Qui a payé le matériel pour la rentrée politique de Christian Estrosi le 29 août 2025, ce rendez-vous récurrent, organisé par les Amis du maire de Nice, présidés par Pierre-Paul Leonelli ?

Le parquet de Nice a ouvert une enquête des chefs de « détournement de fonds publics » et « prise illégale d’intérêts » fin septembre, après la réception d’une plainte contre X rédigée par quelqu’un qui se présente comme un « fonctionnaire territorial ». Ce dernier a fourni au procureur de la République de Nice, Damien Martinelli, des photos et des vidéos, sur lesquelles on peut voir des camions logotés métropole Nice Côte d’Azur enlever les tables et les chaises au lendemain du banquet estrosiste « Lou Festin nissart ». Dans la plainte, que nous avons pu consulter, l’auteur soupçonne que ce matériel a été fourni gracieusement par la Ville. Et déplore, potentiellement, un financement illégal de parti politique. Il écrit également que les opérations de démontage et de nettoiement au Jardin Albert-Ier ont été réalisées par des agents et avec des moyens publics métropolitains.

Nous nous sommes procuré le bon de réservation du matériel communal pour les festivités de l’ancien maire qui se sont tenues à 7 mois des élections municipales. Tout est facturé : 3 200 chaises (curieux, d’ailleurs, au regard des 6 200 convives vantés par Christian Estrosi sur ses réseaux sociaux), des barrières ou encore 400 tables… Coût total : 23 640 euros. Ce à quoi il faut ajouter des heures de travail des agents pour 600 euros, ainsi que le transport du matériel pour 2 400 euros. L’enveloppe qu’auraient dû débourser Les Amis du maire de Nice s’élevait donc à 26 640 euros. Jusqu’à la ligne : remise de… 100 %. Résultat final : zéro euro !

6200 convives étaient réunies pour le « Lou Festin Nissart » du 29 août 2025 durant lequel Christian Estrosi a fait sa rentrée politique.

Alors, cette gratuité totale respecte-t-elle le cadre légal ? Ce n’est pas si simple.

Selon la convention qui régit ce type de prestation, présentée lors du conseil municipal du 11 avril 2024, une décote de 100 % est bien prévue pour « les manifestations humanitaires, caritatives ne générant pas de recette ou dont la recette sera reversée dans son intégralité à une association ainsi que pour les événements rassemblant plus de 3 000 personnes ou bénéficiant à une opération d’intérêt communal ».

Donc, pas de problème selon une source proche du dossier : « Lou Festin nissart rassemble toujours largement plus de 3 000 personnes, l’association organisatrice peut se prévaloir du critère du nombre de participants pour obtenir la décote de 100 % ».

Un fin connaisseur du dossier suppute que la barre des 3 000 personnes n’a d’ailleurs pas été choisie au hasard… histoire de permettre au festin de Christian Estrosi de cocher la case « gratuit ».

Sauf que pour une autre source, la gratuité n’est pas dans les clous : « Fournir du matériel municipal à une association de soutien politique pour un événement politique pose de grosses questions en matière de droit électoral et en matière de neutralité du service public ».

« Pas d’intérêt communal, mais personnel pour Christian Estrosi »

« Aucun autre parti politique n’était informé de la possibilité de bénéficier gracieusement de cette mise à disposition », ironise Jean-Christophe Picard.
« Aucun autre parti politique n’était informé de la possibilité de bénéficier gracieusement de cette mise à disposition », ironise Jean-Christophe Picard.
Photo archives Nice-Matin

Jean-Christophe Picard abonde et décrypte. « L’article 4.2 de la convention stipule que conformément à la délibération 7.1 du conseil municipal du 11 avril 2024, la redevance est conclue à titre gratuit en raison de l’intérêt communal représenté par Lou Festin nissart. Or, cet événement ne présente pas d’intérêt communal, mais un intérêt personnel pour Christian Estrosi et ses partisans », lance l’ex-élu d’opposition et ex-patron d’Anticor, l’association de lutte contre la corruption en politique.

Par ailleurs, ajoute le candidat aux élections sénatoriales, « la délibération visée ne prévoyait pas expressément la possibilité de mettre à disposition le matériel technique de la ville au profit de partis politiques. Or, Les Amis du maire de Nice n’est pas une simple association, mais un parti politique ».

Et d’ironiser : « Aucun autre parti politique n’était informé de la possibilité de bénéficier gracieusement de cette mise à disposition ».