« Bonjour, Affaires maritimes. On vient faire un contrôle ! » Alors qu’un petit groupe se prépare à une magnifique immersion à l’est de Porquerolles, Michaël, le patron du club Saint P’Hyères plongée, rassure ses clients avec une petite blague : « Ils viennent vérifier que je ne suis pas un trafiquant de drogue ». Ça fait rire ses passagers. Pas Sébastien Blondeau, chef adjoint de l’unité littorale des Affaires maritimes. Ce mercredi matin, il coordonne la confidentielle « Opération palanquée », en collaboration avec le service départemental Jeunesse et Sports, la gendarmerie et le parc national de Port-Cros. Tous répartis sur trois embarcations.

Alycastre, celle de Sébastien Blondeau intervient autour du Donator, reposant à une cinquantaine de mètres. C’est l’une des épaves les plus prisées de ce coin de Méditerranée. L’une des plus dangereuses aussi. Le 19 mai, un plongeur de 52 ans y a perdu la vie. Il fait partie des quatre décès sous l’eau (dont un moniteur de plongée, en sortie apnée indépendante) depuis le début de l’année, autant que sur les sept premiers mois de 2025. Le plus récent date d’« il y a une semaine », entre Saint-Cyr et La Ciotat, sans que cela ne nécessite une fermeture du club encadrant.

« On constate malgré tout une réelle baisse des accidents, soit 58 depuis janvier contre 115 sur la même période un an plus tôt », nuance Maud Astier, inspectrice Jeunesse et Sports. Le fruit du travail de sensibilisation mené auprès des clubs ? « Un accident, c’est toujours multifactoriel, précise notre interlocutrice. Entre la condition physique, la météo, le courant et la préparation… »

Si les contrôles du jour sont l’occasion de rappeler les bonnes pratiques de ce sport à risque, la répression est aussi importante. Ici, tout le matériel des clubs abordés est passé à la loupe, de la bouteille d’oxygène à la radio VHF en passant par la procédure en cas de problème ou encore « l’honorabilité » des encadrants en matière de violences sexuelles, via une vérification de leur casier judiciaire. Pour Michaël, tout semble parfaitement en règle.

L’inspectrice tique tout de même sur le plan de secours, où ne sont pas écrites les réponses aux différentes questions. « Vous êtes la première à nous faire la remarque alors qu’on se fait contrôler tous les ans », souligne le responsable du club de plongée. Il manque également un masque d’oxygénothérapie haute concentration pour enfant. Au même moment, deux clients remontent à la surface plus étonnés par ce qu’ils viennent de voir sous l’eau que par ce qu’ils découvrent à la surface. « En bas, il y a un mec qui a enlevé son gilet de plongée coincé sur le Donator et qui s’est débattu comme pas possible avant de se libérer et de continuer sa plongée comme si de rien n’était », n’en revient pas l’un d’eux.

Ne pas perdre de précieuses secondes

À bord, Sébastien Blondeau, plus à cheval sur la sécurité des bateaux, remarque l’absence d’un deuxième coupe-circuit, pourtant obligatoire depuis fin 2023. Michaël, qui fait mine d’ignorer cette mesure passible de 1 500 euros d’amende, s’en tirera avec une simple convocation de mise en conformité. « Il respecte bien les obligations les plus basiques, le matériel est bien entretenu et accessible, quand pour d’autres, il faut fouiller au fond des coffres. Ce qui fait perdre de précieuses secondes en cas d’accident », résume le représentant des Affaires maritimes.

Même traitement pour le bateau flambant neuf suivant, celui du club Aqualonde. Ça tombe sur Jean-Philippe, directeur de plongée, dont c’est le tout premier contrôle. Celui-ci doit gérer les interrogations de ses passagers surprise et la remontée de ses palanquées dispersées par un fort courant en surface. Pas évident. Surtout quand Maud Astier met la main sur un sac de masques de ventilation jaunis ou périmés depuis six ans. « Là, c’est déconner, s’agace Sébastien Blondeau. Ils ont un nouveau bateau et n’ont pas remplacé leur matériel. »

Pour ne pas avoir renouvelé son stock de masques à oxygène haute concentration, le directeur de plongée du centre Aqualonde a écopé d’une mise en demeure.
Pour ne pas avoir renouvelé son stock de masques à oxygène haute concentration, le directeur de plongée du centre Aqualonde a écopé d’une mise en demeure.

Le directeur de plongée d’Aqualonde, qui n’a pas de deuxième coupe-circuit non plus, écope cette fois d’une mise en demeure, avec l’obligation de se mettre à jour avant la prochaine sortie. « Ces échanges sont très intéressants », relativise-t-il. De retour à la Tour Fondue, le camp de base de l’« Opération palanquée », c’est l’heure des comptes. Une autre équipe a dressé une mise en demeure pour un souci de documents administratifs. Réaction du chef adjoint des Affaires maritimes : « Comme quoi, personne n’est irréprochable ».