Entraîneur personnel de Wout van Aert depuis 2025 après avoir guidé l'Anversois dans l'exercice contre la montre, Mathieu Heijboer est assurément l'un de ceux qui connaissent le mieux le coureur de chez Visma | Lease a Bike.

Coleader d'une sélection belge qu'il emmènera dimanche aux côtés de Remco Evenepoel, WVA est d'une impressionnante constance sur les championnats du monde : 2e en 2020 et 2023, 4e en 2022 et 11 en 2021. Mais peut-il devenir champion du monde ce week-end ? Tentative de réponse avec le technicien néerlandais.

Le sélectionneur belge Serge Pauwels nous a confié que Wout van Aert lui parle de ce Championnat du monde à Montréal depuis plus d'un an et son forfait pour l'édition 2025 de Kigali. C'est donc un objectif majeur pour l'Anversois !

Oui, très clairement. Dès cet hiver, cette course a été l'un des grands axes de la saison de Wout autour desquels nous avons construit le reste de son programme. Dans notre plan initial, il devait enchaîner Tour de France puis la Vuelta, avant d'aborder ce championnat du monde. Sa blessure et son forfait pour la Grande Boucle ont modifié cette trajectoire, mais Montréal est toujours resté très ancré dans sa tête.

Wout van Aert a repéré le circuit de Montréal mercredi.
Wout van Aert a repéré le circuit de Montréal mercredi. ©IMAGO/Sirotti

Si votre coureur a fait de ce Mondial une telle priorité, est-ce parce qu'il se rend compte qu'il s'agit de sa dernière occasion d'endosser le maillot arc-en-ciel ?

Non, je n'irais pas jusque-là, car personne ne sait à ce jour quand Wout choisira de mettre un terme à sa carrière. Il vient seulement d'avoir 32 ans (NdlR : le 15 septembre) si je peux dire cela comme ça. Ce qui est certain, en revanche, c'est qu'il s'agit très clairement de la plus belle occasion à court terme d'aller chercher ce titre prestigieux. Le parcours de l'année prochaine, en Haute-Savoie, sera beaucoup trop difficile pour lui, alors que celui de 2028, à Abu Dhabi, est destiné aux purs sprinteurs. Wout connaît bien le circuit de Montréal, puisqu'il a disputé le Grand Prix annuel à deux reprises. En 2022, il avait terminé deuxième derrière Pogacar. Il y a donc certains repères et sait ce qu'il est capable d'y réaliser, car c'est un athlète qui se connaît bien. Sur ce circuit exigeant, il ne partira pas avec le statut de favori, mais lui comme moi sommes convaincus qu'il est capable de gagner s'il est dans une très bonne journée.

Pourquoi considériez-vous la Vuelta comme tellement importante dans son approche de ce Championnat du monde ?

Parce que les expériences passées nous ont démontré que Wout ressort généralement très fort d'une course de trois semaines. En 2024, il a décroché une médaille de bronze dans le chrono des Jeux olympiques avant d'être très important pour le collectif belge sur la course en ligne après avoir disputé le Tour de France. Sur le Mondial d'Imola, lors d'une saison 2020 chamboulée par la pandémie de Covid, il était aussi en grande forme et avait décroché deux médailles d'argent une semaine après l'arrivée sur les Champs-Élysées. La répétition des longues ascensions et des efforts à haute intensité est quelque chose de très difficile à reproduire à l'entraînement. Cette Vuelta lui a donc apporté un vrai truc en plus, très spécifique.

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Wout est proche de son meilleur niveau.

Wout est-il aujourd'hui plus fort qu'au printemps, lors des classiques ?

C'est difficile à comparer, car il s'agit de deux préparations très différentes. Paris-Roubaix ne requiert pas les mêmes qualités qu'une Vuelta, c'est assez logique. À l'approche des grands tours et d'un championnat du monde aussi musclé que celui de Montréal, le travail est davantage orienté vers les ascensions et la capacité à répéter les efforts. Mais je peux vous certifier que Wout a retrouvé un excellent niveau. Dans la Vuelta, il était très proche de sa meilleure condition. On l'a vu à sa capacité à accélérer, plusieurs fois par étapes. Il était dans les échappées quand il le voulait. C'était le Wout infatigable, comme on l'a connu autrefois sur le Tour.

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À son arrivée à l'aéroport de Montréal, il semblait particulièrement affûté. A-t-il perdu beaucoup de poids depuis les classiques ?

