Douleurs articulaires, fatigue… Ces symptômes peu connus de la ménopause
Actuellement en France, 17 millions de femmes traversent une ménopause ou une périménopause, la phase de transition qui précède l’arrêt des règles. Et si pour vous, cette période de transition se résume à des bouffées de chaleur, nous vous invitons à continuer votre lecture. Car la période autour de l’arrêt des menstruations donne lieu des symptômes bien plus vastes. Afin de mieux les connaître et les comprendre, l’hôpital Foch a interrogé plus de 4.100 femmes et dévoile ce jeudi les premiers résultats de cette étude.
Lancé en mars 2025 sous la direction du docteur Alexandre Vallée, chef du service d’épidémiologie et de santé publique à l’hôpital Foch, le projet de recherche Climatere* recense près de 800 questions. Les premiers résultats montrent que la périménopause est une « période particulièrement sensible », davantage encore que la ménopause. « Les femmes en périménopause ont 66 % de chances supplémentaires d’appartenir au groupe présentant la charge symptomatique la plus élevée », précise l’étude.
« Quasiment autant de symptômes que de femmes »
Parmi les signaux recensés : une fatigue accrue, des troubles du sommeil, un brouillard cérébral, une baisse de la libido, un sentiment de prise de poids, des douleurs articulaires, une sécheresse vaginale qui peut créer des douleurs pendant les rapports sexuels. « Il y a quasiment autant de symptômes que de femmes, résume Alexandre Vallée. Mais on observe une altération de la qualité de vie chez la majorité d’entre elles. »
Certains symptômes, comme les bouffées de chaleur mais aussi les problèmes de sommeil, sont majoritaires. Plus d’une femme interrogée sur quatre a des « troubles fréquents du sommeil ». « Un sommeil perturbé lors de la périménopause ne doit pas être automatiquement attribué aux bouffées de chaleur et sueurs nocturnes, explique le chef de service d’épidémiologie et de santé publique. Il existe probablement d’autres mécanismes impliqués comme la baisse d’œstrogènes, les troubles anxieux ou la modification de l’architecture du sommeil. »
Douleurs articulaires
Emilie fait partie des 4.100 répondantes. Lorsqu’elle était plus jeune, cette Parisienne de 49 ans avait surtout en tête les fameuses bouffées de chaleur dont sa mère avait souffert. En périménopause depuis quatre ans, elle constate un « affaiblissement général » de son corps. « J’ai beaucoup moins de force musculaire et j’ai des douleurs articulaires, s’attriste-t-elle. Rien que remplir un verre à l’aide d’une carafe me provoque d’intenses douleurs au poignet. » Elle qui a toujours été mince et athlétique a pris une dizaine de kilos depuis ses 45 ans. « Avant je pouvais grimper partout en randonnée, maintenant ce n’est plus du tout ça. »
Celle qui fêtera ses 50 ans dans un mois reconnaît être passée par une « phase difficile ». « Il faut accepter les changements de nos corps, un peu comme à l’adolescence lorsque l’on ne se reconnaît plus. » Près de 40 % des femmes interrogées dans l’étude de l’hôpital Foch ressentent une prise de poids importante. « Lorsque l’on regarde en détail, on se rend compte qu’elles n’ont souvent quasiment pas pris de poids mais que leur tour de taille a augmenté, détaille le docteur Vallée. Il s’agirait donc davantage d’une modification de la composition et de la répartition corporelle. »
Passer à côté des symptômes
Emilie a mis du temps à faire le lien entre ses douleurs articulaires, sa prise de poids et sa périménopause. « Une amie qui se faisait régulièrement mal au niveau articulaire et osseux m’a expliqué que cela datait de sa périménopause, et c’est à ce moment-là que j’ai compris », témoigne-t-elle. « Sans bouffées de chaleur, certaines femmes peuvent penser qu’elles n’ont pas de symptômes de la ménopause alors qu’elles n’ont parfois pas conscience des autres manifestations », constate le chef de service.
C’est tout l’intérêt du projet Climatere, selon son directeur. « Nous voulons créer des messages de prévention pour mieux anticiper les possibles symptômes d’entrée dans la ménopause », assure-t-il.
Des facteurs de vulnérabilité
Le but est aussi de mettre en évidence des facteurs de vulnérabilité comportementaux. Fumer, boire de l’alcool, être ou surpoids ou en obésité, être sédentaire, avoir une alimentation déséquilibrée sont autant de critères pouvant majorer le risque de symptômes.
« Le fait de fumer augmente les symptômes de 34 %, commente le médecin. Si on a plus de trois facteurs de “mauvais comportement de santé”, on a un risque de 60 % en plus de symptômes. » Le sentiment de solitude fait lui aussi augmenter la charge symptomatique. D’où l’intérêt d’une prise en charge globale de cette période charnière pour la santé des femmes.
* Les analyses portent sur 1.682 femmes non ménopausées, 486 femmes en périménopause et 1.972 femmes ménopausées.