La campagne pour la présidentielle de 2027 s’est déplacée à Mayotte en cette fin du mois d’août. Après être resté en retrait pendant une partie de l’été, Édouard Philippe a fait sa rentrée politique dans le département le plus pauvre de France, devenu un lieu de passage obligé pour faire entendre sa voix sur l’immigration.

L’ancien Premier ministre a profité de sa visite pour confirmer un durcissement sur les questions migratoires qui seront au cœur du scrutin l’an prochain. Le maire du Havre revient au premier plan, après un été où son grand rival du bloc central Gabriel Attal occupait le terrain.

« Fermer les vannes de l’immigration »

Édouard Philippe avait déjà annoncé un virage très à droite le 10 août dans Le Figaro en s’engageant à suspendre les demandes d’asile pendant le prochain quinquennat à Mayotte, tout en refusant de céder aux « vieilles rengaines de l’extrême-droite ». Cette idée risque cependant de se heurter à la Constitution. « Cela serait contraire au droit d’asile garanti par le Conseil constitutionnel », réagit Serge Slama, professeur de droit public à l’université Grenoble-Alpes.

Édouard Philippe veut suspendre les demandes d’asile pendant le prochain quinquennat à Mayotte.  Photo Sipa/Léo Vignal

Édouard Philippe veut suspendre les demandes d’asile pendant le prochain quinquennat à Mayotte.  Photo Sipa/Léo Vignal

L’ancien Premier ministre a enfoncé le clou ce vendredi dans l’île ravagée par le cyclone Chido en 2024. « Nous devons fermer les vannes de l’immigration à Mayotte », a-t-il déclaré. Le maire du Havre a dénoncé un « appel d’air » après avoir visité un camp insalubre où s’entassent plus d’un millier de demandeurs d’asile.

S’il est élu, le candidat d’Horizons a également promis d’interrompre le regroupement familial à Mayotte et d’ouvrir « un centre de retour français dans la région, en Afrique de l’Est, afin d’éloigner rapidement et massivement les étrangers en situation irrégulière installés à Mayotte ». L’Union européenne a ouvert la voie à des « hubs de retour » dans des pays tiers mais la France s’est montrée sceptique pour l’instant, contrairement à l’Allemagne ou au Danemark.

Édouard Philippe adopte une ligne très ferme quelques jours après le ralliement de Gérald Darmanin à sa candidature. Le ministre de la Justice l’a clairement conditionné à un durcissement des positions du maire du Havre sur les questions de sécurité et d’immigration.

Sébastien Lecornu à Mayotte la semaine prochaine

Le Rassemblement national (RN) accuse Édouard Philippe de marcher sur ses plates-bandes en copiant ses idées. « Il semble découvrir le drame de la déferlante migratoire à Mayotte. Qu’a fait Édouard Philippe lorsqu’il était Premier ministre de 2017 à 2020 ? Rien », raille la candidate du RN, Marine Le Pen, qui a obtenu 59 % des voix au second tour de la présidentielle de 2022 à Mayotte.

Si la population de Mayotte a doublé depuis 2002, c’est surtout le résultat d’un solde naturel (l’écart entre les naissances et les décès) très positif, selon l’Insee. Le solde migratoire est même légèrement négatif à la suite d’une émigration massive de Mahorais vers La Réunion ou la métropole, alors que 48 % de la population était étrangère en 2017.

Après Édouard Philippe, Sébastien Lecornu se rendra à son tour à Mayotte la semaine prochaine. Le Premier ministre y fera le point sur la reconstruction de l’île, un an après le lancement du plan de soutien à Mayotte. Ses prises de position sur le dossier migratoire seront scrutées de près alors que des proches d’Emmanuel Macron agitent l’hypothèse d’une candidature de Sébastien Lecornu en 2027 pour représenter le bloc central à la place d’Édouard Philippe ou Gabriel Attal.