Il est effectivement bien sec, comme on dit dans le jargon. Il a beaucoup travaillé en juillet, notamment lors de son stage en altitude à Livigno, mais aussi avant et après celui-ci. Entre le Tour du Danemark (29/7 au 2/8) et la Vuelta (22/8 au 13/9), il a également bénéficié d'un accompagnement très précis sur le plan alimentaire. L'objectif était d'atteindre le poids le plus bas possible tout en conservant sa puissance. Cela a très bien fonctionné. Il était particulièrement affûté et à un excellent poids pendant la Vuelta. Wout n'a toutefois pas atteint sa valeur plancher. Il faut toujours trouver le bon équilibre entre le meilleur rapport poids-puissance et un corps en bonne santé, qui vous permet de ne pas être trop vulnérable aux maladies. Si je compare les chiffres qu'affiche actuellement sa balance avec les valeurs d'avril, lors des classiques, il y a un kilo de différence. Au printemps déjà, il était assez mince. La différence n'est donc pas spectaculaire.

Quel a été le programme d'entraînement de Wout depuis la Vuelta ?

La première étape a été de veiller à parfaitement récupérer. Ensuite, au cours de la semaine suivant la Vuelta, nous avons progressivement repris un entraînement plus sérieux. Deux options étaient possibles. Nous pouvions partir très rapidement au Canada et y effectuer les dernières séances, ou rester en Belgique afin de réaliser un ultime bon bloc de travail. Nous avons choisi la deuxième solution. Nous savions que Wout pouvait encore effectuer un entraînement de qualité à la maison. La famille était également un élément important, car il sortait d'une période assez longue loin des siens. Nous avons réintroduit davantage d'intensité, avec des efforts courts à haute puissance, qui correspondent aux accélérations que l'on peut retrouver à Montréal. Wout avait déjà réalisé énormément de longues ascensions et passé beaucoup de temps à une allure élevée pendant la Vuelta.

Wout van Aert et son entraîneur Mathieu Heijboer.
Wout van Aert et son entraîneur Mathieu Heijboer. ©NVE

L'Anversois a conclu son stage en altitude il y a plus de six semaines, tandis que certains de ses concurrents l'ont fait bien plus récemment. Cela peut-il constituer un désavantage ?

Je ne pense pas que le stage en altitude soit le facteur déterminant. Il faut prendre en compte l'ensemble du processus : le stage, mais aussi les courses disputées ensuite. L'expérience montre que Wout peut maintenir longtemps un niveau très élevé après une préparation de ce type. La différence, c'est peut-être que certains concurrents, comme Paul Seixas ou Remco Evenepoel, sont un peu plus frais après avoir bénéficié d'une période de repos à la suite du Tour de France. Mais les deux trajectoires peuvent être couronnées de succès. Je ne pense pas que le paramètre stage fera une grande différence dimanche.

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Une épreuve trop verrouillée ne serait pas favorable à Wout et à van der Poel.

On parle beaucoup du facteur poids sur le parcours de Montréal. Lors du dernier Grand Prix, le poids moyen d'un coureur du Top 10 était de 63 kilos. Cela signifie-t-il qu'il sera compliqué pour Wout van Aert et ses 78 kg de survivre face aux meilleurs grimpeurs ?

Wout n'est certainement pas hors jeu, mais il n'est pas le grand favori. Pour avoir une chance, il faudra que la course soit suffisamment tactique, favorable aux coureurs de classiques comme lui. Il devra éviter de subir une sélection trop précoce et conserver suffisamment d'énergie pour la finale. Les ascensions ne sont pas extrêmement longues, mais elles se répètent. Le poids devient évidemment un facteur de plus en plus important lorsque l'effort dure. L'avantage de Wout et des autres grands spécialistes des classiques, c'est leur capacité à répéter les efforts anaérobies. Ils peuvent accélérer, récupérer partiellement, puis recommencer. C'est ce type de course qui pourrait lui convenir.

Devra-t-il attaquer avant le dernier tour ?

Il sera difficile pour lui d'attendre la toute dernière ascension. Si la course reste complètement fermée jusque-là, les coureurs les plus légers comme Seixas, Del Toro et Evenepoel disposeront d'un avantage important. Wout devra probablement profiter d'une course plus ouverte, avec des attaques et une sélection progressive. Une épreuve trop verrouillée ne serait pas favorable aux coureurs comme lui ou Mathieu van der Poel.

En cas d'arrivée d'un groupe réduit pour le titre, la dernière ligne droite, légèrement montante, semble parfaitement lui convenir, non ?

Oui, effectivement (rire)…

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