Pourquoi les pompiers sont-ils dépassés par les mégafeux
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« Qui aurait pu prédire ? » La saison n’est pas terminée, mais le record de superficie brûlée en France sur une année a déjà été battu. Cette incapacité à contenir les flammes cause de nombreux drames : trois sapeurs-pompiers sont morts en service cet été. En Gironde, 230 pompiers ont été blessés, 240 maisons détruites et jusqu’à 220 000 personnes évacuées.
L’incendie en Gironde est un exemple de mégafeux. S’il n’existe pas de consensus autour de la définition d’un « mégafeu », sa taille est le critère majeur. Le feu qui s’est déclenché au nord du bassin d’Arcachon le 22 juillet a, par exemple, déjà parcouru 42 000 hectares. Et ces feux hors norme sont l’une des conséquences directes du changement climatique.
Des feux hors de contrôle
« La saison commence plus tôt, elle finit plus tard, les phénomènes sont plus violents et l’aire concernée est beaucoup plus importante », résume Sébastien Delavoux, animateur de la CGT des Services départementaux d’incendie et de secours (SDIS). Ce constat de terrain confirme les prévisions scientifiques qui ont modélisé que la sécheresse et l’augmentation des températures vont de pair avec un risque d’incendie plus élevé. « La part du territoire métropolitain présentant des conditions météorologiques propices aux incendies (…) a ainsi doublé depuis les années 1980 », soulignait un rapport d’information du Sénat, en 2022.
2022, c’est aussi l’année où la Gironde avait déjà subi un terrible incendie : 30 000 hectares étaient partis en fumée. En réponse, Emmanuel Macron avait promis, l’arrivée de « 1 100 engins supplémentaires : camions, véhicules de surveillance, etc. (…) qui permettront aux départements de mieux équiper leurs SDIS ». Mais le fiasco des Canadairs : commandés au compte-goutte, et, pour ceux déjà perçus, cloués au sol pour cause de maintenance… illustre à lui seul le décalage entre les annonces et la réalité opérationnelle.
On pourrait rétorquer, comme le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez, que « 95 % des feux se combattent avec des moyens terrestres » et que « 90 % des feux parcourent à peine 1 à 2 hectares ». Mais cela ne traduit pas à quel point le problème a changé d’échelle. « L’efficacité de la stratégie de lutte qui a fait de la France un modèle partout en Europe et dans le monde ne suffira pas face à l’émergence de feux hors norme », alertait le même rapport sénatorial, au titre prémonitoire : « Feux de forêt et de végétation : prévenir l’embrasement ».
La polémique grandit sur la responsabilité politique
Les services de secours ne semblent donc pas armés pour combattre efficacement un « orage de feu » et ses innombrables « sautes de feu ». Faute de pouvoir être partout à la fois, le commandement a dû faire des choix. Au Porge, où 183 maisons ont brûlé, plusieurs habitants estiment avoir été abandonnés au profit d’autres. « Ici, ça flambait, au Cap Ferret (station balnéaire chic plus au sud, NDLR) ça ne flambait pas mais ils y sont tous partis pour protéger la presqu’île », déplorait auprès de l’AFP un résident.
En déplacement lundi à Bordeaux, le président de la République a tenté de parer les critiques. « Quand il faut déplacer pour sauver des vies, on déplace, quand il faut sacrifier de la forêt ou des biens matériels pour sauver des vies, on le fait », s’est justifié Emmanuel Macron. Sur la question des moyens, le chef de l’Etat considère même avoir « été en avance », rappelant avoir « quasiment doublé le budget de la sécurité civile » ces dix dernières années. Pour mieux comprendre ce qui fait aujourd’hui défaut aux pompiers pour maîtriser les mégafeux, vous n’avez plus qu’à regarder notre vidéo.
Par Fabien Verso