Polémique chez France Inter après l'arrivée d'un nouvel éditorialiste : une grève votée par le personnel
Les personnels de Radio France réunis mercredi en assemblée générale ont demandé à leur direction le retrait de la chronique hebdomadaire attribuée sur France Inter à un responsable du magazine Valeurs actuelles, et ont voté le principe d'une grève, ont rapporté des participants.
Dans une motion adoptée à l'unanimité, les personnels disent leur "refus catégorique" de l'arrivée de Charles Sapin à l'antenne, dont le magazine porte des valeurs non "compatibles" avec celles du groupe public. L'intersyndicale de Radio France doit "déposer un préavis de grève dans les meilleurs délais", ajoute le texte dont l'AFP a eu connaissance.
Charles Sapin, un recrutement explosif
Céline Pigalle, directrice de la station publique depuis mars, a choisi un panel d'éditorialistes politiques et économiques pour les week-ends, comprenant le nouveau directeur adjoint de la rédaction du magazine Valeurs actuelles, Charles Sapin.
Pour le SNJ-CGT, Valeurs actuelles est un "organe de l'extrême droite multi-condamné" et la direction franchit une "ligne rouge inacceptable".
Classé très à droite, l'hebdomadaire a été plusieurs fois condamné en justice, notamment en 2021 quand il avait dépeint en esclave l'élue insoumise Danièle Obono. Il a été racheté en 2025 par un trio d'investisseurs où figure le milliardaire catholique Pierre-Edouard Stérin.
La société des journalistes (SDJ) de France Inter a aussi exprimé sa "ferme opposition" au choix d'ouvrir l'antenne à un "représentant d'un média condamné notamment pour injures racistes" et "qui n'a cessé ces dernières années de prendre violemment l'audiovisuel public pour cible".
Dans la même veine, le SNJ (Syndicat national des journalistes) estime que la décision d'enrôler Charles Sapin fait apparaître Radio France "comme un paillasson".
Une référence aux accusations de partialité de l'audiovisuel public en faveur de la gauche, qui avaient motivé il y a un an la création d'une commission d'enquête parlementaire par l'UDR, parti allié au Rassemblement national (RN).
Charles Sapin a assuré dimanche sa première chronique, consacrée au "mur" de la dette qui mettra le nouveau président en 2027, quel qu'il soit, "sous tutelle".
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La direction de France Inter, qui a rencontré la rédaction encore mardi, fait valoir pour sa part que l'arrivée de Charles Sapin s'inscrit dans une volonté plus large d'"organiser la conversation entre toutes les opinions".
C'est un enjeu de "pluralisme", qui est "une mission du service public, d'autant plus importante en année présidentielle", selon elle.
Le journaliste, ancien du Figaro, a été approché alors qu'il était encore au magazine Le Point. Il est venu lui-même mardi devant la rédaction assurer qu'il entendait faire évoluer la ligne de Valeurs actuelles qui a publié des "papiers indéfendables" dans le passé, a rapporté un participant.
Le sujet du pluralisme est central au sein de l'audiovisuel public depuis la commission d'enquête menée par Charles Alloncle qui a polarisé les discussions tout au long de l'année écoulée.
Le député a été accusé par la gauche et le bloc central de vouloir affaiblir ce service public, voire le privatiser, comme le prône le RN.
En année présidentielle, "ça nous fait tous flipper, il faut qu'on soit irréprochable, il y a cette espèce de syndrome du bon élève", confie un salarié de France Inter.
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Cette poussée de tension est d'autant plus vive qu'en parallèle, le journaliste Thomas Legrand, également chroniqueur à Libération et qui travaillait depuis 2008 à France Inter, a été définitivement écarté de Radio France.
En septembre 2025, M. Legrand et un autre journaliste de l'audiovisuel public, Patrick Cohen, avaient été filmés à leur insu dans un restaurant avec deux responsables du PS. Cette vidéo avait déclenché le lancement de la commission Alloncle.
Thomas Legrand avait été suspendu d'antenne mais pensait revenir. Il se dit désormais victime d'"une campagne extérieure, mensongère et manipulatrice", et a reçu le soutien de nombreux journalistes.
De son côté, la patronne de France Inter a affirmé qu'"il exige, il réclame, mais ce n'est pas comme ça qu'on obtient quelque chose d'(elle)".
Depuis la commission d'enquête, lâche un salarié, "la chose qui a changé peut-être, c'est qu'on se dit qu'on nous défendra pas".
L'audiovisuel public se sait scruté. Sur la chaîne CNews, dans le giron du milliardaire conservateur Vincent Bolloré, la rentrée de France Inter a été qualifiée d'"indigne".
Deux billets humoristiques ont été visés. Dans l'un, Jessé ironisait sur l'arrivée possible de "néo-nazis" à l'antenne après Charles Sapin. Dans l'autre, Ameziane comparait le physique du député RN Jean-Philippe Tanguy à celui d'un "rat" - chronique vivement réprouvée à l'extrême droite également.
Un véritable casse-tête à France Inter