"On tenait absolument à la chanter ce soir" : pourquoi Feu ! Chatterton a achevé son concert à Carcassonne avec "L’affiche rouge", hommage aux résistants
Mercredi 16 juillet, au théâtre Jean-Deschamps, Feu ! Chatterton a livré un rappel, unique. "L’affiche rouge", adaptation du poème d’Aragon dédié au réseau Manouchian, et aux 22 résistants fusillés en 1944 au Mont Valérien.
Lundi 13 juillet, place Carnot, les Têtes Raides. Escortés sur scène par un "local de l’étape", Frédéric Coux, pour chanter "L’Iditenté" et clamer que "Paris est beau quand chantent les oiseaux" mais que "Paris est laid quand il se croit français".
Mercredi 15 juillet, théâtre Jean-Deschamps, Feu ! Chatterton. Dignes héritiers de Ferré, le groupe déroule "L’affiche rouge", adaptation du poème "Strophes pour se souvenir" d’Aragon, dédié au réseau Manouchian, et ses 22 résistants fusillés le 21 février 1944 au Mont Valérien (une 23e membre sera décapitée à Stuttgart). Référence à l’affiche du centre d’études antibolcheviques (CEA), organe de propagande nazie, qui pointait, sur fond rouge, des résistants comparés à une "armée du crime" et stigmatisés en raison de leur origine étrangère. Ces "Espagnol rouge", "communiste italien" ou "juif polonais" magnifiés par Aragon : "Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes / Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants / L’affiche qui semblait une tache de sang / Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles / Y cherchait un effet de peur sur les passants."
En 2024, ils chantaient pour la panthéonisation de Missak et Mélinée Manouchian
Lundi 13 juillet, les Têtes Raides, à Carcassonne, avaient d’abord apporté leur soutien à la CGT menacée d’expulsion de la Bourse du Travail par le maire Rassemblement national. Opposition à l’extrême-droite prolongée sur scène, entre reprises de "Voilà Voilà" de Rachid Taha et du "Porcherie" des Bérus, plaidoyer pour la "culture pour tous" et la "culture partout", jusqu’à "L’Iditenté". Mais sans ôter leur plaisir à ceux qui étaient "simplement" venus valser avec "Ginette".
Deux jours plus tard, Feu ! Chatterton et le vibrionnant Arthur Teboul ont déroulé leur set list. Autour des titres – "Monde Nouveau", "Allons Voir", "Ecran total" – qui ont fait du groupe, en 15 ans à peine, une voix qui compte. Passés des Chantiers à la Grande scène des Francofolies entre 2014 et 2026 ; programmés au Off à Chénier en 2016, tête d’affiche "sold out" à la Cité, au In, 10 ans après. Le 21 février 2024, c’est bien Feu ! Chatterton qui avait escorté l’entrée au Panthéon de Missak Manouchian, chef militaire des FTP-MOI (francs-tireurs partisans et main d’oeuvre immigrée, Ndlr) de la région parisienne, et de sa femme Mélinée, en sublimant les mots d’Aragon. 60 ans après Léo Ferré, premier à mettre en musique le poème, lui-même inspiré de la dernière lettre adressée par Missak à Mélinée.
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Ce sont donc les mots de cette "Affiche rouge" qu’Arthur Teboul a déroulés, mercredi 15 juillet. Un choix fort, pour un rappel unique : "On tenait absolument à la chanter ce soir." Exercice d’équilibriste, harangue éthérée. Jusqu’aux derniers mots : "Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent / Vingt et trois qui donnaient le cœur avant le temps / Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant / Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir / Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant." Salut, sortie de scène, sans plus rien dire. Sollicité ce 16 juillet, le tourneur de Feu ! Chatterton n’a pas donné suite.
Les adeptes des œillères n’y entendront qu’une chanson de plus. Ceux qui se réclament de l’histoire n’oublieront pas leurs manuels. Et la collaboration sur fond d’accord conclu le 8 août 1942 entre le chef de la SS et le secrétaire général de la police de Vichy, René Bousquet, pour traquer les MOI.