plan-coeur

© Netflix

Penser qu'il existe une personne toujours plus intéressante ou plus séduisante peut, en réalité, vous empêcher de trouver l'amour.

Lorsque la relation débute, tout semble pourtant bien parti. Les conversations sont fluides, les rendez-vous s'enchaînent, on rit beaucoup et l'envie de se revoir est bien là. Pourtant, une petite pensée finit parfois par s'inviter. Et si quelqu'un d'encore plus compatible existait ? Et si le prochain profil, celui qui apparaîtra peut-être demain sur une application, cochait davantage de cases ? Cette idée ne pousse pas forcément à rompre du jour au lendemain, mais elle s'installe plus discrètement. On compare davantage, on s'investit un peu moins, on garde une porte entrouverte "au cas où". Les chercheurs s'intéressent à cette nouvelle manière d'envisager les rencontres. Car si les applications ont considérablement facilité les mises en relation, elles semblent aussi avoir introduit une nouvelle façon de penser l'amour. Une logique où les possibilités paraissent infinies, au point de compliquer parfois les premiers pas d'une histoire.

Pourquoi les applis nous donnent l'impression qu'il y aura toujours quelqu'un de mieux

Le premier piège est celui de l'illusion de l'abondance. Pendant longtemps, les rencontres se faisaient dans un cercle relativement restreint : des amis d'amis, des collègues, des voisins ou des personnes croisées au fil du quotidien. Aujourd'hui, un simple geste du doigt donne accès à des centaines de profils. Comme l'expliquent les chercheurs dans The Conversation, cette abondance change notre manière d'évaluer une rencontre : elle ne se compare plus aux quelques personnes que nous connaissons, mais à l'ensemble des profils que nous pourrions potentiellement découvrir demain. La personne en face de nous devient, malgré nous, une option parmi d'autres, toujours remplaçable.

Cette abondance nourrit un deuxième mécanisme bien connu : le FOMO, ou la peur de passer à côté de quelque chose. Et si le prochain profil était plus drôle ? Plus séduisant ? Plus compatible ? Cette question ne pousse pas forcément à quitter une relation naissante, mais elle rend plus difficile le fait de s'y investir pleinement. Les chercheurs parlent d'une logique de recherche permanente, où l'on continue à imaginer qu'une meilleure opportunité nous attend juste après le prochain swipe. À cela s'ajoute un troisième phénomène, plus discret : la fuite de la profondeur. Construire une relation demande du temps, quelques maladresses et parfois même un peu d'ennui avant que la complicité ne s'installe. Or les applications nous habituent à une succession de nouveautés immédiates. Le cerveau peut alors préférer la gratification instantanée d'un nouveau match à la patience nécessaire pour voir grandir un véritable lien.

À force de chercher mieux, on finit parfois par ne plus trouver

Cette manière d'aborder les rencontres n'est pas sans conséquences. La première est une insatisfaction chronique. Lorsqu'on garde en tête l'idée qu'une meilleure personne est toujours disponible, le moindre défaut ou le premier désaccord peut sembler suffisant pour repartir à zéro. Ce n'est pas forcément parce que la relation est mauvaise, mais parce que la comparaison permanente empêche d'accepter qu'aucun partenaire ne sera parfait.

À long terme, cette logique peut aussi conduire à une forme d'épuisement émotionnel. Les mêmes présentations, les mêmes questions, les mêmes conversations qui s'interrompent du jour au lendemain finissent par se ressembler. D'ailleurs, la recherche montre que les applications sont devenues le premier moyen par lequel les couples hétérosexuels se rencontrent aux États-Unis, preuve qu'elles facilitent bien les rencontres. Mais une étude menée auprès de plus de 5 000 étudiants norvégiens rappelle qu'utiliser Tinder ne garantit pas, à lui seul, de construire une relation durable. Les utilisateurs semblaient plus souvent former un couple au départ, mais cet effet disparaissait lorsque les chercheurs prenaient en compte leur personnalité, notamment leur extraversion. Autrement dit, le problème ne vient pas des applications elles-mêmes. Elles amplifient surtout une impression que la technologie entretient très bien : celle qu'il suffit de continuer à chercher pour trouver mieux. Or, dans la vraie vie, les relations les plus solides sont rarement celles qui paraissent parfaites dès le premier swipe. Elles sont souvent celles auxquelles on a laissé une chance de devenir profondes.