"Plusieurs bassins versants placés en crise dès ce samedi" : le préfet de la Lozère prend des mesures de restriction maximales
Un nouvel arrêté préfectoral place une large partie de la Lozère en niveau d’alerte renforcée et crise, ce samedi, à cause de la sécheresse qui frappe le département.
Une sécheresse historique. À cause des températures élevées et l’absence de précipitations significatives, ce qui accentue la baisse des débits des cours d’eau et la sécheresse des sols déjà observés depuis le mois de juillet, Gilles Quénéhervé, préfet de la Lozère, a pris un nouvel arrêté impliquant la mise en place de restrictions de la consommation d’eau.
"Le mois le plus chaud depuis 1950"
"Le mois de juillet 2026 se classe comme le dixième mois avec le plus gros déficit en pluviométrie et le mois le plus chaud enregistré depuis 1950. On a franchi un seuil de crise. Et donc il était important de pouvoir prendre des mesures beaucoup plus fortes, puisqu’aujourd’hui les cours d’eau sont à des niveaux préoccupants", a expliqué le représentant de l’État, vendredi, lors d’un point de situation sur la sécheresse dans le département.
Six bassins sont ainsi placés au niveau maximal de crise dès ce samedi : Lot, Bramont, Tarn, Tarnon, Allier et Colagne (cours d’eau). Et quatre autres, en alerte renforcée : Truyère, Chassezac, Gardons, et Colagne (reste du bassin). Avec, pour ces derniers, un passage en crise possible dès la semaine prochaine en l’absence de pluie.
"Malheureusement les restrictions qui étaient en vigueur jusqu’à aujourd’hui (vendredi, Ndlr) ne suffisent plus pour préserver durablement la ressource, a justifié le préfet. Ce passage au niveau crise est donc vital. Nos priorités sont très claires, c’est d’abord de garantir l’alimentation en eau potable de la population. Et aussi d’assurer l’abreuvement du bétail."
Des restrictions d’eau… et des sanctions
Concrètement, les "usages non prioritaires" sont interdits ou fortement limités : arrosage, remplissage des piscines, lavages des véhicules, irrigation des cultures… "Les restrictions seront l’objet de contrôles sur le terrain, prévient Gilles Quénéhervé. On passera sur des sanctions parce qu’il faut que l’effort soit partagé par tous. L’équité, c’est vraiment la condition même de l’acceptation des règles. On sera très vigilants là-dessus."
La Lozère ne bénéficiant pas de nappes phréatiques profondes, ses habitants sont fortement dépendants des bassins en surface et des conditions météorologiques. Les ressources stratégiques font ainsi l’objet d’un suivi quotidien conjoint par la Dreal, l’OFB et la Fédération de la pêche. Notamment les grandes réserves départementales que sont les lacs de Naussac, Charpal (qui alimente en eau potable le bassin de Mende) et Chassezac.
Plusieurs communes "en tension" sont particulièrement surveillées : Meyrueis, Altier, Saint-Alban-sur-Limagnole et Saint-Germain-de-Calberte. Et "une vingtaine d’autres communes qui sont en vigilance sur leur réseau, mais sans impact sur la quantité ou sur la qualité de l’eau potable pour le moment", précise Florian Piskosz Royer, le directeur départemental adjoint des territoires de la Lozère.
Une réunion avec les agriculteurs
Sans être "alarmiste", Gilles Quénéhervé est cependant transparent sur la situation : "Nous avons les débits les plus faibles de l’histoire du département et nous ne sommes qu’au début du mois d’août… Par exemple sur le Lot, le débit est mesuré à 222 litres / seconde, donc bien en dessous de la jauge de crise des 300 litres, et cela va encore s’accentuer."
Une prochaine réunion avec la ministre de l’agriculture Annie Genevard est prévue le 27 août. "Nous lui ferons part de nos difficultés et trouverons, évidemment, les moyens d’accompagner au mieux la société agricole", a assuré le préfet.
Et en prévision des assises de l’eau qui se tiendront à la rentrée, une réflexion sur les "réserves multi-usages" a déjà été engagée : "Le but n’est pas de créer des méga bassines, mais de mutualiser, par exemple, les réserves d’eau pour les agriculteurs et la lutte incendie".