Oracle est-il condamné ? L'entreprise est dos au mur après avoir accumulé plus de 150 milliards de dollars de dettes adossées à l'IA, elle pourrait être le premier domino à tomber si la bulle de l'IA éclate
Oracle fait face à une précarité financière inquiétant. L'entreprise a délaissé un modèle logiciel lucratif pour s'endetter lourdement dans le cloud et l'IA. Elle a pris un risque démesuré en devenant une bailleuse de fonds pour OpenAI, assumant des engagements financiers que le laboratoire d'IA ne porte pas à son propre bilan. Cette stratégie a entraîné une dégradation de la note de crédit de l'entreprise, désormais proche de la catégorie spéculative. La société est à bout de souffle et s'est vu obliger de licencier 21 000 personnes pour rester à flot. Si la bulle de l'IA éclate, Oracle pourrait être la première pièce d'un effet domino dévastateur pour l'industrie.
Oracle est historiquement l'une des entreprises technologiques les plus critiquées du secteur des logiciels, bien qu'elle équipe plus de 95 % des entreprises du Fortune 500. L'entreprise est parfois décrite comme un cabinet d'avocats déguisé en une société de logiciels, illustré par cette plaisanterie : « quelle est la différence entre travailler avec Oracle et être pris en otage ? Eh bien, si vous êtes un otage, quelqu'un finit par négocier une libération ».
Pourtant, malgré cette réputation difficile, l'entreprise générait autrefois d'importants flux de trésorerie de manière très stable. Aujourd'hui, Oracle s'est lancée dans une stratégie extrêmement précaire en misant massivement sur la construction de centres de données destinés aux charges de travail de l'IA.
Oracle dépense ses liquidités plus vite qu’il ne parvient à générer des revenus, alors qu’il est en pleine expansion de ses centres de données, un projet de 250 milliards de dollars. Cela a conduit S&P Global Ratings à abaisser la notation de crédit la société à BBB-, soit un cran seulement au-dessus du statut « spéculatif ». Moody’s Ratings a émis une perspective négative, ce qui signifie qu’une nouvelle dégradation est possible à moyen terme.
Les montants projetés pour construire cette infrastructure mondiale sont vertigineux, bien que les différentes prévisions n'incluent pas toujours exactement les mêmes paramètres d'analyse. Le financement par emprunt dans le domaine de l’IA deviendra un marché du crédit de plusieurs milliers de milliards de dollars, avec un encours de dette qui dépasse les 7 000 milliards de dollars d’ici 2029, une évolution qui inquiète de nombreux experts financiers.
Un modèle économique sans perspective de rendement clair
L'entreprise a progressivement abandonné son modèle traditionnel de vente de licences logicielles, qui offrait des marges brutes confortables d'environ 70 % et des coûts marginaux quasi nuls. À la place, le géant du logiciel a décidé de devenir un grand propriétaire immobilier dans le secteur technologique, empruntant massivement pour acheter des processeurs graphiques (GPU) et construire de grands centres de données qu'il loue ensuite.
Cette orientation l'a fait passer d'une machine à générer des liquidités à haut rendement à une entreprise d'exploitation locative à très faible marge. En conséquence, Oracle a accumulé plus de 150 milliards de dollars de dettes, et sa note de crédit a récemment été dégradée. Les ambitions d'Oracle de dominer le développement de l'IA se heurtent à un obstacle majeur : « financer un vague de dépenses sans nuire davantage à sa solvabilité ».
George Catrambone, responsable des titres à revenu fixe chez DWS Americas, note : « elles se trouvent dans une situation délicate. Alors que le cycle de crédit entre dans une phase avancée, je pense qu’il devient de plus en plus difficile pour certaines de ces entreprises de conserver leurs notations, mais surtout de financer leur expansion ». Le risque pour Oracle est de se faire distancer dans une course qu’il s’était fixé de remporter.
D’autres géants de l’IA, tels qu’Alphabet et Meta, suivent une trajectoire opposée, générant des liquidités plus que suffisantes pour financer leurs investissements. « Cela leur confère une plus grande flexibilité financière pour dépenser davantage qu’Oracle et résister aux ralentissements du secteur », selon S&P.
L'entreprise est au dos au mur, mais continue de dépenser
S&P explique avoir constamment sous-estimé le montant qu'Oracle devrait dépenser en amont pour ses investissements dans l'IA. Ces investissements ont conduit l'entreprise à dépenser plus de 20 milliards de dollars au cours des quatre derniers trimestres, après déduction des dépenses d'investissement. Selon les analystes de Wall Street, pour améliorer sa notation, l'entreprise de Larry Ellison doit impérativement démontrer sa solvabilité.
