Pourquoi l’Etat durcit le contrôle des investissements étrangers dans les entreprises françaises
C’est une décision passée un peu inaperçue, car publiée dimanche soir dernier, mais elle mérite qu’on s’y attarde un moment. Alors de quoi parle-t-on ? D’un décret pris par le premier ministre Sébastien Lecornu, qui veut durcir le contrôle des investissements étrangers en France.
Publié le mardi 4 août 2026 à 07:43
Si un investisseur, non européen, veut racheter 10 % ou plus des actions d’une entreprise française, il devra désormais obtenir l’autorisation de Bercy. Auparavant, ce seuil était placé à 25 % des droits de vote.
En baissant cette limite, le gouvernement veut donc prévenir des prises de participation qualifiées d’« opportunistes », qui pourraient présenter des menaces pour la sécurité nationale.
Attention, cela ne concerne pas toutes les entreprises, mais celles qui font partie des secteurs dits « sensibles », comme la défense, l’énergie, ou la santé.
En gros, le gouvernement veut montrer qu’il prend à cœur la défense des intérêts économiques nationaux, même en plein été.
Pourquoi prendre cette décision maintenant ?
Parce que le sujet prend de l’ampleur depuis quelques mois. La tendance partout dans le monde est à plus de protection des fleurons industriels.
En France, le nombre de dossiers d’investissements soumis à l’examen préalable de Bercy a augmenté d’un quart en deux ans, pour dépasser la barre des 400 en 2025. Au final, très peu sont retoqués : on en compte huit depuis 2022.
Mais certaines autorisations ont beaucoup fait parler cette année. Comme la cession à un groupe américain de la PME LMB Aerospace, qui fournit des pièces pour les avions Rafale. Ou bien le rachat du fabricant de médicaments Biogaran par un fonds britannique ; ou encore la vente d’une filiale d’EDF à un attelage franco-américain.
A chaque fois, le gouvernement a été conspué par les partis d’opposition, qui y ont vu une forme de trahison économique.
Les moyens mis en œuvre sont-ils suffisants ?
Un rapport a justement été remis il y a quelques jours par trois députés. L’objectif était de savoir si le dispositif de contrôle des investissements était suffisamment solide, comparé aux autres pays notamment. La réponse des parlementaires était plutôt oui.
Mais au final, ce n’est pas forcément le cadre qu’il convient de faire évoluer. Il faudrait surtout s’assurer que la France dispose des ressources nécessaires pour défendre ses fleurons industriels. De l’argent rapidement mobilisable pour contrer d’éventuelles offensives.
Les outils existent, avec la Caisse des Dépots, la Banque publique d’investissement, ou bien l’agence des participations de l’Etat, qui investissent déjà dans les entreprises stratégiques. Mais dans le contexte géopolitique actuel, très incertain, il faudrait pouvoir s’assurer d’une force de frappe encore plus forte.
Pas sûr que ce soit la priorité du moment, vu l’état des finances publiques.