Le Fort de Brégançon est sans surprise le refuge du dernier été présidentiel d’Emmanuel Macron. Et pour protéger l’intimité du chef de l’État et de sa famille, la célèbre villégiature de Bormes-les-Mimosas (Var) est redevenue une forteresse, depuis l’arrivée du couple Macron, fin juillet. Isolée sur son îlot rocheux culminant à 35 mètres face à la Méditerranée. Tenus à l’écart sur la plage publique, les baigneurs peuvent, au mieux, contempler cette carte postale envoyée du plus haut sommet de l’État.

En dehors des séjours présidentiels, l’ancien fort militaire n’est cependant plus une place imprenable. Depuis 2014, il est même ouvert au grand public, certes sous strictes conditions. Une décision de François Hollande après l’orage médiatique qui s’était abattu sur le premier été varois de son quinquennat. Rompant avec la tradition présidentielle, le chef de l’État socialiste ne remettra jamais les pieds à Brégançon. 

La vue du fort depuis la plage publique de Bormes-les-Mimosas. Photo archives Sipa/Claude Paris

La vue du fort depuis la plage publique de Bormes-les-Mimosas. Photo archives Sipa/Claude Paris

Son successeur a, au contraire, façonné cette villégiature officielle de la République depuis 1968 en « un lieu de travail et d’action diplomatique autant qu’en une maison familiale où il aime recevoir les siens ». Comme on peut le lire sous l’une de ses “photos de vacances” présentées dans le cadre de l’exposition sur le fort actuellement à la Maison Élysée à Paris. « C’est intéressant de voir comment vit le président », s’amuse Michel, souvent passé à côté de l’endroit lors de ses randonnées sur le littoral varois… Sans jamais en avoir “poussé la porte” !

Fin août 2025, le chancelier allemand Friedrich Merz et le président français Emmanuel Macron dirigent un conseil des ministres franco-allemand en plein air sur l’une des terrasses du fort. Photo archives Sipa/ Kay Nietfeld

Fin août 2025, le chancelier allemand Friedrich Merz et le président français Emmanuel Macron dirigent un conseil des ministres franco-allemand en plein air sur l’une des terrasses du fort. Photo archives Sipa/ Kay Nietfeld

3 500 visiteurs en 2025

Hôte régulier du Var, Emmanuel Macron n’a en effet pas renoncé à la récente vocation touristique de Brégançon. En 2025, quelque 3 500 visiteurs ont eu le privilège de franchir ses remparts de pierre. « C’est l’activité la plus sollicitée de Bormes-les-Mimosas : dans le top 5 en termes de billetterie et de chiffre d’affaires », constate, au téléphone, David Goncalvès, le directeur de l’Office de tourisme.

Preuve de l’engouement des Français, surtout, pour cette “excursion politique”, il faut parfois patienter jusqu’à six mois avant de décrocher sa précieuse réservation. Car les visites - guidées exclusivement et par groupes de vingt personnes maximum - sont limitées à quelques mois seulement, plutôt hors saison : leur calendrier, fixé par l’Élysée, dépend de l’agenda présidentiel et, depuis deux ans, des travaux de consolidation et de restauration en cours sur le site.

Une fois autorisés dans le “saint des saints”, pas question évidemment de faire un plongeon dans la piscine hors-sol installée en 2018 sur fond de polémique par les Macron ou de pénétrer dans les appartements privés du couple présidentiel.

Le bureau du président, clou de la visite

En revanche, il est possible de parcourir les jardins et d’imaginer ces rendez-vous et séances de travail plus ou moins officiels qui y sont organisés dans un décor franchement estival, propice à dénouer les crises les plus graves. Précurseur de cette “diplomatie informelle” rappelle l’exposition parisienne, François Mitterrand a, le premier, partagé avec un dirigeant étranger - son ami, le chancelier allemand, Helmut Kohl - la vue plongeant sur la mer et embrassant la rade d’Hyères et les îles d’or.

Pour les touristes, le clou de la visite reste bien sûr l’intérieur de la bâtisse. Depuis que le général de Gaulle y a séjourné une première et dernière fois en 1964, l’architecture militaire et son confort spartiate se sont adoucis sous l’aspect d’un mas provençal, cossu sans être ostentatoire. Seul le salon, à la décoration très seventies confiée par les Pompidou au designer Pierre Paulin, tranche avec l’ambiance générale plutôt classique.

En 2014, de premiers visiteurs découvrent l’intérieur de la résidence d’été officielle des présidents de la République et de leur famille. Photo archives Sipa/Claude Paris

En 2014, de premiers visiteurs découvrent l’intérieur de la résidence d’été officielle des présidents de la République et de leur famille. Photo archives Sipa/Claude Paris

Une vue aérienne du domaine avec, au loin, la piscine hors-sol aménagée sous la présidence d’Emmanuel Macron. Photo archives Sipa/ Alain Robert

Une vue aérienne du domaine avec, au loin, la piscine hors-sol aménagée sous la présidence d’Emmanuel Macron. Photo archives Sipa/ Alain Robert

Parmi les quelques pièces données à voir, le bureau du président - toujours dévolu aux devoirs de vacances - est sans doute l’une des plus appréciées. Celle où le public s’approche le plus près de la fonction suprême et de ses contraintes, celle où il prend conscience que la République ne prend jamais de congés. « Brégançon, ce n’est pas un musée. C’est un vrai lieu de pouvoir de la République et une demeure vivante, régulièrement occupée par le président et sa famille. Cela fascine toujours », résume David Goncalvès. Conscients de la curiosité suscitée autour du fort transformé en un « authentique lieu de vacances » par Claude et Georges Pompidou, ses premiers occupants, ont dès l’été 1970 lancé l’invitation pour un “tour du propriétaire” inaugural. Et déjà, le succès avait été au rendez-vous.

Une révolution de palais

Il aura fallu attendre deux siècles après la Révolution française pour qu’en septembre 1989, le “peuple” soit autorisé à pénétrer dans le lieu du pouvoir suprême. Sous l’impulsion de Jack Lang, initiateur des Journées du patrimoine (devenues les Journées européennes du patrimoine), l’Élysée ouvre alors ses portes aux visiteurs. Le ministre de la Culture de l’époque avait, selon lui, dû user de toute son influence pour convaincre le président socialiste, François Mitterrand. Depuis, le palais présidentiel est l’un des bâtiments historiques et politiques les plus plébiscités lors de ce rendez-vous patrimonial.

Une première invitation portes ouvertes avait, en réalité, été lancée le 14 juillet 1977 par Valéry Giscard d’Estaing. Dans une volonté d’améliorer sa proximité avec les Français, le chef de l’État s’était même improvisé guide d’un jour à travers les salons d’apparat. Le rendez-vous avait attiré des milliers de curieux. Jusqu’en 1981, VGE a ouvert à quelques anonymes la traditionnelle garden-party de la Fête nationale. Le rendez-vous est finalement supprimé en 2010 sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy.