Pierre-Yves Jeholet (MR), ministre wallon de l'Économie : "Pour régler nos problèmes budgétaires, il faut pouvoir revenir sur des acquis sociaux"
Le prix du carburant à la pompe a de nouveau augmenté vendredi en raison de la reprise de la guerre au Moyen-Orient. Pour préserver la compétitivité des entreprises, ne faudrait-il pas les soutenir davantage afin qu'elles puissent absorber les fluctuations des prix de l'énergie ?
Il n'y a rien de pire pour les entreprises que l'imprévisibilité. Des mécanismes existent pour les soutenir. Nous devons débattre au sein du gouvernement d'un éventuel renforcement de ces mécanismes. Cela se fera dans le cadre des discussions budgétaires (à la rentrée, NdlR). Mais l'augmentation de l'aide aux entreprises n'est pas sur la table. Nous devons être réalistes et conscients des moyens dont nous disposons ainsi que de l'effort que l'on doit faire.
Le plan Oxygène qui aide les communes en difficulté a déjà coûté 100 millions d'euros en WallonieLe gouvernement bruxellois a annoncé, jeudi, une diminution de 1 % de la part régionale de l'impôt des personnes physiques (IPP). La Wallonie pourrait-elle aussi adopter une telle mesure ?
J'aimerais que ça soit le cas, mais ce n'est pas sur la table des discussions budgétaires. Je me réjouis pour Bruxelles mais il ne faut pas comparer les Régions, nous ne sommes pas dans la même configuration. Ma priorité est de ne pas augmenter la fiscalité, ni sur les entreprises ni sur les citoyens. Nous avons pour objectif d'atteindre l'équilibre budgétaire d'ici à 2029, ce qui demandera un effort structurel de 800 millions d'euros. C'est un effort colossal, plus important que les précédents. Cet argent ne va pas tomber du ciel, nous ne pouvons pas tracer de lignes rouges sur certains points. Il ne faut pas avoir de tabou.
Parmi ces tabous, vous pensez aux allocations familiales, par exemple ?
Entre autres. Lorsque vous devez trouver 800 millions d'euros à l'horizon 2029 sur un budget de 22 milliards d'euros, il est nécessaire de s'intéresser aux grandes masses d'argent. Économiser un million par ci, deux millions par là, cela ne suffit pas. Pour régler le problème de l'endettement, il est nécessaire de changer notre modèle social. Il faut revenir sur des acquis sociaux. Certains datent d'il y a 20 ou 30 ans et ne correspondent plus aux besoins d'aujourd'hui.
Budget wallon - Dolimont ouvert à modifier la réforme des droits de succession, mais "à la marge"Pourriez-vous revenir sur la diminution des droits d'enregistrement décidée en début de législature ?
C'est une mesure qu'il faut encore évaluer, ce qui est toujours difficile à faire dans un délai si court. La diminution des droits de succession et des droits d'enregistrement est un choix que nous avons fait dans le cadre de la campagne électorale et que notre partenaire de majorité (Les Engagés) souhaitait également. Nous verrons ce qui est décidé au terme du prochain conclave. Je me montre néanmoins prudent car revenir sur cette mesure augmenterait la fiscalité. Je le répète : nous ne voulons pas faire peser cet effort budgétaire ni sur le dos des entreprises ni sur le dos des citoyens.
guillementIl serait plus facile de faire preuve de lâcheté et de laisser les choses comme elles sont mais lorsque l'on voit notre niveau d'endettement aujourd'hui, cela n'est pas possible.
Est-ce vraiment possible ? Les citoyens ne subissent-ils pas toujours les conséquences des efforts budgétaires ? Si on touche aux allocations familiales, au prix du ticket de bus, aux titres-services, ils le sentent. Quand on réduit les APE (Aides à la promotion de l'emploi), certains perdent leur job…
"Les recettes socialistes n'ont pas fonctionné alors qu'on a été gavé d'argent public en Wallonie"Nous savons que chaque mesure que l'on prend touche certaines personnes. Mais nous sommes dans une situation difficile, il faut oser des réformes courageuses. Ce que je voulais dire, c'est que nous n'allons pas simplement imposer une taxe bête et méchante sur les entreprises ou diminuer les aides à l'investissement. Pendant des années, la Région a exagéré en matière d'emploi public. Nous avions un État obèse. Maintenant, il faut faire régime. Cela demande des adaptations. Mais un travailleur qui va peut-être perdre son emploi suite à ces réformes peut aussi en retrouver un rapidement. Au vu du nombre de métiers en pénurie, les personnes qui travaillaient jusqu'ici dans le public pourraient se diriger vers le privé.
Est-il toujours possible d'atteindre l'équilibre budgétaire en 2029 ?
Nous n'avons pas le choix. Il serait plus facile de faire preuve de lâcheté et de laisser les choses comme elles sont, mais lorsque l'on voit notre niveau d'endettement, il faut tenir le cap.
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