« Oracle souhaite conserver cette notation “investment grade”, et pour y parvenir, l’entreprise va devoir démontrer qu’elle n’inonde pas le marché avec davantage d’offres », a déclaré Andrew Wells, directeur des investissements chez SanJac Alpha. « Elle est en quelque sorte acculée et doit prendre une décision : va-t-elle décevoir les investisseurs obligataires ou les investisseurs en actions ? ». Les marchés financiers en ont pris bonne note.
« C'est le début d'un retournement de tendance : le coût du capital a un prix, ce n'est pas gratuit », a déclaré George Catrambone, ajoutant que les dépenses des hyperscaleurs avaient jusqu'à présent bénéficié d'un contexte macroéconomique favorable, avec des écarts de crédit proches de leurs plus bas niveaux depuis des décennies. « Et si la Fed finissait par devoir relever ses taux ? » Le coût de la dette d'Oracle augmenterait fortement.
Selon le cabinet d’études CreditSights, les dépenses d’investissement d’Oracle devraient augmenter au moins jusqu’à l’exercice 2029. Cette tendance n’est pas sans rappeler celle de nombreux autres hyperscaleurs, dont Google, Meta, Microsoft et Amazon. Au total, ces géants de la technologie prévoient de dépenser jusqu’à 725 milliards de dollars rien qu'en 2026, principalement dans des équipements de centres de données dédiés à l’IA.
OpenAI : l'alliance risquée avec un laboratoire sous tension
En septembre, Larry Ellison est brièvement devenu l’homme le plus riche du monde, après avoir fait entrer Oracle dans le nouvel univers de l’IA. Mais son pari audacieux de sur l’IA reposait sur un endettement astronomique, dont les répercussions dépassent largement le cadre de son entreprise. Aujourd'hui, il est passé du statut de l'homme le plus riche du monde à celui d’acteur le plus vulnérable dans le jeu de plus en plus instable de l’IA.
Il a contracté des dettes de plus en plus inquiétantes. L'orgueil et la peur de l'obsolescence ont poussé Oracle à sacrifier sa stabilité pour un pari incertain sur des infrastructures à dépréciation rapide. Ce bouleversement financier est d'autant plus périlleux qu'Oracle a lié son sort de manière intime à OpenAI.
Bien qu'OpenAI possède environ 73 milliards de dollars de liquidités apportées par ses autres investisseurs, ce montant est jugé insuffisant pour couvrir ses engagements d'achats colossaux en infrastructures, en puces et en énergie, qui n'apparaissent pas dans son bilan. (D'après une récente étude publiée par Nikkei, Alphabet, Microsoft, Amazon, Meta et Oracle portent à eux seuls 1 650 milliards de dollars de dette hors bilan adossée à l'IA.)
OpenAI ne contracte presque pas de dettes, c'est Oracle et d'autres investisseurs qui endossent ce fardeau financier. L'entreprise de Sam Altman perd elle-même des milliards de dollars par an. Pour Oracle, la situation est particulièrement alarmante, car « la société de Larry Ellison a emprunté sur 30 ans de revenus de licences pour construire des entrepôts climatisés pour GPU pour un client qui a perdu de l'argent chaque année de son existence ».
Le syndrome du dinosaure et le risque élevé d'effondrement
Pourquoi délaisser une activité logicielle à forte marge pour une autre à la rentabilité incertaine ? Cette prise de risque monumentale pourrait en grande partie s'expliquer par la défaite d'Oracle lors de la première guerre du cloud face à des géants comme Amazon, Microsoft et Google. Oracle s'est alors retrouvé dans une position inconfortable, risquant d'être perçu comme obsolète et de rejoindre les dinosaures technologiques, à l'instar d'IBM.
La fièvre de l'IA lui a offert une occasion inespérée de rattraper son retard en fournissant une puissance de calcul à quelques clients disposant de budgets gigantesques. Cependant, le pari est qualifié d'extrêmement dangereux, car la dette d'Oracle est engagée sur le long terme, tandis que la durée de vie technologique des GPU et d'autres composants des centres de données est très courte en raison de leur dépréciation extrêmement rapide.
De plus, OpenAI ne génère pas de bénéfices et fait désormais face à une...
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