Sur la brèche depuis le premier jour des feux, le président de la République a profité d’un déplacement express en Gironde pour porter un message de concorde… et défendre son action.

Emmanuel Macron à Bordeaux, le 27 juillet 2026, auprès des pompiers mobilisés contre les incendies.

KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Emmanuel Macron à Bordeaux, le 27 juillet 2026, auprès des pompiers mobilisés contre les incendies.

EN BREF
Emmanuel Macron, discret sur la scène nationale, s’investit fortement dans la gestion des incendies en France, multipliant déplacements et messages de soutien.
Il défend son bilan sur la sécurité civile face aux critiques concernant les moyens alloués et la flotte de Canadair.

L’IA au HuffPost.

En première ligne. Depuis le début de la saison des feux, le président de la République se montre à la manœuvre de la gestion de crise. Avant son déplacement en Gironde lundi soir, auprès des professionnels engagés contre l’incendie monstre qui a déjà ravagé 42 000 hectares, Emmanuel Macron a présidé une cellule interministérielle et un dernier Conseil des ministres presque entièrement consacré à ces enjeux.

Ce n’est pas vraiment habituel. Le chef de l’État, qui s’était déjà rendu à Fontainebleau mi-juillet pour « remercier et encourager » les pompiers qui venaient à bout d’un sinistre retentissant, s’est mis en retrait de la scène politique nationale depuis sa dissolution ratée de l’Assemblée. Une forme de discrétion accentuée ces derniers mois, alors qu’il consacrait l’essentiel de son temps aux questions diplomatiques et géopolitiques.

Avare de mots spontanés et de déplacements consacrés à l’affaire Lyhanna ou la canicule, deux thèmes majeurs qui ont marqué l’actualité récente et occupé le gouvernement, Emmanuel Macron laisse désormais son Premier ministre Sébastien Lecornu sur la ligne de front. Alors, comment expliquer cette proactivité retrouvée ?

« C’est le rôle du président de la République »

Dans l’entourage du chef de l’État, on assure que cette présence est « attendue », à l’heure où la France est en proie à des incendies d’une ampleur historique. « C’est le rôle du président de la République d’être aux côtés des héros qui combattent, pour les encourager, et des victimes, pour leur témoigner la solidarité du pays », nous explique un proche, en assurant également que c’est « à l’occasion de ses appels aux maires mobilisés ce week-end qu’ils lui ont fait part de leur volonté de le voir sur le territoire ».

De fait, Emmanuel Macron est sur la brèche depuis le début des incendies, en témoigne également son appel à la solidarité européenne la semaine dernière, et les messages de remerciements qu’il adresse invariablement à chaque pays acceptant d’envoyer des renforts dans l’Hexagone. « Teşekkürler Türkiye » (« merci à la Turquie »), a-t-il de nouveau écrit sur les réseaux sociaux, ce mardi, pour saluer l’engagement d’Ankara et l’envoi de deux avions bombardiers d’eau en France.

À Bordeaux, le chef de l’État s’est donc attaché à marquer le soutien de la nation, et à envoyer un message de concorde à qui voulait l’entendre. « On reste unis et on se bat pour gagner la bataille partout », a-t-il déclaré à la presse et aux professionnels sur place, expliquant que « les semaines à venir seront dures et on doit tenir ». Un appel à l’union sacrée qui n’a rien d’anodin, au moment où certaines critiques émergent contre l’action de l’État.

Sur la forme, plusieurs commentateurs ou professionnels ont été surpris de voir le président de la République se rendre si vite dans le Sud-Ouest, quand les forces de sécurité sont encore mobilisées contre les flammes. Une donnée prise en compte par l’Élysée, selon les mots d’un conseiller : « l’enjeu était d’être le plus en autonomie possible pour ne pas peser localement sur la préfecture déjà très mobilisée ». Mais ce n’est rien par rapport aux critiques qui se portent sur les questions de fond, avec, en creux, l’inventaire de ses dix ans à l’Élysée en matière de sécurité civile.

Macron en défense de son bilan

Parmi ses contempteurs, LFI et le RN rappellent par exemple que le budget dédié a été amputé de 53 millions d’euros en 2024, sous l’impulsion de Gabriel Attal, et accusent l’exécutif d’avoir annulé la commande de deux Canadair cette année-là. Ceci, alors même qu’Emmanuel Macron avait promis, deux ans plus tôt, de renouveler et d’agrandir cette flotte vieillissante en la portant à 16 appareils « d’ici la fin du quinquennat ».

À la manœuvre, le président de la République peut donc se charger lui-même du service après-vente de ses choix, et de sa présidence. L’autre aspect significatif de cette proactivité poussée jusque sur les décombres d’un feu encore actif. « Tellement de bêtises sont racontées qu’il est normal qu’il défende son bilan », assure en ce sens un conseiller de l’exécutif.

Concrètement, le président de la République s’est donc « félicité » lundi soir « de ne pas avoir attendu ces feux et d’avoir, dès 2017, 2018, pris les premières décisions ». « On a été en avance, on a investi. Et vous savez, durant ces dix dernières années, on a quasiment doublé le budget de la sécurité civile », a-t-il lancé, sans s’appesantir en revanche sur sa promesse non tenue concernant les Canadair. À la place, Emmanuel Macron a surtout loué « 67 aéronefs » mobilisés actuellement en France, « un record historique ». De quoi fermer le ban ?

Rien n’est moins sûr, vu la sensibilité du sujet. « Je constate une obsession binaire sur les Canadair », peste notre conseiller à ce propos, avant de se faire plus ironique : « à en écouter et lire certains, c’est à se demander s’il n’aurait pas mieux valu ne pas doubler les investissements et une grande partie la flotte de moyens aériens, mais se concentrer uniquement sur quatre Canadair puisque cela semble être l’alpha et l’oméga de toute une politique ». Autant d’arguments qui arriveront sans doute bientôt dans la bouche du chef de l’État. Front contre front.