"Le rugby n’était qu’un jeu pour moi", Shahn Eru et la belle trajectoire d’un garçon atypique
Sa prise de parole est rarissime et cela ressemble au garçon discret qu’il est. Shahn Eru est un personnage bien connu des terrains de Top 14 et Pro D2 et à l’aune de tirer bientôt son éventuelle révérence, le natif d’Hamilton s’est confié sur sa carrière, ses envies et son amour éternel pour le rugby.
Impossible de le rater, par son physique imposant et une envergure d’un gaillard qui foule les terrains de rugby depuis sa tendre enfance. Shahn Eru est l’archétype d’un joueur alliant le plaisir du jeu, vénérant l’amitié par-dessus tout, à la recherche de la moindre sensation positive. "J’ai commencé à jouer à l’âge de 6 ans avec mon cousin, en ayant l’occasion de pratiquer le rugby à XIII, à XV puis le basket, démarre le deuxième ligne. J’ai débuté au centre, et quand j’ai été sélectionné pour les Baby Blacks, on m’a installé en troisième ligne. Tout le monde voulait jouer au centre à l’époque !" Une évolution douce avec le Wainuiomata RFC dans le monde amateur comme formation initiale et des prestations remarquées qui ne l’auront pourtant pas permis d’être repéré d’emblée.
Sélectionné chez les prestigieux Baby Blacks
Ces années d’apprentissage, Shahn Eru y repense avec nostalgie :"C’est ma ville, mes parents, mes grands-parents et mes cousins sont tous là-bas. C’est ma véritable identité et cela représente un endroit vraiment spécial pour moi." Dans ses rêves, il se voyait disputer 100 rencontres sous cette tunique (96 à l’heure actuelle), "je ne pense pas y revenir un jour comme joueur, peut-être en tant que coach." Un déclic s’est alors produit avec les Baby Blacks et tout ce que cela comporte en termes de tournant avec un tel maillot. "Pour moi, c’était impossible d’y accéder. Tellement de garçons pouvaient y prétendre. On joue une finale de Coupe du monde U20 en 2009. Le rugby n’était qu’un jeu au départ pour moi, et j’ai appris beaucoup sur moi-même et pour la suite à ce moment de ma carrière, en étant le plus sérieux possible." Un certain Dave Rennie l’ayant mis le pied à l’étrier durant cette période, l’actuel sélectionneur des All Blacks.
Des opportunités se présentent, et l’Europe s’ouvre au natif d’Hamilton. L’Italie d’abord avec le Petrarca Rugby du côté de Padoue comme première expérience sur le vieux continent. La suite marquera un véritable tournant dans sa vie :"Mon meilleur ami Genesis Mamea Lemalu jouait à Perpignan. Il m’avait demandé si je voulais le rejoindre et j'ai dis oui, j’arrive ! Je signe alors pour deux ans, puis ce fut superbe. C’était chouette tout le temps, on gagne le championnat dès ma première saison. Les supporters furent incroyables. Aimé-Giral est un endroit superbe, j’ai aimé aussi Marcel-Deflandre à La Rochelle." Au final, sept saisons sous le maillot de l’Usap et des souvenirs à foison pour un passage inoubliable à ses yeux et deux titres de champions de France en ProD2 et plus d’une soixantaine de rencontres en Top 14.
Béziers, le dernier voyage ?
2024, l’histoire se termine avec les Sang et Or. Franck Azéma et Shahn Eru ont une discussion et le sujet de l’ASBH revient. Pierre Caillet, alors entraîneur des Biterrois, flaire la bonne affaire. "Je connaissais Tim Nanai-Williams et Taleta Tupuola déjà présents ici. Je n’habitais pas trop loin et j’étais à une demi-heure de route de Béziers alors qu’au début je faisais les allers-retours depuis Perpignan. J’espérais que les supporters m’accepteraient en tant qu’ancien catalan et tout s’est très bien passé, tout de suite, donc c’était plutôt cool. Je vis au jour le jour et cela me correspond. Je suis dans l’esprit d’aider l’équipe comme toujours et de rendre service dès que je le peux."
Autre singularité, Shahn Eru a porté les couleurs de la sélection des îles Cook située dans l’Océan Pacifique. Pas un hasard, il s’explique :"Ma mère est Cookienne. Et l’expérience fut très bonne, j’aime ma culture et avec ma famille, c’est le plus important dans ma vie. J’ai choisi de jouer pour les îles Cook car je veux aussi les aider. Beaucoup de personnes souhaiteraient devenir professionnel un jour, ils pourraient venir en France, comme moi. Quand j’étais jeune, je ne pensais pas être ici en France, mais si je peux faire en sorte que le rêve de quelqu’un s’exauce, alors je le ferais." Jour après jour, Shahn Eru n’oublie pas ses racines, ni ses origines. La transmission est un élément moteur chez le joueur de 37 ans.
"Si on a besoin de moi, je serais toujours présent"
À cet âge, la fin de carrière approche à grands pas. La fin d’une riche aventure, et de longues années consacrées au rugby. De quoi sera fait son avenir ? "Je ne sais pas encore, précise-t-il. Si on a besoin de mon aide, je serais toujours là. Peut-être un retour au pays, car comme j’ai dit, ma famille est très importante. J’aimerais faire connaître à ma fille plein de choses, notre belle culture. Nous sommes reconnaissants d’être ici. Je pense que c’est une bonne chose qu’ils puissent parler le français. Pour ma part, il n’y a rien de définitif, mais le fait d’être dans le rugby me plairait vraiment. Peut-être comme entraîneur ou rester dans le jeu. Nous verrons bien ce que nous réserve le futur." D’un ton calme et d’une voix grave mais chaleureuse, Shahn Eru proclame ainsi son amour du rugby et son inestimable apport dans sa vie de tous les jours.