marines vont bon train, mais grâce à l’investissement des associations, alors que les budgets pour le patrimoine se réduisent toujours plus. Selon la responsable du Drassm, l’Occitanie reste en pointe avec des sections d’archéologie et leur "dynamisme" présentes ces dernières semaines ou celles à venir sur Carnon, autour d’un gisement d’ancres antiques, Agde et Marseillan autour d’objets romains, Collioure pour du matériel médiéval, Port-Vendres ou Sainte-Marie-la-Mer (PO) pour vérifier des points "d’anomalies" avec à la clé, peut-être des découvertes.
Sans compter que le vaste projet BarMar, de pipeline d’hydrogène entre l’Espagne et Marseille, va ouvrir des perspectives pour le Drassm, chargé de la campagne de détection sur tout le tracé : "une théorie de nos spécialistes est de dire que les épaves antiques sont plus éloignées du bord en Occitanie, il y a fort espoir qu’avec ce grand linéaire, des épaves sortent", espère Marine Jaouen.
Au final, ce sont des centaines, voir des milliers d’épaves qui restent à explorer en Méditerranée. "Il en suffit d’une exceptionnelle pour changer notre vision. Elles sont uniques, certaines au bord de la plage, là où tout le monde se baigne" rappelle l’archéologue, citant l’incroyable annonce faite fin juillet en Croatie : dans 30 m d’eau, une épave byzantine a été fouillée, fort d’un trésor de ceintures en or ornées de rubis, d’émeraudes et de perles…