Il est de ces personnages affables et diserts avec qui l’on aimerait discuter des heures. De ces personnages discrets, dont l’aura invite intuitivement à tendre l’oreille. Il y a tout juste une semaine, dimanche 9 août, Michel Callot (59 ans), président de la Fédération française de cyclisme depuis 2017, était présent à Nice, à l’occasion de la dernière étape 100 % azuréenne du Tour de France Femmes.

Réclamé de tous les côtés, le natif de Bourg-en-Bresse a quand même pris le temps de nous accorder un petit entretien au naturel, sans attaché de presse et, surtout, sans langue de bois. L’occasion d’évoquer une belle flopée de sujets vélo… Pauline Ferrand-Prévot et le cyclisme féminin, Paul Seixas et même Tadej Pogačar… Michel Callot n’a rien éludé. Extraits.

Michel Callot, comment se porte globalement la Fédération française de cyclisme, notamment en termes de licenciés ?

On est globalement stables depuis une vingtaine d’années (environ 110 000 licenciés en France). C’est constant, dans la mesure où, aujourd’hui, la licence de la Fédération française de cyclisme est très attachée à la compétition. Or, la compétition concerne forcément un public plus limité que la pratique au sens large, notamment la pratique de loisir sur route ou en VTT.

Pour autant, on fait de plus en plus d’actions pour essayer de se rapprocher de ce public-là et faire en sorte que nos clubs s’ouvrent davantage à des pratiques non compétitives.

C’est un chiffre relativement faible par rapport à d’autres sports. Comment expliquez-vous cela ?

Oui… La différence avec beaucoup de sports, c’est que, dans beaucoup de disciplines, vous ne pouvez pas pratiquer sans un espace dédié : un terrain de foot, un terrain de basket, un terrain de golf… La licence est donc un petit peu automatique par rapport à ça.

Dans notre sport, ce n’est pas le cas pour toutes les disciplines, mais beaucoup se pratiquent dans l’espace public. On peut donc très facilement pratiquer le cyclisme sur route, même à très bon niveau d’ailleurs, sans être dans un club. Là où cela devient impossible, c’est si l’on veut faire de la compétition. C’est pour cela qu’on a ce biais.

On a quand même l’impression qu’il y a un engouement, une ferveur particulière, qui monte depuis quelques années autour du cyclisme… Partagez-vous ce ressenti ?

C’est vrai. La pratique du cyclisme, d’une manière générale, s’accroît. On évalue à environ 2,5 millions le nombre de Françaises et de Français qui pratiquent de manière sportive, c’est-à-dire régulièrement, avec une volonté de s’entraîner.

« Traduire cet engouement en un engouement pour le cyclisme féminin, pas seulement une semaine par an, mais toute l’année »

Michel Callot est né le 18 février 1967 à Bourg-en-Bresse
Michel Callot est né le 18 février 1967 à Bourg-en-Bresse
AFP/Archives / William WEST

L’engouement se fait ressentir également autour du cyclisme féminin avec un Tour de France Femmes avec Zwift extrêmement commenté depuis son lancement en 2022.

L’accord de l’organisateur ASO (Amaury Sport Organisation) à travers le Tour de France Femmes est absolument gigantesque. Pourquoi ? Parce que derrière la marque « Tour de France », il y a toute une histoire pour de nombreux Français. La transposition chez les femmes a parfaitement fonctionné. Donc, pour le grand public, c’est le Tour de France, hommes ou femmes. Et ça a évidemment accéléré l’engouement.

Maintenant, le plus important, c’est d’arriver à traduire cet engouement en un engouement pour le cyclisme féminin, pas seulement une semaine par an, mais toute l’année.

Grimpé quatre fois par le peloton, le col d’Èze était le spot parfait pour que les spectateurs puissent voir les coureuses.

Malgré un Tour 2026 pas au niveau, le cyclisme féminin est aussi porté par Pauline Ferrand-Prévot. Est-ce que vous la voyez capable de revenir à très haut niveau et de regagner le Tour de France (lauréate en 2025) ?

C’est une athlète hors-norme. C’est très, très difficile de prévoir ce qui peut se passer avec Pauline. Elle est, d’une certaine manière, complètement imprévisible. Mais moi, je pense que si la motivation est là, par rapport à un enjeu qui vraiment la stimule, comme elle a été stimulée après son titre olympique par le fait de gagner le Tour de France, tout est envisageable.

Est-ce que ce sera pour le Tour de France ? Est-ce que ce sera pour les championnats du monde en 2027, en France ? Est-ce que ce sera pour réussir quelque chose d’extraordinaire, qui serait de gagner les Jeux olympiques sur route à Los Angeles ? Ça, je ne sais pas le dire. Mais quand elle est vraiment mobilisée, Pauline est assez inarrêtable.

Et que pensez-vous de Paul Seixas chez les garçons ? Jusqu’où est-il capable d’aller ?

Je pense qu’on sous-estime vraiment ce qu’il a fait sur le Tour de France (4e du classement général). Si on regarde bien ses performances, on voit que, sur la première semaine, il est quand même très, très près de Pogačar, et c’est encore l’un des plus jeunes. Et puis, encaisser trois semaines de compétition à ce niveau-là, c’est énorme.

Moi, je prends le pari que ce sera un vrai duel avec Pogačar dans les années à venir. Quand on mesure ce potentiel-là, on se dit qu’il n’y a pas vraiment de limite à ce que Paul peut faire. Il lui reste encore beaucoup de temps avant d’arriver à la plénitude de sa carrière.

Vous avez évoqué Pogačar, qui vient de gagner un cinquième Tour de France à seulement 27 ans. Que pensez-vous du Slovène ?

Je crois que c’est un athlète hors-norme, complètement au-dessus du lot. Pour moi, on verra encore dans un an ou deux, mais je pense que c’est le plus grand champion de tous les temps, par rapport à sa manière de dominer, au-delà du palmarès, mais surtout par rapport à la manière dont il domine ses adversaires.

Et que répondez-vous aux gens qui doutent de ses performances et envisagent qu’il soit dopé ?

Je dirais juste que c’est sans doute le sportif le plus contrôlé au monde. Donc, s’il y a une certitude, c’est qu’aujourd’hui Pogačar répond dans le bon sens à tous ces contrôles-là. Ça, c’est une certitude qu’on peut avoir. Il faut déjà avoir cette idée en tête.

Et puis, quand vous faites un Tour de France et que, tous les jours, vous avez la possibilité de suivre en étant à 10 % de votre maximum quand les autres sont à 100 %, c’est certain qu’en fin de Tour, vous avez énormément plus d’énergie que les autres. Et ça explique aussi cet écart qui se creuse au fur et à mesure du Tour entre Pogačar et ses rivaux.